Grinderman

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Rencontrer Nick Cave en personne dans un grand hôtel parisien est quelque chose d'assez flippant en soit...

Difficile de dire si cette nervosité est liée à cet environnement fastueux forcément intimidant ou à l’idée de rencontrer un artiste faisant depuis des années partie intégrante de son panthéon personnel. Vingt minutes d’interview en compagnie de 4 autres journalistes affichant une tranquille assurance de façade quelques instants avant d’affronter le grand Nick accompagné de son fidèle comparse Warren Ellis à l’occasion de la sortie du deuxième album de Grinderman, sobrement intitulé Grinderman 2.

Des dorures, des canapés imitation Louix XVI, des miroirs gigantesques. Le faste du salon où se tient l’interview est impressionnant. Nick Cave et Warren Ellis sont affalés dans un sofa, les boots négligemment posés sur une table en verre, affublés de lunettes de soleil et d’un look sorti tout droit de Las Vegas Parano. Mister Cave a toujours affiché un certain dédain pour tout ce qui avait trait de près ou de loin à la notion même de succès commercial. Surtout en ce qui concerne son projet Grinderman. Pas si étonnant que çà de le voir nous servir son petit numéro de non-promo, un domaine où visiblement il excelle. Réponses plus que hasardeuses, temps de pause de 10 secondes entre chaque mot et une bonne moitié des questions qui seront tout bonnement ignorées. Pas simple donc, car il a de l’expérience dans le sabotage en règle d’interviews le bougre. Un Nick Cave Show à la fois drôle devant l’embarras sidéral de mes co-intervieweurs nettement moins à l’aise que dans la salle d’attente et d’une grande frustration devant ce sabordage en bonnes et dues formes d’un entretien pourtant attendu de très longue date.

À ma question de savoir s’il préférait être sur une scène qu’enfermé dans un studio, il commencera par enlever soigneusement ses bagues. Puis il les remettra une à une avant d’admettre que c’est sans aucun doute le live qu’il préfère. Il ignorera la question suivante pour revenir sur la mienne. La scène est son endroit de prédilection. Là où plus rien d’autre ne compte pour lui si ce n’est de s’amuser. Comme il est en train de le faire avec nous en ce moment-même à l’instar d’un chat devant une pelote de laine. Quelques coups de griffes plus tard, il remarque un numéro des Inrockuptibles trainant sur le canapé sur lequel il est avachi. Il l’enverra rageusement voler dans ma direction en s’excusant au passage de la trajectoire malencontreuse de cette « merde » comme il la qualifiera.

Image de Nick Cave et Warren Ellis Ellis et Cave passent leur temps à rigoler tous les deux à des blagues connues d’eux seuls ou à vérifier la bonne attache de leurs montres. Chacun d’entre nous posera ses questions à tour de rôle, dans la douloureuse attente de savoir si l’une de nos deux rock stars daignera y répondre et en profiter au passage pour nous flanquer une jolie honte devant nos collègues. Des réponses dont la sincérité peut être sérieusement mise en doute et qui ne sont que des prétextes à faire l’idiot.

Lorsque je leur demande si l’alcool a été un moteur dans la création de cet album, je réalise qu’il n’y a que de la Badoit sur la table. Dommage ça aurait pu être utile. Avec cette ironie premier degré qui lui est propre, Cave me répondra qu’en plus d’être le cinquième membre de Grinderman, l’alcool est également un ami très fidèle qui l’aide pour tout, que ce soit dans la conception d’un clip, d’un livre ou d’une chanson. Warren Ellis confirmera d’un rire gras l’omniprésence de ce loyal camarade.

Je tente une dernière question sur le poids de la célébrité. Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il aimerait parfois l’éteindre et la mettre de côté, mais que bien sûr cela a aussi ses avantages. Comme celui sans doute de se permettre ce genre de comportement tout en étant certain de bénéficier de la plus extrême bienveillance de la part de ces médias qu’il semble pourtant détester.

Les vingt minutes sont passées. Nick Cave aura été impeccable dans son rôle de mufle. Tout comme il l’a été avec ce nouvel album de Grinderman, cette formation étrange qui n’est pas sans rappeler ce qu’a été Tin Machine pour David Bowie : un vaste terrain d’expérimentation musicale. Brut. Rageur. Viscéral.

À découvrir absolument en live à la Cité de la Musique le 25 octobre prochain pour ce qui s’annonce comme un très chouette moment. Enjoy.

Crédits photo : Melchior Tiersen

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A propos de l'auteur

Image de : Melchior 22 ans, aime roder en écoutant du hip-hop ou du rock, écrire des reports sur des groupes de hardcore, prendre des photos qui n'interressent personne, B2ObA, Burzum, les films de Cronenberg, les loups, George Michael et Tears For Fears ....

6 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 17 octobre 2010
    Sam a écrit :

    Ça devait tellement être un moment intense. Nick Cave devant soi. Si j’avais été à ta place, j’y aurais été bourré et/ou drogué pour surmonter le stress haha! Merci pour cet article. Je suis curieux de voir ce qu’en ont tiré les 4 autres journalistes du coup.

  2. 2
    le Dimanche 17 octobre 2010
    Julia a écrit :

    Out of focus…

  3. 3
    le Dimanche 17 octobre 2010
    Sam a écrit :

    Oui par contre dommage.

  4. 4
    Julia
    le Dimanche 17 octobre 2010
    Julia a écrit :

    Ce n’était pas un reproche, je trouve que ça colle justement avec le contenu de l’article :)

  5. 5
    le Lundi 18 octobre 2010
    Sam a écrit :

    Un peu de focus n’aurait pas fait de mal non plus. C’est Nick Cave quand même. (mon humble opinion)

  6. 6
    Pascal
    le Vendredi 22 octobre 2010
    Pascal a écrit :

    Il y a l’excellente interview de The Drone : http://www.the-drone.com/magazine/grinderman-interview/

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