Retour sur la fameuse »
Les teenagers de Gregg Araki présentent de fortes similitudes avec les Kids de Larry Clark .
Perdus, désenchantés, icônes aussi anonymes que fascinantes, élégants jusque dans le trash, ils utilisent les ornières comme points de repères sur la route de la dépravation.
Lucides, malgré la folie environnante, malgré l’absence de repères en accord avec ou contre lesquels se constituer, ils savent que là où le champ des possibles s’étend à perte de vue, c’est forcément l’ennui qui va prédominer dans leurs vies.
Alors, ils s’accrochent.
Désespérément, mais avec force et ferveur, ils s’accrochent, parce qu’aussi vains puissent-ils paraître, ils n’en existent pas moins, et aussi borderline puissent-ils sembler, ils n’en conservent pas moins l’espoir, l’espoir qu’au bout du compte, ils parviennent à devenir quelqu’un, quelqu’un d’important, quelqu’un de présent, quelqu’un d’actif, quelqu’un qui serait davantage qu’une statistique de plus.
En 1993, sort le premier volet de la trilogie apocalyptique de Gregg Araki :
Le film met en scène un groupe de teenagers américains, parmi lesquels James Duval, qui fera également office de principal protagoniste dans
Outre le fait que les deux oeuvres explorent froidement, et parfois même violemment, le clan des adolescents gay, la structure narrative est construite sur le même modèle.
Davantage que les actions ou les interactions entre les personnages, ce sont les anecdotes qui priment.
En mouvement constant, tous les personnages sont dévoilés de manière relativement superficielle, aucun n’est soumis à la bonne vieille analyse traditionnelle en bonne et due forme, qui pourrait permettre au spectateur perplexe de comprendre pourquoi, pourquoi, Grands Dieux pourquoi, ces jeunes sont aussi désoeuvrés.
Pas de révélation.
Pas d’explication.
Pas d’Odipe mal résolu en guise de clef permettant de déverrouiller la serrure de la folie.
Ces jeunes sont ce qu’ils sont et ce qu’on nous montre, et sont en ce sens parfaitement représentatifs d’un réalisme pessimiste qu’exprime très bien Bret Easton Ellis par l’intermédiaire du personnage féminin Lauren Hynde dans ses
Seuls, tous ensemble.
Ainsi vont les anti héros de
Après tout, est-il si anormal que ça d’être barjot dans un monde où absolument tout le monde l’est ?
En bons tennagers qui se respectent, nos personnages name-droppent à foison.
Dennis Cooper est ainsi cité, ce qui n’est pas vraiment une surprise compte tenu de l’influence évidente de l’auteur sur Araki, mais aussi Nine Inch Nails ou autres figures emblématiques de la scène rock contemporaine.
C’est aussi ça, l’univers des teenagers d’ Araki ; un univers où les idoles sont écorchées vives et où c’est précisément pour ça qu’on les aime.
Un univers où l’on s’égratigne l’âme, où l’on se replie sur soi, où l’on souffre, mais où l’on hurle aussi, à la mort, avec rage, à réveiller les morts, parce que l’on a désespérément besoin que quelque chose change, qu’une révolution se produise et qu’avec elle, quelque chose, en nous, vole en éclat. Qu’il s’agisse de la lucidité qui nous pousse à la dépression ou de cette soif de rébellion qui nous alimente la haine.
Perdus au milieu d’une masse insensée et grouillante, les teenagers d’ Araki n’ont aucune issue, en partie parce qu’ils n’ont pas l’âge d’opter pour la résignation – communément appelée maturité – mais surtout parce qu’il n’y a tout simplement pas d’issue.
Gregg Araki opte pour une structure narrative radicalement différente avec
Le film se construit ainsi comme un road movie, trash et déjanté, avec trois principaux protagonistes : Amy, Xavier et Jordan (interprété par James Duval ).
Si ce trio bisexuel peut sembler blasé et désinvolte, il ne s’engage pas moins, à travers le long métrage, dans une véritable quête identitaire où chacun d’entre eux éprouve le besoin de sortir d’eux-mêmes, de la situation inextricable dans laquelle ils semblent être coincés, de ce douloureux intermédiaire que constitue l’adolescence.
La recherche de la transgression, du mal sous à peu près toutes ses formes apparaît comme la seule entité susceptible de créer enfin cette rupture.
C’est ainsi qu’à l’issue du long métrage, qui s’achève sur un final aussi brutal que symbolique, le teenager se retrouve débarrassé de sa candeur et de son hésitation et accède à la virilité et même à la brutalité auxquelles il aspirait.
Attention, toutefois, à ne pas considérer
D’aucuns objecteront que le mauvais goût prédomine, mais après tout les adolescents sont-ils spécialement reconnus pour leur classe et leur subtilité ?
Si
Les adeptes du créateur de Patrick Bateman auront d’emblée remarqué que l’image de couverture de
Comme c’était déjà le cas dans
Leur nom est Légion et ils sont des millions.
Là où
L’absurde est omniprésent, autant sinon plus que dans
A la recherche d’une authenticité presque utopiste tant le monde autour de lui paraît factice, surprenant et cruel, James Duval incarne ici un anti héros plus mélancolique que les précédents, et dont la candeur presque émouvante n’incite pas moins au vice.
Parce que c’est aussi ça, Gregg Araki .
En dehors de la critique sociale et de la plongée dans l’abîme du côté des freaks, c’est aussi une invitation à profiter de ce qu’on peut, sans tabous, sans scrupules, avec un appétit adolescent, une voracité revigorante.
C’est exulter dans un trip sous excta, c’est prendre son pied quand on baise. Et assumer la descente quand descente il y aura. Lumière et dépravation sont, après tout, indissociables.
Avec
En réponse à la damnation et au désespoir, il est nécessaire, vital, de s’octroyer des moments de répit.
Nés barjots, nous redeviendrons barjots.
En savoir +
Le Fan-site le plus complet sur Gregg Araki: http://www.greggaraki.com/
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2 commentaires
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Anonyme a écrit :
Bah où est passé l’affiche de Nowhere?
blargh blargh a écrit :
bonne fiche! dommage que le réalisateurs soit méconnu ou plutot connu que pour son « Mysterious skin »