Greenberg

par Sarah Hams|
Panoramique d’un Los Angeles embrumé, Flo, jeune assistante, chanteuse en devenir, promène un berger Allemand. S’ensuivent des scènes de la vie quotidienne.

Image de Greenberg La vie de Flo ; une vie de solitude. Une vie sans volonté aucune, qui va se trouver confrontée à la passivité agressive, de notre héros Greenberg. Le thème abordé dans cette anti comédie romantique : la solitude. Sentiment exacerbé par le contraste d’une mégalopole, ici interprété par Los Angeles. La ville, véritable protagoniste, rythme le film au gré de ses humeurs.

Ben Stiller, amaigri, n’est point loufoque ici. Il transpire le mal-être. Une Dépression qui au fil du film semble nous contaminer. Cette anti-comédie romantique nous propose un voyage singulier entre deux êtres qui ont cessé d’espérer. Flo et Roger (Greenberg) s’affrontent avec langueur. Le réalisateur nous propulse au sein de scènes sans pudeur. Un malaise s’installe. Du statut de spectateur, nous passons à celui de voyeur. La solitude du voyeur, celui qui n’aurait pas osé. Le courage de l’inactivité repose sur ce film. Seulement ce parti pris peut s’avérer douloureux.

Cet étirement temporel qui s’applique au film peut également se ressentir comme de l’ennui. La crise existentielle prend ici la forme d’une boite de lexomil. Une passivité toute relative qui nous chatouille les papilles. Pour certains cela pourrait se révéler un peu fade. Car ce manque de pudeur occulte toute forme de compassion. En effet, il ressort que Roger est, disons-le, un connard égocentrique. Et que Flo, cette grande gigue mollassonne, est de son côté un peu conne. Avis qui semble être partagé par Malher, le berger allemand, qui somatise également une crise de neurasthénie. Sache Malher, que nous te comprenons. La crise existentielle, sujet exploité à souhait par la nouvelle vague intello américaine, est un genre qui se veut cool. Et il ne faut pas confondre cool et nonchalance. Traduction, c’est un peu chiant, non ?

S’enfuir de cet univers glauque et dépravé, voilà ce qui ressort. L’envie irrépressible de gifler chacun des protagonistes. Tous autant qu’ils sont, enfermés dans leur malaise. Un mal de vivre adulescent qui au même titre que les lettres de protestations que Grennberg s’affaire à écrire aux majors, afin de leur faire part de son désagrément. Oui tout comme ces lettres pédantes, ce film semble ne servir à rien. Son rythme est à l’image de ses personnages : mous et sans ambition. Le climax du film, lorsque le chien tombe malade. Mais en vain, il survit. Le processus d’identification est dès lors posé. Nous sommes le chien. Nous attendons, en vain. Ce film est un calvaire temporel. Tout s’étire, et s’étale, pour mieux se contempler dans sa chute. Une lente, très lente chute.

Un effet miroir narcissique, qui n’intéressera que ceux qui se sentent concernés.

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En salle depuis le 28 avril 2010.

Réalisateur : Noah Baumbach
Avec : Ben Stiller, Greta Gerwig, Rhys Ifans

3 commentaires

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  1. 1
    Virgile
    le Mercredi 26 mai 2010
    Virgile a écrit :

    Désolée, mais j’ai vraiment l’impression que tu n’as pas compris le film. Greenberg filme le vrai: brut, sale, gauche, méchant, égocentrique. Comme nous tous: de vrais dialogues, des silences, des personnages absolument pas lisses. Deux losers qui se retrouvent, l’une au début de la descente, l’autre en plein milieu. Greenberg filme l’inexorable descente de cette Amérique qui se cherche sans se trouver (Los Angeles) versus une Amérique rêvée (le frère). Leur rencontre est une non-rencontre: d’abord il se jette sur elle, elle ne veut pas, puis l’inverse, ils se loupent, elle ne veut plus lui parler… c’est la force de l’absence de l’autre qui fait que sa présence devient nécessaire.
    La BO au passage est à tomber… non, sincèrement, ce film est génial, c’est un peu le Woody Allen, en moins bavard, de la côte Ouest, comme si Annie Hall avait eu une fille qui aurait échouée à Los Angeles. Parfait.
    « Un peu chiant » ah bon?

  2. 2
    le Mercredi 9 juin 2010
    serviteur a écrit :

    ce que vous dites est assez vrai sur certains points (le perso principal parait tres chiant et sa copine tres conne) mais d’un autre cote les prestations des acteurs sont quand meme magnifiques (je pense surtout a ben stiller qui prouve qu’il n’est pas qu’un clown) et les dialogues sont parfios tres beaux. je dirais pas qu’il est genial mais de là à dire qu’il est chiant il y a un grand cap

  3. 3
    Rock Brenner
    le Mercredi 27 octobre 2010
    rock a écrit :

    Ce film est effectivement chiant, le première cause : son personnage qui est inintéressant à s’en foutre des claques. Pour ce qui est du « vrai », d’autres réalisateurs se débrouill(ai)ent bien mieux : Alan Clarke en tête, et même Judd Apatow a souvent réussi à montrer le « vrai » dans toute son absurdité et avec une véritable sensibilité sans se la jouer arty.
    Désolé, mais Ben Stiller n’est pas un « clown » à la base (quoique « Greenberg » laisse étrangement semer le doute tant son personnage un d’un cliché désespérant), il suffit de regarder la plupart des films qu’il a réalisé dont « Disjoncté » qui, malgré son accent léger, est bien plus complexe et sombre qu’il n’y parait.

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