Gran Torino

par Guillaume|
Cela fait plusieurs années que Clint Eastwood poursuit une formidable carrière de réalisateur, prouvant par là qu’il a autre chose à offrir que son rôle de policier aux méthodes expéditives, adepte de la justice personnelle, qu’il campait dans les années 70/80 dans la saga Dirty Harry.

gran_torino_logo_premiere_pageCe rôle a cependant une part importante dans la carrière de l’acteur, on pourrait même extrapoler en y voyant une part de Clint Eastwood lui-même, lui qui ne cache pas ses idées et notamment son soutien au parti républicain. Il y a toujours la tentation de voir dans ses films cette marque.

Gran Torino peut totalement s’inscrire dans cette optique, tant il paraît évident qu’il y a dans son personnage principal, Walt Kowalski, une part d’ Eastwood lui-même.

Mais là où le parallèle avec l’Inspecteur Harry est intéressant, c’est dans la confusion du personnage principal, ancien soldat du Viêt Nam confronté à une époque bouleversante pour ses repères. Walt Kowalski est un personnage antipathique et solitaire qui dénigre une famille dont la vénalité lui paraît de plus en plus évidente depuis son récent veuvage. Sa solitude se traduit notamment par un racisme et une grande méfiance envers son voisinage hispanique et asiatique.

Poussé par la pression du gang de son cousin, le jeune fils des nouveaux voisins de Walt, des réfugiés asiatiques de l’ethnie des Hmong, qui a chèrement payé son soutien aux États-unis, tente de dérober le bien le plus précieux de ce dernier : une Ford Gran Torino de 1972, la même voiture que « les chevaliers au grand coeur qui n’ont jamais peur de rien ».
Pris sur le fait, le jeune Thao finit par se racheter en effectuant des travaux pour le vieil homme. Son ardeur à la tâche (il y a là une apologie de la pureté du travail physique) constitue le premier pas d’une relation amicale qui s’établit au-delà des préjugés.

gran_torino_logo_premiere_page02Ce type d’histoire d’affinités entre un adolescent et un vieil homme est un grand classique : on pense à Will Hunting ou Rencontre avec Forrester . Pourtant, Clint Eastwood se démarque en affichant son pessimisme et ses désillusions sur la société américaine.
Le manichéisme qui pouvait caractériser un certain cinéma américain durant la guerre froide n’a plus lieu d’être et Gran Torino traduit sobrement la confusion et la perte des valeurs d’une certaine Amérique. Le fantôme de l’Inspecteur Harry, ce redresseur de torts, habite le film ; mais ce justicier n’est plus justement que l’ombre de lui-même et habité par la recherche de la rédemption (la religion est un thème primordial du film).

Le dernier Eastwood est donc un film très personnel et également très américain, dans un sens. Son intérêt majeur étant justement dans la rencontre de ces deux aspects, comme un bilan de la part du réalisateur sur sa vie, sa carrière, les polémiques qu’il a pu engendrer, le tout à l’aune des bouleversements de son pays et de ses valeurs.

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6 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 22 mars 2009
    Virgile a écrit :

    Juste un petit rectificatif: ce n’est pas un vétéran de la guerre du Vietnam mais de la guerre de Corée… (je pinaille mais ce n’est pas la même chose! ^^)

  2. 2
    le Dimanche 22 mars 2009
    nico a écrit :

    C’est pas du tout pareil même ;-)

    Un bon film, j’ai réussi à le trouver ennuyeux par moment. Des scènes un peu trop cliché par moment ou trop évidentes mais on passera.
    Une scène m’a tout particulièrement marquée. Brrr. Encore froid dans le dos en repensant aux images.

    /nico

  3. 3
    le Lundi 23 mars 2009
    stefie a écrit :

    j’ai adoré ce film. Il m’a touché et tenu scotché tout le long : d’ailleurs on ne voit pas le temps passé.

  4. 4
    le Lundi 23 mars 2009
    guillaume a écrit :

    merci pour le rectificatif, bouh la grosse erreur, je crois que le spectre du vietnam sur la culture americaine m’a induit en erreur ;)

  5. 5
    le Lundi 23 mars 2009
    Dahlia a écrit :

    Tiens c’est drôle, j’ai écouté le Masque et la plume hier soir, un des auditeurs s’est insurgé contre le critique qui avait osé dire que c’était un petit Eastwood en lui disant qu’on n’avait pas le droit de cracher sur le Maitre. Je suis toujours perplexe devant ce genre de réaction ultra-fanatique qui consiste à dire que rien n’est indéboulonnable ou désacralisable…

    Ca fait un moment que j’ai du mal à suivre Eastwood, il a une productivité qui ne cesse de m’épater, surtout pour un type de son âge (Mon dieu, faites qu’il ne meure pas tout de suite!). Comme Woody Allen quoi. Sauf que Woody Allen ça fait quand même un bout de temps maintenant qu’il a cessé de faire de bons films (idem pour Chabrol si on cherche du côté français)

  6. 6
    le Mardi 7 avril 2009
    Michel a écrit :

    J’ai 40 ans et et ma vie de spectateur est marquée par cet acteur.
    Gran Torino est magnifique et terrible, terrible parce qu’il est pour moi le film qui doit être le dernier.
    C’est l’aboutissement d’une histoire qui a commencé avec « POUR UNE POIGNÉE DE DOLLARS » (je sais, il y a d’autres films avant).
    Avec ce film, c’est comme si Clint nous disait : « Je suis en paix ».
    Comme toi, Dahlia, je redoute son départ et j’ai bien peur que la deuxième partie de ma vie de spectateur soit moins … moins … moins tout quoi !

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