GOS

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C'est dans les backstages de la Mécanique Ondulatoire que j'ai rendez-vous avec David, Olivier, Pierre Frank et Richard, les membres du groupe GOS. Quatre mecs qui savent ce qu'ils veulent, qui l'affirment et qui, après avoir enchaîné une multitude de scènes, récoltent le fruit d'un travail acharné en jouant devant les caméras de Taratata. Easy ? Pas tant que ça quand on parle de rock indé. Bavardages sur la musique, les projets et les rêves d'un groupe qui risque bien d'être sur toutes les lèvres en 2009...Easy ! Easy ! Easy ! Easy !

Vous avez fait un passage à Taratata récemment (diffusion 20 mars), quel est le sentiment que vous avez eu pendant cette expérience ?

gosphoto David : Ce n’est pas un sentiment, c’est une sensation. C’est comme une décharge électrique, tout se passe en un claquement de doigts, tu fais ton morceau face à un public surmotivé, tu fais ta mini-interview et quand tu sors de là tu es vidé et tu te demandes « qu’est-ce qui s’est passé? ». Mais physiquement, humainement et moralement, c’est un truc unique.

Pierre Frank : C’est surtout une belle rencontre avec beaucoup d’artistes et de professionnels, on évolue aux côtés de passionnés de musique et de techniciens incroyables.

Olivier : Et ce qui est bien c’est que tout le monde est logé à la même enseigne.

C’était votre première télé ?

David : Oui et non en fait ! On a fait quelques télés régionales comme à Bordeaux et à Tours. On s’est d’ailleurs dit qu’on allait faire un tour de France des télés régionales comme on vient tous d’endroits différents… ( rires )

Est-ce que cette médiatisation télévisuelle est importante pour vous ?

Pierre Frank : C’est une sorte de reconnaissance. Taratata c’est quand même une des rares émissions enregistrées dans les conditions du live en France.

Richard : Il y a aussi l’émission de Manu Katché One Shot Not qui est excellente, mais c’est vrai qu’on a tous baigné dans Taratata, et vu tous les artistes qui y sont passés c’est un vrai régal de pouvoir y participer.

Comment vous a-t-on contactés ?

Olivier : A la base c’est un ami à nous qui a posté la vidéo du clip Make It Short, Make It Dance sur le site de Taratata et ensuite on a été contactés.

David : Oui, la vidéo a été vue pas mal de fois et on nous a appelés pour nous dire qu’on était en ballotage avec d’autres groupes.

Pierre Frank : Mais on a quand même fait un clip original pour se faire remarquer et pour sortir un petit peu du lot, c’est ce qui a tout déclenché.

Avez-vous l’impression de « décoller » un peu maintenant ?

gosphoto1 David : On sent que les choses bougent progressivement, oui. Il y a une sorte de croissance depuis le début, on fait chaque chose en son temps, mais ça grossit toujours un peu plus. On ne s’enflamme jamais, il n’y a pas de grands coups d’éclat qui nous feraient nous prendre la tête. Taratata va nous apporter beaucoup au moment de la diffusion c’est évident, mais on veut avant tout travailler les chansons et les live. Si la télé peut nous aider un peu, ça ne pourra être que bénéfique.

Vos paroles sont en anglais, mais vous avez eu des critiques au début…

David : Oui, il y a eu des réflexions qui m’avaient fait rire à l’époque, pour certaines personnes on n’avait pas le droit d’écrire en anglais, il y a même un anglais lettré qui travaille sur des projets de théâtre en français qui m’a dit « comment tu peux chanter en anglais, tu n’as pas le droit, ce n’est pas ta langue », mais tout est question d’instinct, quand tu aimes quelque chose tu ne le choisis pas forcément ! Moi je suis naturellement attiré par cette langue, c’est tellement chantant, c’est une langue qui va bien au rock, c’est évident ! Même si c’est compliqué d’écrire un texte qui soit rigoureusement parfait…

Pierre Frank : Et c’est légendaire, le rock est né dans les pays anglophones, c’est une attitude. On a grandi avec des Nirvana, des Rage Against The Machine ou des Clash, donc par rapport à la composition, on a forcément envie d’aller vers des choses qu’on a toujours aimé et qu’on a envie de reproduire.

Olivier : Et puis si c’est pour écrire un texte en français qui sonne moins bien, vaut mieux rester sur ce qu’on sait faire de mieux !

David : Oui, et on a ce souci du mot l’air de rien. Tous nos textes sont travaillés, il y a vraiment du sens dans nos paroles, on essaye de ne pas tomber dans la rime facile. On s’interdit les mots qui reviennent trop souvent, on soumet également nos textes à des anglophones qui nous donnent leur avis et qui nous confortent dans nos choix.

Pierre Frank : On est plusieurs à écrire les paroles, à part Olivier qui ne parle pas anglais, mais qui écrit très bien en français. Il a de très bonnes idées, donc on travaille également beaucoup les traductions. Tout le monde s’y met pour qu’on ait des choses intéressantes, belles et poétiques à raconter.

David : On n’a jamais eu ce côté militant et revendicatif du rock français, on a toujours plus eu envie d’écrire sur l’être humain en général, sur ses émotions, ses sentiments.

Parlez-nous un peu du single Make It Short, Make It Dance

gosphoto3 David : On a essayé de faire un titre qui rentre un petit peu dans les cadres de diffusion, plus accrocheur et plus court.

Pierre Frank : Depuis le début on a composé une trentaine voire une quarantaine de morceaux, tous en anglais, sur une base de quatre à cinq minutes, et on a souvent eu des remarques de gens qui nous ont dit « faites du français, faites du trois minutes trente si vous voulez être diffusés » et ça nous a vite énervé, car on ne fait pas du tout ça dans cette optique, mais plutôt dans le but de se faire plaisir et de faire remuer les gens. Donc en réaction à ça, on s’est dit qu’on allait écrire un morceau de trois minutes trente et où on fallait faire exactement le contraire de ce qu’on nous demande.

David : C’est une sorte de contre-pied. Même si on est censé être contre toutes ces lois musicales, elles existent de moins en moins. C’est très difficile de se faire diffuser à la radio – même avec le morceau parfait – si tu n’as pas derrière une boite de production qui te suit. Mais c’est assez amusant de jouer sur les deux niveaux…

Pierre Frank : On infiltre le système pour le faire éclater de l’intérieur ! ( rires )

On peut se procurer Make It Short, Make It Dance sur votre Myspace en échange d’un don. Pourquoi avoir choisi cette méthode ?

David : C’est une méthode qui permet aux fans de donner ce qu’ils ont envie de donner. En plus quand tu n’es pas produit ni distribué, c’est très difficile de fixer un prix, on ne sait pas combien ça coûte.

Olivier : On est quand même dans une logique d’auto-production et le fait de faire un don, ça contribue à l’avancée du groupe.

Pierre Frank : Et en général les gens paient plus cher ! ( rires )

David : On a tout prévu en plus, la petite pochette, la petite dédicace à l’intérieur… Pour le premier EP qu’on a vendu, tout était fait maison, je faisais même le visuel du CD au stylo !

Richard : C’était fait avec amour !

Pierre Frank : Oui on trouve ça carrément plus sympa, chacun récupère une pièce qui est unique.

Parlons un peu du clip ! Comment en êtes-vous venus à l’idée de le tourner en sous-vêtements ?

gosphoto4 Olivier : Le clip a été mûrement réfléchi entre les quatre membres du groupe, et on a tous mis la main à la pâte. David s’est beaucoup investi dans la post-production du clip et sa scénarisation, nous on a beaucoup réfléchi sur l’idée centrale, c’est-à-dire l’idée d’avoir un « air world ». Au départ on voulait même se mettre carrément à poil ! Mais après c’est carrément difficile à diffuser… On essaie d’avoir une énergie créative qui se réalise.

Pierre Frank : La vraie démarche de ce clip, c’est de rester dans le même concept des paroles du single, c’est d’avoir des clichés. Mais dans le clip justement, il n’y a aucun code : aucun instrument, pas de fringues donc pas de marques, pas de « bling bling », pas de décors….

David : Les gens trinquent avec du vide, fument des « air-clopes », boivent dans des « air-verres », ils se « air-engueulent » ( rires )

Richard : C’était très amusant et ça s’est fait très naturellement. Ce qui a été compliqué c’était de tourner ça en une journée et un dimanche en plus ! Les figurants étaient tous des gens qui soutiennent les groupes indépendants, mais rester douze heures sur un plateau pour ne tourner que trente minutes à tout casser, c’est assez fastidieux !

David : C’est compliqué d’exister en tant que petit groupé indé, mais c’est là que tu te rends compte qu’il y a beaucoup de gens prêts à t’aider quand tu fais les choses toi même. Ça fait quatre ans qu’on se débrouille seuls et qu’on s’entoure au fur et à mesure de personnes qui souhaitent participer, mais qui ne sont absolument pas payées, qui sont juste là parce qu’elles aiment le projet. C’est une des particularités des groupes indépendants actuels : tout le monde se débrouille comme il peut.

Richard : Chacun de nous a eu, connu, ou fait encore des expériences associatives. On s’engage dans une démarche particulière à ce niveau là donc on donne des coups de main et on en reçoit par ailleurs.

Votre musique est rock, mais il y a toujours un petit côté « dance » et « fun », est-ce que c’est quelque chose que vous cherchez toujours à atteindre ?

David : On va naturellement vers ce rock là, mais on a tous des influences différentes, parfois on se demande même ce qu’on fait ensemble ! Moi je pourrais autant te parler de Justin Timberlake que de Jeff Beck …!

Richard : On essaie de trouver un moyen de communiquer ensemble en se faisant découvrir mutuellement de nouvelles choses. Par exemple, Pierre Frank m’a demandé d’écouter T. Raumschmiere, un artiste allemand, alors que c’est un univers complètement différent du mien ! Mais c’est vraiment intéressant, car c’est un moyen de me montrer ce qu’il attend de mon jeu.

Your Absence est une chanson complètement bluffante, très différente des autres chansons que l’on peut écouter sur le Myspace, comment est-elle née ?

David : C’est un morceau qui est beaucoup plus progressif, qui est à la base une composition d’Olivier et qui a ses influences. Au niveau du chant j’ai découvert il y a trois ans et demi que je pouvais chanter aigu. Au début tu n’y crois pas trop et tu n’oses pas, mais après tu fonces ! On essaie d’explorer tout ça sans nous imposer de contraintes pour pouvoir proposer une certaine diversité aux gens.

Est-ce que tu travailles ta voix pour en arriver à un tel résultat ?

David : J’ai pris quelques cours de chants pour m’éviter d’être épuisé sur scène. J’ai appris à mieux respirer et à m’économiser. Au début tu passes ton temps à t’écouter pour voir si ça passe, mais quand tu es un minimum musicien, tu arrives à entendre quand c’est faux. Tout est venu naturellement, c’est un apprentissage de tous les jours. Que ce soit la voix ou la musique, c’est quelque chose qui ne s’arrête jamais.

Avez-vous un album de prévu ?

gos5 Olivier : Oui, on aimerait le sortir pour 2010. Le 12 juin 2010 à 18h30 exactement (rires). L’idée c’est de le faire progressivement, à notre rythme et selon nos envies.

Richard : Au-delà du plaisir qu’on aura à l’enregistrer, c’est un travail énorme à faire, un investissement en temps, en énergie et en argent aussi.

David : On pense retravailler avec les mêmes personnes qui nous ont aidé à enregistrer nos EPs. Après on ne sait pas exactement comment les titres vont sortir, mais il y a aura certainement plus de douze titres avec beaucoup de surprises. On va essayer de développer nos ambitions créatives.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite ?

Olivier : Faire beaucoup de scènes, type festivals, où tu vois des gens différents, et où tu joues devant un public qui ne te connait pas. On joue beaucoup sur Paris, donc ça serait bien de profiter de ces moments-là, que ce soit des scènes de deux cents, cinq mille ou cent mille personnes…

David : Moi j’ai un rêve en particulier. J’ai envie de vivre cette expérience, ce truc monumental et surréel des cent mille personnes qui chantent un de nos refrains et qui se mettent à bouger les mains dès qu’on leur demande ! Il y a un concert en hommage à Queen où un des artistes chante Somebody To Love, et où les cinquante mille personnes du stade finissent toutes en choeur la chanson. Ça donne des frissons incroyables !

Pierre Frank : Je n’en suis pas encore au rêve des cent mille personnes, j’aimerais juste faire des scènes et enregistrer notre album, c’est vraiment quelque chose qui me tient à coeur, parce que ça marque quelque chose dans le temps. Ce sera un travail plus lourd avec des producteurs et autour de nouvelles idées, et puis j’ai toujours rêvé de faire une liste de remerciements dans un petit livret… ( rires ). C’est une sorte d’aboutissement, quelque chose qui devient vraiment concret et professionnel.

Crédits photo : Nicolas Brunet (http://www.nicolasbrunet.fr)

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A propos de l'auteur

Image de : J'aime le Rock, le vrai, pas le trop bruyant ni le trop mou, des Brian Jonestown Massacre aux Yeah Yeah Yeah's en passant par Marilyn Manson ou NIN. Je passe une grande partie de mon temps dans la pénombre des salles de concert pour essayer inconsciemment de découvrir The Next Big Hit !

9 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 20 mars 2009
    Ophé a écrit :

    ca fait plaisir de lire un papier sur des gens talentueux et en plus hyper sympas :)
    merci GOS et merci discordance

  2. 2
    le Vendredi 20 mars 2009
    chipie le rat a écrit :

    super genial ! ce soir on quitte thalassa pour taratata…et de la super musique !

    merci les GOS

  3. 3
    le Vendredi 20 mars 2009
    Eva a écrit :

    Je surveille ma télé, merci de nous avoir fait découvrir ces ptits gars!!!

  4. 4
    Phil A.
    le Samedi 21 mars 2009
    Phil a écrit :

    Merci les GOS ! Je veille à ce que ma télé soit branchée ! Merci pour cette découverte et pour cette interview :)
    Un groupe qui mérite vraiment d’être connu.
    Phil

    http://luckylens.deviantart.com

  5. 5
    le Dimanche 22 mars 2009
    Lou a écrit :

    Un bon groupe avec de l’énergie et des idées, c’est chouette ! Un petit bémol: chanter en anglais, ok ( je suis tout à fait pour, j’adore cette langue…) mais faut faire un peu gaffe à l’accent, sur make it dance, make it short, c’est parfois un peu limite…

  6. 6
    le Dimanche 22 mars 2009
    Lou a écrit :

    Make it short, make it dance, sorry…

  7. 7
    le Dimanche 22 mars 2009
    Clara a écrit :

    Voilà leur « fiche artiste », on peut y voir le passage a Taratata:

    http://www.mytaratata.com/Pages/ARTISTES_Fiche.aspx?ArtistId=1514

    Enjoy :)

  8. 8
    le Mercredi 25 mars 2009
    Jean-Marc a écrit :

    Très classe ! Bon rock comme on aime entendre !!!

  9. 9
    le Dimanche 3 mai 2009
    Elodie a écrit :

    je surkiffe ce groupe !

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