Godflesh + The Soft Moon + Liturgy | Villette Sonique | 27.05.2012

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Deuxième soirée, deuxième punition divine, le duo industriel Godflesh venait terminer les quelques névropathes déjà bien entamés par les concerts en plein air de l'après-midi, avec des prestations relativement incontournables et ensoleillées de Mudhoney (montrant qu'il est toujours possible de déchirer sa race et d'être punk lorsqu'on totalise 200 ans à quatre dans un groupe), de B L A C K I E (sorte de hip-hop digipunk postnucléaire claqué sèchement sur ta douce joue par un malade mental) et d'Elektro Guzzi (electro minimale jouée avec le sérieux et la rigueur de l'Autriche conjuguée au même line-up qu'AC/DC).

On arrive en plein milieu du set de Liturgy, sorte de black métal en col V qui a réussi à convaincre les plus torves d’entre nous qu’il est possible de faire du black et d’être à la fois un homme sensible et romantique. Malheureusement, le line-up a fondu comme neige au soleil puisque Liturgy sera en mode duo ce soir, batteur et bassiste ayant quitté le navire en cours de route, et le résultat se place clairement au-dessus des espérances en terme de ridicule et de non-sens : sans batteur, Liturgy n’a plus aucun impact, le manque se fait cruellement sentir et ce n’est pas la boîte à rythmes type Playskool qui y changera quelque chose, le tout est brouillon et sans vie, au suivant. Une relative catastrophe qui se transformera plus tard en un incroyable instant de puissance stellaire, puisque l’on croisera le chanteur du groupe, tête basse et air dubitatif, dans un kebab, à une heure du matin, le genre d’instants qui fait que la Villette Sonique reste un festival d’exception.

The Soft Moon se met en place, groupe de San Fransisco ayant sorti l’année dernière un irréprochable LP en mode The Cure de la dernière chance, volume au max et soif de sang en avant. Luis Vasquez, à l’origine du projet, est ici entouré de trois membres pour donner vie aux titres de l’album qu’il va jouer ce soir, et les Soft Moon abattront leur carte d’entrée en jouant, après un titre de chauffe, Circles, incroyable morceau donnant cette simple et directe envie de froidement exécuter la première personne passant dans ton champ de vision d’un plat de la main à la carotide. Le reste du set sera du même niveau : froid, intense, hypnotique et cruel. Rien a dire de plus si ce n’est que les Soft Moon maîtrise leur affaire à la perfection, et s’éloignent avec classe de la case revival post-punk de jeunes culs qu’on peut parfois entendre aujourd’hui.

Au tour de Godflesh d’atomiser le public de la Villette Sonique, le duo se met en place doucement pendant que la salle à l’insondable idée de passer du reggae entre les deux groupes, on remercie le Cabaret Sauvage pour savoir parfaitement nous mettre en condition en attendant Godflesh. Les deux Anglais débarquent sur scène, premier riff, la sentence est simplement immédiate : ce groupe est destruction. Le duo possède une dimension physique hallucinante, chaque note de basse perfore les côtes, chaque corde de guitare qui tremble fait un peu plus fondre ton cerveau, chaque beat agresse ton système nerveux, et pourtant, cette musique est belle.

La musique de Godflesh porte un désespoir si profond et une haine si viscérale qu’elle en devient magnifique, voir Justin Broadrick se tordre à chaque fois qu’il sort un riff est impressionnant, mater Green, imperturbable, sortir des lignes de colossales lignes de basse, la rage aux dents, est fascinant. Une bonne heure de souffrance continue, Broadrick annonce qu’ils n’ont plus beaucoup de temps et qu’ils feront like you wanted more.

Deux ou trois coups de massue plus tard, Godflesh aura rempli sa mission première, semer mort et désolation au Cabaret Sauvage, et conclure en beauté ce très beau week-end de la Villette Sonique.

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