Girls + Tristesse Contemporaine | Villette Sonique | 30.05.2012

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Mercredi 30 mai, Tristesse Contemporaine et Girls clôturaient l’édition 2012 de Villette Sonique. L’attente a été longue avant que les groupes ne jouent, et les attentes étaient peut-être trop élevées, mais la soirée a été ponctuée de déceptions.

Le contexte ? La Quinzaine du Festival de Cannes dans les jambes et dans la tête ; l’envie d’entendre enfin en live l’un des meilleurs albums de 2011, Father, Son, Holy Ghost ; le plaisir de découvrir ce qui pourrait être une révélation plus contemporaine que triste.

L’arnaque à la minimale ? C’est celle de la Japonaise Narumi, du Suédois Leo Hellden (As We Fall) et l’Anglais Maik (ex-Earthling). Pourquoi ? Parce que d’abord, Tristesse Contemporaine, ça sonne bien comme nom de groupe. On avait hâte d’aimer ces Parisiens d’adoption. Mais ça, c’était avant d’évaluer l’ampleur des dégâts sur scène.
On veut bien cautionner l’univers froid et underground de la chose, et passe encore le masque d’âne du chanteur (même si l’effet mystère relève de la copie). Cependant, quand le jeu de scène est inexistant et que la musique se réduit à une boîte à rythmes et quelques notes jouées au milieu de nappes sonores approchant l’encéphalogramme plat, on dit non. Là, ça va trop loin dans la blague artistique.
La partie hip-hop expérimental pourrait être sauvée, mais lorsqu’on entend dans un final proche du bruit : « I do what I want, I never get caught », on ne peut s’empêcher de penser que Tristesse Contemporaine se moque bien de servir de la soupe à des auditeurs et spectateurs qui ne souhaitent qu’une chose : être hype.

La suite ? Elle arrive une heure plus tard, avec des excuses. Et alors qu’on aurait souhaité se confondre d’admiration devant Girls, la formation réussit à casser un imaginaire bien ancré. Le plus décevant, c’est d’avoir l’impression que sur scène se trouve un groupe de reprises jouant trop fort pour cacher ses défauts. L’ensemble est faible, dégoulinant, sans âme. Et l’ennui pointe.
Le pire, c’est que ce n’est pas le plus triste. Car, en plus de terminer le concert dans un élan bruitiste en décalage avec les interprétations précédentes, Christopher Owens et Chet « JR » White ont fait un choix scénique des plus déstabilisants. Et quel mauvais choix ! Trois poules (choristes) se sont dandinées comme si elles étaient en boîte, pendant tout le set. Au-delà du ridicule, le public a eu droit à la séquence je-hurle-dans-mon-micro-pour-vous-montrer-que-je-sais-bien-crier ; et ce pendant Vomit… Désespérant.
Hormis Saying I Love You et Love Like a River, pas si catastrophiques, l’indie-rock/surf-pop de Girls, d’habitude si mélancolique, si chaude, si séduisante, si désarmante et inspirée, s’est approchée de ce que l’on pourrait qualifier de bouillie pour les oreilles.

La critique est peut-être dure, mais elle est à la mesure de la désillusion vécue. Au nom du Father du Son et du Holy Ghost, l’espoir d’un live meilleur demeure.

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A propos de l'auteur

Image de : Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

2 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 2 juin 2012
    EclairNicolas a écrit :

    Disons-le tout de suite, L. est une passionnée de la branchitude, Gérard Rinaldi a même dit de L. : « Elle change de passion comme elle change de chemise »… Elle n’a de cesse de satisfaire sa boulimie du dernier groupe hype, ce qui ne va pas sans nostalgie, Muse, Girls, Cat power à n’en pas douter… Elevée aux vinyles de rock progressif, elle a perdu son mange-disque orange comme sa mémoire. Vomit (version live ou disque), a une structure similaire à de nombreuses chansons de Dark Side of The moon, écoutez Great gig in the sky pour la poule qui crie, qui hurle, mais surtout Breathe et Brain Damage pour les arpèges et la montée progressive.
    Bref, le défaut des Girls pour un public arty est de ne plus leur appartenir, d’avoir grandi (comme Cat Power en son temps), de savoir jouer de la musique et des influences, de ne plus paraître mais d’être! Girls n’est pas qu’un groupe indie-rock ou surf pop de plus, qu’on va voir juste pour impressionner ses camarades en citant cent noms de groupes obscures à la minute. Girls joue dorénavant dans une autre cour de récréation, avec les plus grands, Beatles (Love like a river), Floyd (Vomit), et rien que pour ça, je leur dis chapeau!

  2. 2
    L.
    le Samedi 2 juin 2012
    L. a écrit :

    Oh ! Comme c’est dommage : la forme du commentaire était drôle, mais le fond est faux…

    Je suis très loin d’être une passionnée de la branchitude ; mon entourage vous le confirmerait. D’ailleurs, vous vous êtes lourdement trompé pour Cat Power, que je n’apprécie guère.

    Je n’ai pas perdu ma mémoire et, surtout, je suis d’accord avec ce que vous avancez concernant Girls.
    Dans cet article, je parle d’un concert, d’un moment, d’une interprétation. Je ne remets pas en question le talent de Girls à faire de l’excellente musique. J’estime qu’ils ont fait de mauvais choix pour le live. Je ne râle pas pour râler : j’ai été sincèrement extrêmement déçue.
    En revanche, je n’irai pas aussi loin que vous : pour moi, ils ne jouent pas dans la cour des Beatles et de Pink Floyd.

    Au plaisir d’échanger !

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