Ghinzu au Zénith

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De la mélodie, de la puissance, de la lourdeur, de la douleur, de la légèreté, de la douceur, du froid, du chaud, du languide, de l'élégant, du corporel. Ils s'appellent Ghinzu et sans trop de bruit, ils atteignent lentement les hauteurs...

Les voilà donc au Zénith de Paris et on le sent, on le sait, on en est fiers : cela sonne pour eux comme les trompettes en fanfare de la consécration. Mais en autrement plus élégant, poétique et caractériel.

La première partie de ce concert, Sold Out s’en charge, dans un Zénith quasiment plein. On a droit à quelque chose de sophistiqué bien d’aujourd’hui, un peu masturbé, complètement pommé. Cocaïnée à souhait, perverse et tonitruante, l’atmosphère se charge aussi d’une jolie dose de dancefloor. Overdose de projecteurs qui les érigent en dieux insaisissables de l’électro. Un tantinet surévalués, parce qu’on nous la fait pas : éternellement perchée dans son monde noir, glacial et orgueilleux, ce genre de torture n’apporte pas l’émotion, la profondeur et la chaleur dont on a aussi besoin. Avec ça, la chose non mélodique et droguée commence à se démultiplier sérieusement dans notre monde ahuri. Allons agrémenter tout ça d’un peu de présence humaine forte avec Ghinzu .

ghinzu-zenith-paris-23-10-09-2Sept mois après la sortie de leur troisième album, Mirror Mirror, Ghinzu nous propose un premier reflet de l’un des plus beaux morceaux de verre de l’année. Je crois comprendre, enfin, ce que peut être une vraie catharsis. Réduire l’art à un purgatoire des émotions, comme un défouloir indispensable aux êtres déséquilibrés, sans façon. Mais avec Ghinzu, sans parler d’être déséquilibrés – peut-être et c’est tant mieux, allez savoir – on dirait bien que tous les cauchemars, torpeurs, frustrations ressortent en bouffées de sublimation, portées par des sons bien enracinés dans les passions ultimes de l’être. Et tandis qu’ils exorcisent leurs sentiments en beauté, impossible de ne pas croire à leurs paroles et de chanter avec forte conviction les « take it easy », « can you read me », et nouveaux « I wanna get lost with you »

Visuellement, on manque de quelque chose. Le chanteur est trop souvent coincé derrière son clavier, lunettes noires sur la tronche, vestes maussades et neutres sur le dos… Mais la musique est loin d’être terne. Violence de l’émotion, chaleur de l’humain, distillées dans un flacon de froideur moderne. D’un début qui emporte tout, à une césure parfaite suivie d’un regain de rock débridé, la setlist est forte, étudiée, et sait valoriser tous les composants du condensé sensible nommé Ghinzu .

On nous fait littéralement glisser dans l’univers en commençant par un Mother Allegra prodigieux sorti du nouvel album. Saisissant, sur une voix parfaitement maîtrisée qui évite l’écueil de l’emphase et qui souffre avec son brin de modestie, sa brillance immodérée et sa façon de s’étendre intégralement dans l’espace qui lui est généreusement ouvert.

Cette effluve mélodique sera suivi de The Dream Maker, un élan en dièses, bémols et harmonies de toute finesse. Une voix physique, suintante en intonations amoureuses, posée sur son cortège de rythmes déstructurés, balancée sur une mélodie pleine, accompagnée de ses choeurs célestes, de son piano tendre…Qui se réfugie dans une montée en puissance magistrale et bordélique : cet engloutissement dans un ensemble pesant, tout en volume et en basses, Ghinzu sait le faire interagir avec des murmures plus nuancés et osciller de l’un à l’autre.

ghinzu-zenith-paris-23-10-09-10Succède alors un Cold Love enivrant, l’une de ces choses qui embrasent poétiquement pour l’année, en attendant la suivante. Après cette ouverture délicate, le groupe honore le public de son côté plus cradingue, plus ancien, plus caverneux sans que le contraste ne choque, parce qu’il n’y en a pas vraiment : entre l’orfèvrerie et la mine, c’est simplement une histoire d’équilibre où l’un prend l’ascendant sur l’autre. Take It Easy suscite donc les cris et les joies, pour répandre sa dose de saleté élégante sur ses mélopées cristallines de guitare. À cet instant, le jet du guitariste à terre comme transcendé par le diable rock’n'roll alors que le riff n’était pas intersidéral non plus, on aurait pu s’en passer.

Les musiciens coupent le concert d’une reprise qui donne le sourire aux plus avares : Twist and Shout, pour un bol de bonne humeur mené solidement, comme une évidence en plein 2009. Ils jettent à Paris un ‘On vous aime’, qui s’engouffre aussitôt dans un tournis sonore semblant creuser sous terre. La déclaration d’amour est happée par la musique, subjuguant coup de maître. Le son devient plus audacieux, prend des tournures plus sauvages et complexes.

The End Of The World nous assaille, ultime représentation de l’oxymore sophistiqué bordélique. Encore un morceau de passion aux riffs garage, à la voix débraillée, mais boursouflée de chic mélodieux qui fait grésiller les tripes, les coeurs et les muqueuses. Visage en décomposition le temps d’un quart de seconde que personne n’aura remarqué, mon voisin peut-être…La pensée sanglante d’un monde en train de se suicider me traverse le corps. Navrant, quand on voit ce que les êtres humains sont capables de créer ? Fin de la perdition. Je m’immerge à nouveau dans Ghinzu au lieu de les regarder de l’extérieur et de mourir toute seule.

ghinzu-zenith-paris-23-10-09-20Un This Light se glisse entre les mailles. Impossible de ne pas fondre. Blow met fin aux hostilités, longue et généreuse comme l’une de leurs plus jolies perles en apesanteur. Un lyrisme de grande ferveur à la taille de la scène nous emplit les oreilles, à l’endroit où la puissance de Muse (le Muse perdu d’antan, bien avant les dernières fadeurs) et la fougue des caves anglaises se sont rencontrées miraculeusement.

Quelques morceaux, absents de cet article, s’appesantissent un tantinet sur la lourdeur des guitares et le bazar garage, avec une batterie qui gagnerait peut-être à laisser quelques sursis. Mais l’endommagement est minime. Voix et technique quasi-parfaites, silences, ruptures, murmures et colères joliment intercalées et furieusement efficaces. Une fois perché sur son clavier, une fois sur la batterie, un petit saut dans la fosse, John Stargasm scrute le Zénith et teste toutes les altitudes. Le public se lève et restera planté debout.

Crédits photo : Nicolas Brunet

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A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

5 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 26 octobre 2009
    H. a écrit :

    « Cocainée à souhait » : qu’est-ce qu’il faut entendre par là ?

  2. 2
    le Mardi 27 octobre 2009
    Jab a écrit :

    Hum, ça devait être sympa. Les avais vus à l’Olympia et c’est vrai qu’il leur manque tout de même quelque chose visuellement. Mais en fermant les yeux, c’est assez extraordinaire !
    Tiens par contre, effluve, c’est masculin au singulier (ça, c’est pour l’attaque gratuite sur Muse :D )

  3. 3
    le Mardi 27 octobre 2009
    Vincent a écrit :

    Mais qu’est-ce que c’est que cette chronique?
    Je n’ai jamais lu un article au style aussi prétentieux et lourd de toute ma vie!
    Je suggère à mademoiselle Céline de lire (relire, j’espère) les ‘précieuses ridicules’ de Molière, et éventuellement d’apprendre à écrire sans se sentir obligée d’en mettre plein la vue aux éventuels lecteurs.
    Dommage pour un article au fond si juste, que la forme le rende si pénible à lire.

  4. 4
    le Mercredi 28 octobre 2009
    Diane a écrit :

    Un texte boursouflé et illisible, je ne savais pas qu’il était encore possible d’écrire de manière aussi ampoulée… Ca ne rend absolument pas compte de l’atmosphère du concert, du coup (si tant est qu’on ait la patience de lire au lieu de survoler…).

  5. 5
    le Vendredi 30 octobre 2009
    Ben a écrit :

    Enorme fan de Ghinzu, je n’ai pas l’impression d’avoir assisté au même concert. Ils restent magnifiques et d’un talent énorme, dignes successeurs de la lignée belge (dEUS) mais pour moi cette play list présentée reste un mystere, non cohérente. Je reste avec un arrière goût de « suffisance » dans leur maitrise du show, comme pour un publique trop vite acquis. J’ai trouvé l’ambiance poussive, et que dire de leur son !!! c’est la première fois que je trouve que le son se dégrade au fur et à mesure d’un concert.
    cette soirée pour moi:c’est bien mais capable de TELLEMENT mieux!
    Qu’en à l’article, comment dire, …. sophistiqué?

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