Gari Greu, Mauresca Fracas Dub et Naïas au Festival des Agglos

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Une invitation sous forme de résistance, la 10e édition du Festival des Agglos sonne comme un clairon : après dix années de bons et loyaux services, le Festival tire sa révérence. Pendant que tous les regards sont braqués sur Marseille "Capitale européenne de la Culture en 2013", le Festival des Agglos bougera encore une dernière fois.

Image de « Empêchez nous de faire la dernière ! » portaient les organisateurs du Festival des Agglos comme pour lancer un ultime appel : l’association Avec La Tête a en effet annoncé que cette 10e édition serait la dernière, faute d’une baisse considérable des subventions. Pendant que les efforts culturels se concentrent sur Marseille pour honorer son titre de capitale européenne 2013, les « petits » continuent toujours autant à en subir les dégâts collatéraux.

Le Festival des Agglos symbolisait pourtant ces endroits si particuliers, là où le rassemblement et la convivialité prenaient le dessus sur la musique. Car à la base, le festival est né pour la bonne cause : en 2002, lorsque le FN atteint le second tour des élections présidentielles, l’heure est au rassemblement et à l’échange. De cette ferveur populaire et solidaire, le Festival des Agglos se prend alors au jeu : durant 10 ans, la culture est un bien pour tous.

Port-de-Bouc, port industriel à 30 minutes de Marseille, le sait bien. Il est « impossible aujourd’hui de réaliser un festival avec chaque année moins de moyens que l’édition précédente et d’attendre vainement que quelques institutions ne veuillent bien soutenir un projet qui a fait ses preuves ». Malgré tout, le rendez-vous attire une nouvelle fois les foules. C’est même une mixité incroyable des âges qui s’affiche en ce vendredi soir. Si la soirée de samedi est résolument « hip-hop » avec Akhenaton & Faf Larage, Toko Blaze et Flox In Dub, l’ouverture du Festival est clairement « reggae » avec Mauresca Fracas Dub, Gari Greu et Naïas. Place à la fête !

Naïas et son invitation au voyage

Avant d’entrer dans le dur avec Mauresca et Gari, le premier groupe à être à l’œuvre sur la scène de l’Anse Aubran est Naïas. Sous un soleil couchant, les mouettes au dessus de nos têtes offrent un cadre idyllique : une scène en plein air au bord de l’eau, avec la mer et les bateaux. Rien de tel pour coller à merveille de Naïas : le groupe évoluait dans son jardin. Naïas amené par un Daniel Gaglione des grands soirs (voix et mandole), propose un son métissé qui mélange musiques traditionnelles, siciliennes et orientales. S’il avait fallu être trilingue pour comprendre les paroles, Naïas a toutefois fait son effet : un show carré chargé d’images qui vous propulse aux quatre coins de la Méditerranée. De l’Algérie en remontant par l’Espagne Daniel Gaglione passe par l’Italie avant d’emprunter la route des Indes. La diversité des instruments utilisés en dit long sur les sonorités du concert et la polyvalence des musiciens : de la mandole à la calbasse, de l’accordéon à l’accordina, des percus à la basse, le monde bâti de toutes pièces par Naïas tient la route. Naïas était le nom du dernier bateau réalisé sur les Chantiers et Ateliers de Provence, lancé en 1966. Baptisé Provence, c’est sous le nom de Naïas qu’il fut désarmé et démoli en Grèce en 2003.

« La grinta » nous a répété Naïas toute la soirée, 25 ans que ça dure, on tâchera de s’en rappeler.

Gari Greu, l’attraction de ce vendredi soir

La capacité d’attraction du collectif Massilia Sound System (au sens large) est toujours aussi épatante pour ne pas dire incroyable. Si Massilia au grand complet fait toujours le plein partout où il passe, il en va de même pour tous les side projects de ses membres. Après les initiaux Oai Star, Moussu T e lei Jovents et Papet J ; les Dj’s du Soleil et surtout Gari Greu viennent compléter la liste rafraîchie. En l’occurrence Gari Greu, l’un des MC du Massilia Sound System et co-fondateur de Oai Star, vient de lancer un nouveau projet musical éponyme. Comme il nous l’avait confié au mois de décembre dernier lors d’une interview accordée dans ses studios, Gari Greu a décidé de mettre Oai Star entre parenthèses pour faire quelque chose de plus intime, plus posé, plus personnel. Ce qui n’a pas empêché son pote Dubmood de superviser tout ça d’un oeil attentif. Après le ragga, le punk, le rock et l’électro sur ses précédentes expériences musicales, c’est une autre facette de Gari qui nous est présentée ce soir.

S’il n’y a pas encore d’album (il sortira courant octobre prochain), tout le monde est logé à la même ancienne : la découverte est totale. Tout d’abord, premier constat, l’électrique est abandonné durant une très grande majorité des morceaux. C’est un Gari version « acoustique » qui fait le show ! Pour preuve, guitare sèche et ukulélé dominent les débats ! La guitare électrique est sortie plus rarement même si les morceaux gagnent en intensité avec le duo basse/batterie. Les tracks en cours de composition, il est utile de préciser que Gari a entrecoupé ses nouvelles créations avec des chansons personnelles écrites pour Massilia ou pour Oai Star. Effet garanti !

Gari joue sur les différences de rythmes, de mélodies, de ballades. Et ça marche ! Les paroles sont tirées de l’état d’esprit véhiculé par Massilia, avec humour. Pédaler est une usure pour le public qui reprend en cœur les « dans la vie, faut pédaler » avec frénésie en faisant mine de pédaler sur place. Tout comme ce morceau évoquant le pastaga qui risque de devenir un nouvel hymne pour beaucoup : sur des sonorités très roots, on ne se lasse pas d’entonner « donne du jaune à ton homme, tu verras il t’aimera ! ». L’employé, triste reflet de la vie s’annonce comme l’un des hits de son futur album. Guitare sèche, basse, banjo et une mélodie entêtante, Gari sait s’y prendre pour rendre ses morceaux incontournables : « malgré les gifles je reste debout, je suis de la majorité triste, les spécialistes du hors-piste, ceux qui ferment leur gueule quand l’État les promène et qui ne crient qu’allez l’OM ! ». Les habitués de Oai Star qui aimaient Du Vin et du Boucan, Voyager Intelligent ou encore Tête Brûlée deviendront aisément fan de ce nouveau projet. Ces évidences ne font que sauter aux yeux au fil des minutes telle la leçon d’humanisme récitée à travers le track Si on était un peu moins con « Si on était un peu moins con, la Bonne Mère sur sa butte serait vouée à tous les cultes ! Si on était un peu moins con, on serait tout, on pourra être… on ne se prendrait pas la tête messieurs !« .

Les « habitués » ont également pu se délecter de petites surprises : au rayon des reprises issues de Massilia, Gari a rajouté une dose de reggae sur Quand ma petite est dans la place parue sur Occitanista (2004) ou sur Bouteille sur Bouteille de l’album 3968 CR 13 (2001). Comme au bon vieux temps, le jumpant Voyager Intelligent de Oai Star a été revisité, alors que Canader Love (Manifesta, 2009) a été copieusement ralenti pour le rendre très sexy. Pendant ce temps, plusieurs assauts ont été menés de front : pour tous les machos, Chéri(e) a provoqué une ruée du public sur la scène pour que le dance floor occupe le maximum d’espace, Feignant et Gourmand n’a fait que prolonger la fête durant de longs instants. Gari hausse le ton. « And i smoke … marijuana every day » a tout bonnement rappelé que l’électrique n’est jamais bien loin !

Sans album dans les bacs et seulement en tournée depuis avril, le nouveau projet de Gari Greu prend tournure et laisse présager de nouvelles facettes intéressantes en s’apparentant à de la chanson française, de la pop et du reggae. On reste étonnés de cette aventure, mais aussi sous le charme de le voir ainsi s’accaparer le public avec toujours autant de facilité. La sécurité a eu beau s’acharner pour limiter l’utilisation des fumigènes, plus d’une trentaine auront été allumés ! Il y avait une tradition à respecter…

Mauresca Fracas Dub, le son du bartàs de Montpellier

La venue de Mauresca pour clôturer cette première soirée du Festival des Agglos est judicieuse et cohérente au vu de la programmation du jour. Il est indéniable que le public ne s’est pas déplacé en priorité pour les Montpelliérains : il y avait clairement moins de monde que pour Gari Greu. Cependant les festivaliers étant restés pour cette dernière partie n’ont pas été déçus : Mauresca a quelque peu changé de registre par rapport à ses débuts puisque Cooperativa, dernier album en date, s’est imprégné de tendances reggae/digital bien adaptés aux fins de soirées.

Du coup, Mauresca a proposé un set décapant, alliant la crème de son dernier album et les brûlots de ses précédentes tournées. Le MFD a surtout réussi à souligner ses différentes phases en fonction de ses albums, il y a pioché tous les ingrédients nécessaires pour donner un côté original au show : l’ouverture est lancée tambour battant sur La Coopérative à coup de basse et de scratchs. Un raggamuffin qui pose les fondations de la coopérative. Tous les morceaux agités du dernier skeud ont été interprétés : le reggae occitaniste qui fait prendre la vie du bon côté de Fai la Rota, le raggea plus conventionnel de Maria Blondeau, mais qui prend une seconde mesure en live propagent la bonne humeur dans la fosse. Petit aparté hip-hop avec le dévastateur Sud de France qui ne tarde pas à résonner dans le public, bien entendu adepte des idées véhiculées par Mauresca : « Chez nous c’est pas Sud de France, chez nous c’est Nord de Méditerranée », comme pour poser la réplique et ne pas oublier que « les taux de pauvreté sont parmi les plus élevés, y’a autant de chômeurs que dans le Nord-Pas-de-Calais et pas de film à succès pour fashioniser ». Au rayon des revendications, mais aussi par fierté régionale, des morceaux incontournables du MFD sont joués : Sèta, pour rendre hommage aussi aux ports industriels méditerranéens, ainsi que Montpelliérain repris aisément par les festivaliers.

À l’unisson, Languedociens et Provençaux sont ensemble avec L’exception française sur fond de rub’a’dub qui rappelle aussi la « culture centralisée, pensée depuis la capitale ; on défend la diversité sur la scène internationale, mais pas le droit de cité pour les langues régionales ! ». Dans les ballades particulièrement appréciées, Indians de las Americas, de l’album Bartàs (2008) immédiatement repris ou à travers le planant Martel in Dub, instrumental.

Au rayon des déflagrations, plusieurs sont à noter : O.C.W. véritable dynamite musicale à coup de percussions et de bidouillages électroniques, les cinq troubadours se muent en « poètes, guerriers en terre occitane ! Verbes insurgés suivant la Tramontane, en Méditerranée c’est une caravane, warriors engatsés païens et profanes ! » ou sur Boulégants très saturé en temps que « sentinelles maritimes ».

Enfin dans le set, le trio magique de Bartàs (2008) n’a pas été oublié : l’heure du rappel a sonné sur Baraqueta, reggae/occitan à l’ancienne, avant que Sauta embarque le public dans de longues embardées : hip-hop dévastateur, percus endiablées aux bons souvenirs de Montpellier, les festivaliers tous âges confondus se voyaient sauter de gauche à droite frénétiquement ! Et pourtant l’apothéose n’allait pas tarder : Anam Manjar a clôturé le concert de manière traditionnelle. Les troubadours ont posé leurs instruments pour lancer une immense farandole dans la fosse…

Trois groupes, trois ambiances différentes, mais des avis unanimes : la programmation est à l’image d’un festival qui mérite son coup de chapeau pour ses 10 ans. Bon vent en tous cas, et à la prochaine. Ailleurs.

Crédits photos : C.Oberlin

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Festival des Agglos à Port de Bouc, vendredi 10 juin 2011.

- Festival des Agglos : http://www.festivaldesagglos.com/
- Myspace Gari Greu : http://www.myspace.com/garigreu
- Myspace Mauresca Fracas Dub : http://www.myspace.com/maurescafracasdub
- Site Officiel Mauresca Fracas Dub : http://mauresca.fr/
- Myspace Niais : http://www.myspace.com/naias

A lire aussi sur Discordance :
- Chronique « Cooperativa » Mauresca Fracas Dub (2010)
- Interview de Gari Greu (en 3 parties)

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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