Garden Nef Party 2007

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La ville d’Angoulême est connue pour être la capitale de la bande-dessinée. Mais depuis l’an dernier, elle a décidé de franchir un nouveau cap : celui de s’imposer comme un passage obligé sur la route des festivals en France grâce à la Garden Nef Party. Alors, Angoulême, nouveau QG du rock ?

Vendredi, Muse-icalement vôtre

Le site est idéal. La Ferme des Valettes et ses hectares de prairies vertes a vu pousser sur sa pelouse deux scènes pour accueillir la fine fleur de la scène rock actuelle. Les connaisseurs ne s’y sont pas trompés : la programmation est exceptionnelle, on aurait tort de manquer ça ! LCD Soundsystem, Arcade Fire, Hammond Jr, Klaxons et Muse qui dit mieux ?

Il est 19 heures lorsque je frôle la pelouse de la Ferme des Valettes et déjà les premières notes de musique se font entendre. Mes oreilles ne me trompent pas, c’est bien le groupe Mumm-Ra qui ouvre le bal ce soir sur la grande scène. Ils sont déjà des milliers comme moi à s’être donné rendez-vous pour découvrir le son pop-rock psychédélique des six anglais. La jeune formation n’est pas encore connue de tous, ce qui explique que le public ne soit pas forcément très réceptif. Pourtant les six petits gars font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire partager leur énergie et leur bonne humeur. Le charismatique chanteur va même jusqu’à finir le concert debout, totalement déchaîné, sur une des caisses de la batterie de son collègue. Même la fraîcheur qui se dégage du titre She’s got you high ne parviendra à enivrer l’auditoire. A croire que le public n’est pas encore rentré dans le vif du sujet ! Un concert tout de même bien sympathique qui laisse présager un bel avenir pour Mumm-Ra .

nef4Le temps de changer de matériel et c’est au tour du groupe au nom imprononçable de faire son entrée : j’ai nommé !!! (chk chk chk) . Au premier abord, on pourrait croire à une blague. Une dizaine de musiciens au look complètement décalé et kitsch à souhait se plante sur la scène. Mais comme on dit « l’habit ne fait pas le moine ». Et c’est un spectacle enivrant que la formation originaire de Brooklyn nous livre ce soir. Entre pop, rock et goupillages électro, le style des américains est tout simplement inimitable et incomparable. Des danses endiablées (mention spéciale pour The Penguin, le chanteur aux faux airs de Philippe Katerine, et son déhanché unique !), des rythmes saisissants, tous les ingrédients sont réunis pour mettre une ambiance de folie. Le public ne tarde pas à se laisser porter par l’univers des américains. Les festivaliers en redemandent mais le temps est compté et même si les artistes tentent de négocier en douce quelques minutes de set supplémentaires, il faut laisser la place aux autres. Une chose est sûre, !!! (chk chk chk) maîtrise le show et restera sans conteste la grande surprise de ce festival.

Lilly Allen était sensée être de la partie. C’est finalement Albert Hammond Jr qui nous fait l’honneur de sa présence. Le temps d’un album, Yours to keep, le célèbre guitariste de The Strokes se lance en solo. Dans la lignée de sa formation originelle, il nous livre un rock classique et énergique. Avec pour décor le visuel de la pochette de son album (un doux paysage de campagne), Albert Hammond Jr nous plonge dans un monde fait d’évasion et de sérénité. Musicien de talent, il enchaîne les riffs de guitares avec brio. Simple, rapide, mais efficace. Certes le concert ne restera pas gravé dans les esprits, mais la performance est bien là. Il quitte la scène sur la dernière note de guitare, sans un mot, comme toute Rock n’ Roll Star qui se respecte.

Cependant, lorsque l’on sait que The Strokes sont pressentis pour faire partie de la troisième édition de la Garden Nef Party, on ne peut qu’encourager Albert Hammond Jr à renouveler cette expérience en compagnie de ses fidèles amis !

nef123h15, le moment tant espéré est arrivé et le groupe que nous attendons tous va bientôt faire son entrée. Muse, soit quatre lettres qui résonnent comme un hymne universel tellement l’engouement des spectateurs est incommensurable. Histoire d’accueillir le trio anglais comme il se doit, chacun se prépare à sa façon. On se tatoue sur la paume des mains ou sur les joues, à la force d’un stylo perdu au fond de son sac, le nom de son groupe préféré ; on applaudit ; on crie ; ou bien on reste sage et on observe la scène qui se dresse devant nous, laquelle laisse présager un spectacle de haut niveau.

Tout le monde est prêt ? Les lumières s’éteignent. On peut y aller ! Les maîtres du monde, car c’est bien le titre qu’ils méritent ce soir, apparaissent dans un flot de fumée, sur une musique apocalyptique. Nous somme comme à bord d’un vaisseau spatial qui rayonne de milliers de lumières, en partance pour un autre monde, un monde imaginaire vers lequel Muse va nous transporter en un instant.

Les tubes s’enchaînent dans une ambiance de folie. Tous les refrains sont repris en choeur par le public. La communion est totale et on frise parfois l’hystérie. De Newborn à Supermassive Black Hole en passant par Absolution et Bliss, l’herbe fraîche de la Ferme des Valettes vibre aux rythmes des plus grands tubes des anglais. Les jeux de lumières sont époustouflants, le charisme qui émane des trois musiciens est bluffant, bref le show est épatant. C’est que le trio fait les choses en grand : des écrans géants qui nous font tourner de l’oeil, des images à couper le souffle, des ballons géants remplis de confettis qui surgissent de nulle part. Et cette générosité paie : les applaudissements et les cris fanatiques n’en finissent plus. Un moment inoubliable qu’il faut vivre au moins une fois dans sa vie. Muse : trois artistes de génie qui méritent une ovation et un respect total.

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Samedi : Angoulême, Top of the Pop’s

nef6Si la première édition de la Garden Nef Party n’avait fait l’objet que d’une unique soirée de concerts (avec Headcases, The Spinto Band, Archive et Placebo ) cette année, les artistes défilent sur scène au cours de deux jours de son rock non-stop. C’est donc reparti pour une journée de folie !

On commence tout de suite avec le son pop-punk de Art Brut . Et le moins que l’on puisse dire c’est que les londoniens ont du style ! De leur look très glam à leurs compositions aux accents « so british », il est difficile de leur résister. La faute certainement au très charismatique Eddie Argos, chanteur au phrasé si particulier qui a littéralement conquis le public avec sa voix sensuelle et son sens de l’humour et de l’autodérision. « We will never be a professionnal band », clame-t-il entre deux titres. Mais pourtant, ce soir, Art Brut a gagné sa place au sommet du « Top of the Pop’s ». Une belle performance pour un quintet plein de talent !

Bon, c’est vrai, on aurait pu aller faire un tour vers la petite scène et découvrir le rock de Gatechien, en attendant le prochain groupe. Mais les places sont chères pour voir les Klaxons de près et profiter du spectacle comme il se doit. Le quatuor anglais est sans conteste la révélation musicale de cette année, ou du moins l’un des groupes qui a connu le plus gros buzz. En l’espace de quelques mois et d’un album, les Klaxons se sont imposés comme les pionniers d’un nouveau style : la new-rave. Inutile de dire qu’ils étaient donc très attendus. Les fans étaient d’ailleurs au rendez-vous. Et on pouvait les reconnaître sans trop de difficultés. Lookés de la tête au pied : jean slim rose pour l’un et jaune pour l’autre, T-shirt aux couleurs du dessin-animé Les Barbapapas, sans oublier les lunettes de stars. Dès l’entrée du quatuor sur scène, des bruits de klaxons retentissent parmi la foule. C’est que les fans ont vraiment tout prévu ! Très réceptif, le public est tout de suite en délire. Les petits anglais jouent leurs tubes, de Golden Skanks à Magic en passant par Atlantis to interzone entrecoupés de « private jokes » en tout genre. Pogos, slams et autres délires sont au programme. Bref, c’est l’anarchie totale, à tel point que le chanteur ira jusqu’à se péter le pied en sautant de la scène pour aller remercier le public. Les risques du métier ! Une chose est sûre : l’histoire des Klaxons ne fait que commencer.« It’s not over yet » !!!

Petit détour par la deuxième scène et changement total d’univers avec le collectif new yorkais d’ Animal Collective . Le public n’est pas nombreux mais on sent qu’il est connaisseur. Le groupe est une référence en matière de psyché, d’artifices visuels et de mélodies éthérées. Quelque peu surprenant, le monde musical dans lequel évolue le quatuor est assez déroutant mais on se laisse tout de même envoûter par la facilité avec laquelle il maîtrise son art. Un savoureux mélange entre The Flaming Lips, le Velevet Underground et Mercury Rev .

On reste dans l’univers psychédélique avec Clap Your Hands Say Yeah et leur son folk rock très dynamique. Le quintet américain, né entre Brooklyn et Philadelphie, a apporté un souffle de bonne humeur aux spectateurs de plus en plus nombreux au fil des heures. Le concert est chaleureux et généreux. Les paroles des tubes Satan Said Dance et Yankee Go Home peuvent se lire sur certaines lèvres, notamment sur celles d’adeptes de la première heure qui avaient apparemment fait le voyage en Charente exprès pour pouvoir applaudir leur groupe préféré sur scène. On chante, on danse, le tout dans une ambiance très festive. Alec Ounsworth et sa bande ont même droit à une ovation de taille à la suite de leur dernier titre The Skin of my Yellow Teeth . C’est donc un carton plein (mérité) pour le quintet.

Ce qu’il y a de bien dans un festival, c’est que les groupes se suivent mais ne se ressemblent pas. Il est 21h30 et c’est au tour de Bianca et Sierra Casady, les soeurs de Cocorosie, de nous transporter dans leur imagerie poétique et lyrique, sur fond de compositions qui oscillent intelligemment entre pop, électro et hip-hop. Une alliance qu’elles sont les seules à pouvoir maîtriser avec autant d’harmonie et de délicatesse. Et pour nous faciliter le voyage, des écrans géants ont été installés sur le fond de la scène, sur lesquels défilent, selon les morceaux interprétés, tantôt les Petits Poneys ou les Bisounours, tantôt le visage de Bush crucifié. Le ton est donné. Ambiguë, engagé, révolté, Cocorosie sait manier l’art de la scène avec talent. On en prend plein les yeux et on en redemande. Le spectacle est enivrant, sophistiqué et touchant à la fois. Les morceaux choisis par les frangines ne sont pourtant pas les plus connus de leur répertoire. Ce qui explique certainement que certaines personnes soient quelque peu déroutées par l’univers décalé du duo. On aura même droit à une cession de human beat-box hallucinante, grâce à Tez, un des musiciens qui accompagnent les filles sur scène. Un show d’une grande classe !

23h00 sonnent et la tête d’affiche de ce soir, qui répond au doux nom de The Arcade Fire, fait son apparition. La formation originaire de Montréal est réputée pour ses prestations scéniques de haut niveau. Il faut croire que ce n’est pas une légende urbaine. Le groupe, emmené par le couple Régine Chassagne et Win Butler, nous invitent à une messe de charme sur fond de compositions pop- rock à l’harmonie quasiment religieuse, à travers lesquelles se mélangent les sonorités des guitares, accordéons et autres batteries et banjos que les dix musiciens aiment à s’échanger sur scène. C’est d’ailleurs un plaisir extraordinaire que de voir Régine Chassagne passer derrière la batterie ! Des instruments tous plus inattendus les uns que les autres, et en prime des casques de moto, jonchent le sol. Le groupe électrise complètement le public avec ses tubes Rebellion (lies), Keep The Car Running, Cold Wind, Wake Up ou Intervention . Mais il le surprend aussi, surtout lorsqu’il reprend un classique de la chanson française : Poupée de cire, poupée de son de Serge Gainsbourg . Insatiables, les spectateurs en redemandent et l’ovation est interminable. Les paumes des mains surchauffent à force de s’entrechoquer ! La Garden Nef Party n’aurait pas pu rêver plus beau baptême !

Et pour clore cette édition en beauté, on accueille le célèbre James Murphy et son groupe LCD Soundsystem . Il est 1h00 du matin et les jambes commencent à fléchir mais rien de tel que du bon son underground pour se remettre d’aplomb ! Electro, new wave, hard core, punk, disco, tous les styles sont réunis autour d’une même formation. C’est là que réside toute la force de LCD Soundsystem . Le public est carrément en transe et, étant donné que la plupart des spectateurs ont déjà jeté leur veste, les fans ont eu le champ libre pour s’agglutiner contre les barrières et profiter au mieux du concert. Certes il est tard mais la nuit ne fait que commencer. Alors autant se lâcher ! Encore une fois, on n’hésite pas à slamer, à pogoter et à jumper de toute part au son de North American Scum, Losing My Edge ou encore Give It Up et Daft Punk is Playing at my House . Du bonheur à l’état pur !!!

La Garden Nef Party a réussi son pari. Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’an prochain.

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Site officiel: http://www.gardennefparty.com/

Myspace: http://myspace.com/gardennef

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

4 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 31 août 2007
    Cecyle a écrit :

    j’y étaissssssssss!!!!!youkoulélé c’était super ce festival!!!!Autant l’organisation que la programmation rien à redire (sauf les appareils interdits…ms pkoi???)
    Et chapi chapeau pour les photos vu comme c’était « mission impossible » pour en faire!!!(petite dédi à Hélène reporter de choc;))
    Bref courrez tous à la garden partyy l’an prochain!!

  2. 2
    Hélène
    le Vendredi 31 août 2007
    Hélène a écrit :

    C’est clair que le rdv est déjà pris pour l’an prochain!!!
    Et c’est vrai que cet article ne serait rien sans les jolies photos qui l’illustrent, alors merci à Cecyle, une apprentie photographe de talent qui a réussi à échapper à la vigilence de la sécurité le temps d’une soirée ;)
    Un vrai travail d’équipe!

  3. 3
    le Lundi 19 novembre 2007
    Anonyme a écrit :

    Moi j’y étais le samedi.
    Ooola ! Gros oubli ! Tu n’as pas cité les mini set d’ Howe Gelb l’homme plus le classe de planète ! Le chef de Giant Sand en personne est venu à Angoulême. Un premier set, tout seul sur la petite scène…génial. Puis un 2nd set accompagné par le bassiste de Giant Sand et le batteur d’ Arcade Fire, avant que 2 cuivres d’Arcade ne viennent en renfort…jusqu’à ce que les Klaxons ouvrent les hostilités sur la grande scène et oblige cette belle équipe à arrêter de s’amuser.

  4. 4
    le Lundi 19 novembre 2007
    Vincent Bidule a écrit :

    Au fait c’est moi qui ai écrit le commentaire qu’est au dessus.
    Pour revenir sur les prestations de quelqu’uns…
    Gatechien, très bon duo du basse/batterie, ça fait du très bon bruit noise, ça décape !
    Art Brut, très rigolo à voir, j’accrochais pas sur album, mais sur scène j’adhère.
    les Klaxons, bah j’ai pas du tout accroché….pas vraiment de mélodie, pas rock, pas pop…du je ne sais pas quoi.

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