Gainsbourg (Vie héroïque) – Joann Sfar

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Pour son premier essai au cinéma le dessinateur & scénariste Joann Sfar a réalisé un biopic rêveur sur le célèbre Serge Gainsbourg. Il était d’ailleurs étonnant que personne n’ait encore réalisé ce biopic. C’est que l’exercice était ardu, car le personnage, auteur de frasques télévisées et de chansons cultes, n’est pas facile à cerner. Des risques épineux ont donc été pris par Sfar. Gainsbourg est généralement perçu de deux façons différentes : d'un côté on trouve les personnes l'ayant connu de son vivant, qui ont suivi son ascension culturelle & sa régression physique et de l'autre côté, les personnes qui comme l'ont découvert après sa mort, grâce aux CD téléchargés et aux vidéos Youtube.

g04Il était d’ailleurs étonnant que personne n’ait encore réalisé ce biopic. C’est que l’exercice était ardu, car le personnage, auteur de frasques télévisées et de chansons cultes, n’est pas facile à cerner. Des risques épineux ont donc été pris par Sfar .
Gainsbourg est généralement perçu de deux façons différentes :d’un côté on trouve les personnes l’ayant connu de son vivant, qui ont suivi son ascension culturelle & sa régression physique et de l’autre côté, les personnes qui comme l’ont découvert après sa mort, grâce aux CD téléchargés et aux vidéos Youtube.

La première partie du film dévoile un Lucien Gainsburg encore enfant : ses rêves, son innocence frondeuse, les rapports pas toujours évidents avec ses parents, sa grande gueule bien précoce, une vision intéressante de la Seconde Guerre mondiale vue par un petit garçon conscient des événements, mais sans les comprendre complètement.

L’univers de Sfar s’étale dans le film grâce à l’incrustation de personnages imaginaires qui interfèrent et communiquent avec Serge, créant une ambiance façon Max et les Maximonstres, pas déplaisante.
On suit l’évolution de Gainsbourg, sa réussite en chanson et son succès auprès des femmes, qui sont d’ailleurs tout au long du film éblouissantes. Dans un cinéma bien trop souvent macho, Sfar a su apprécier à leur juste valeur les présences féminines, qui amènent un coté pétillant face au désenchantement de Serge.

La façon de filmer à « la française » rappelle parfois malheureusement Les Choristes ou ces films datés, filmés de façon contemporaine…
Cependant les seconds rôles sont bien distribués et joués avec ferveur, ils accompagnent à merveille un Elsomino bluffant et à aucun moment on n’imagine une autre personne que le Gainsbourg original en chair et en os.

Tout au long du film, on y voit un Gainsbourg tantôt tourmenté, tantôt tourmenteur, un hédoniste manipulateur et parfois agréablement vicieux.
Car ne nous voilons pas la face, si Gainsbarre a pris le dessus sur Gainsbourg, c’est que le charme de Serge réside dans son politiquement incorrect, dans sa façon d’employer des mots choquants, dans son plaisir malsain à appuyer là où ça fait mal, à effleurer les tabous et à réveiller les fantasmes enfouis.
La scène avec France Gall résume cette facette.

g03 Sfar aurait pu donc peindre un portrait de Gainsbourg rock’n'roll, mais c’est en tant qu’artiste incompris de lui même que nous le découvrons, des scènes imaginaires entre sa conscience et lui stigmatisent cette schizophrénie latente.

En sortant de la salle, on est agréablement possédé. Le film, bien réalisé, présente un Gainsbourg comme on aurait aimé le connaître personnellement . Mais avec un peu de recul, il lui manque quelque chose - peut-être est-ce le charisme. Gainsbourg était un fouteur de merde et c’est pour ça qu’on l’aime, or Sfar lui a donné une image tamisée : où sont passés les débordements télévisés et les provocations incomprises ?

Au final, c’est une réussite, mais on aurait aimé plus de folie, plus de psychédélisme pour relater l’histoire de cet homme qui avait 30 ans d’avance sur son temps, mais qui désormais fait partie du patrimoine français de la chanson.

Gainsbourg est la plus grande rock star française, il a plaqué Bardot, remis les pieds sur terre à Whitney Houston, écrit des albums légendaires et manipulé insolemment son image. Sfar nous le livre comme un poète maudit – ça n’est qu’à moitié vrai.

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Gainsbourg (Vie héroïque), de Joann Sfar

Dans les salles depuis le 20 janvier 2010

Avec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Anna Mouglalis, Mylène Jampanoï, Sara Forestier

2h10min

Biopic français, 2009.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18940142&cfilm=133757.html » href= »http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18940142&cfilm=133757.html »>AlloCiné->http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=133757.html] | [Extrait

A propos de l'auteur

Image de : Melchior 22 ans, aime roder en écoutant du hip-hop ou du rock, écrire des reports sur des groupes de hardcore, prendre des photos qui n'interressent personne, B2ObA, Burzum, les films de Cronenberg, les loups, George Michael et Tears For Fears ....

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 16 février 2010
    Domino a écrit :

    Grand film! Qui ne tombe justement pas dans la facilité qui aurait été de faire un film racoleur a grand coup de « Regardez Gainsbourg le roi de la provoc, venez voir un best of de ses plus gros petage de plomb! »

    C’est justement la qu’est le tour de force du film, allez au déla de ce qu’on nous a servi sans cesse, et nous présenter une image un peu plus intéressante qu’un simple « fouteur de merde »…

    Grand film que je conseille du fond du coeur!

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