Gaëtan Roussel + Fumuj + The Chase | Transes Cévenoles | 31.07.11

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14e édition pour le Festival des Transes Cévenoles de Sumène dans le Gard. Organisées par l'association Les Elvis Platinés, les Transes sont, pour les gardois, le dernier rendez vous musical de l'été. La tenue du Garance Reggae Festival (plus de 50 000 personnes) les trois jours précédents à proximité n'ont pas ébranlé l'attraction de Sumène : 2011 restera un bon cru avec des groupes comme Dub Inc', Gaëtan Roussel ou encore Fumuj.

Image de Les sourires, le mélange, la convivialité : au moins il reste encore les festivals pour souder les Hommes. À croire que les rendez-vous culturels font office de ciment social. Sumène a toujours su faire la part des choses. Un village en fête durant tout un weekend en jonglant avec des spectacles gratuits et payants. En journée, différentes compagnies se succèdent pour proposer des représentations d’arts de la rue. Ingénieux. En tout début de soirée, « Le Plan » du village (place principale) se transforme en dancefloor pour une série de concerts gratuits de groupes locaux avant de laisser place aux têtes d’affiche.

La veille, on ne comptait plus les retours positifs : Dub Inc’ a fait une très bonne impression, Flowatile a admirablement bien ouvert la soirée alors que Misteur Valaire a provoqué des avis partagés. Seul hic : 1 600 entrées au lieu des 2 000 tablées. Le deuxième soir avec Gaëtan Roussel, Fumuj et The Chase les choses se sont améliorées pour la billetterie. Hétéroclites comme jamais, ces Transes Cévenoles auront été une franche réussite, et le festival sera reconduit l’année prochaine.

The Chase, nouveau groupe pop/rock montant de Montpellier

The Chase avait la lourde tâche de précéder Gaëtan Roussel : une responsabilité conséquente sachant que le groupe est toujours orphelin de son premier album. Même si sa sortie est prévue pour bientôt (5 septembre 2011), les Montpelliérains sont incontestablement l’une des découvertes de cette 14e édition avec une excellente Sophie Moryoussef au chant, avec un bel équilibre traditionnel guitare/basse/batterie/claviers pour une formation aux allures pop. Le show est parfaitement maîtrisé et les différentes influences sont mélangées de manière judicieuse entre légèreté folk et accélérations électro/rock. Chœurs, guitares affutées, mélodies contagieuses, la recette est simple et efficace et doit beaucoup à la présence de sa chanteuse. « Butterfly » a d’ailleurs longtemps été la bande audio d’une récente publicité de Renault. Belle histoire pour un groupe qui n’a pas encore sorti son premier opus.

Gaëtan Roussel : les convaincus et les sceptiques…

Gaëtan Roussel, par sa popularité obtenue via Louise Attaque, est indéniablement la tête d’affiche non pas de la soirée, mais de l’édition. C’est une foule en masse qui s’est déplacée pour voir ce nouveau projet initié depuis un an et demi déjà. À l’instar de The Chase, c’est un nouveau concert pop/rock qui se profile à l’horizon. Si les premières dates au printemps 2010 manquaient cruellement d’identité. Gaëtan Roussel en 2011 a rectifié le tir : il offre un concert d’1h20 (conséquent pour un festival), ne rejoue pas plusieurs fois les mêmes morceaux et n’abuse pas de reprises. À sa décharge, il doit être assez compliqué d’assurer un set complet avec un seul album studio de 40 minutes.

Le set est lancé par le percutant Clap Hands, où l’électrique côtoie l’acoustique le temps d’un instant suffisant pour reconnaître cette fameuse pâte Rousselienne. Le saxo, présent mais assez en recul en studio, s’offre un long solo et met ainsi en lumière le gros travail de son backing band. Même si Gaëtan Roussel est naturellement au centre, la performance est avant tout collective. Pourtant la mayonnaise ne semble pas encore prendre complètement. Tokyo et ses entêtants « Quand est-ce qu’on y va ? » chauffent le public. Les claviers imprègnent un rythme appuyé alors que le son est volontairement saturé. Effet immédiat.

Le premier tube Inside Outside ne fait que prolonger cet élan : les basses sont lourdes et on navigue entre les différents courants qu’impulse Gaëtan Roussel. Et ce sera l’électro/rock de Help Myself (nous ne faisons que passer) qui achève de faire chavirer les sceptiques. La bonne humeur semble se répandre au gré de la musique, un long solo de guitare électrique prolongea le plaisir bien au-delà des 2 min 46 initiales. S’enchaine de façon assez judicieuse, l’hypnotique Trouble (à l’origine en featuring avec Gordon Gano) : Cuivres, choeurs, lourdeur et noirceur, sûrement l’un des morceaux les plus fascinants et les plus inhabituels de cette aventure solo.

Après ces « écarts », Dis moi encore que tu m’aimes, son synthé, sa guitare sèche et cette voix si familière, se replace en territoire connu. Mais comme pour prouver qu’il ne s’agit pas là que d’une simple copie de Tarmac ou de Louise Attaque, c’est l’OVNI Dywd qui pointe le bout de son nez. Crachant ses « Do you wanna dance ? », le concert change subitement de décor : un mix alliant la funk et la disco. Le rythme devient ravageur… Sur un morceau sérieusement boosté et rallongé, le groupe en profite pour quitter discrètement la scène. Premier rappel.

Retour en douceur, la fin est proche. Les belles choses délaissent l’électrique, Gaëtan Roussel a fait sa mue. Une dernière escale dans un concert qui aura léché plusieurs rivages avant de rejoindre le large. Se souvenir des belles choses, comme pour rappeler que cet album est une riche expérience conçue sur plusieurs continents. Le temps se fige, les flashs éblouissent. Pourtant le groupe n’est pas décidé à quitter Sumène comme ça : 1 000 milliards de dollars (et en cash) est offert comme un ultime cadeau. Véritable bijou, l’une des meilleures compositions du bonhomme. Enivrant, puissant, détonant… « 1 000 milliards de dollars, c’est quoi ? Ça sert à quoi les sentiments ? ».

Sur ces notes légères Gaëtan Roussel aurait pu tirer sa révérence, mais c’était sans compter la reprise explosive du Psychokiller des Talking Heads. Une grosse dose de rock’n'roll avant quitter la scène sereinement. Dans un sursaut d’orgueil, un deuxième rappel s’impose : Inside outside est rejoué. Et acclamé.

La prestation scénique est incontestable. Musicalement, certaines sonorités offrent une pop déjà entendue qui s’appuie avant tout sur la voix chaude de Gaëtan et son charisme. Mais il développe aussi certaines accroches intéressantes qui méritent d’être soulignées. Un show ni trop long, ni trop court, Gaëtan Roussel a produit le concert que le public attendait. Ni plus, ni moins. Les habitués ont adhéré, les sceptiques pas forcément.

Fumuj, ce rouleau compresseur

Malheureusement, le passage de Gaëtan Roussel a copieusement vidé la fosse pour la performance de Fumuj. Les Tourangeaux, passant relativement peu dans le Sud, avaient pour but d’enflammer le weekend pour l’ultime concert de l’édition. Et ils ont sorti la grosse artillerie : panneaux lumineux, écran géant, des basses chargées à bloc pour enfoncer le clou. Une chose est sûre, les murs de Sumène risquent de s’en rappeler longtemps.

Fumuj, c’est trois albums. Un premier majoritairement ‘dub’ et proche des débuts d’Ez3kiel (Monstrueuse Normalité, 2005), un second ‘dub/électro/hip hip’ (The Robot and The Chinese Shrimp, 2008) , puis enfin le dernier plutôt ‘électro/rock/hip-hop’ (Drop a Three, 2010).

Constat ultime : Fumuj a choisi d’axer sa nouvelle tournée autour de l’intensité, de la violence et de la virulence. Avec une sixième membre faisant office de danseuse, le groupe était dans une forme démoniaque. Sans crier gare, le groupe s’installe et lance brusquement le set par le « single » de Drop a Three : « Play or Die ». Le métal et l’indus se frôlent. L’art de la fusion à l’état pur. D’entrée les beats sont ravageurs, entrent dans votre cerveau et ne semblent plus vouloir le quitter. Release The Beast n’est pas de tout repos, si la violence est dégagée par intermittence : samples au départ, batterie assourdissante, apparition progressive des guitares, un jeu de basse de plus en plus marqué et rythmé… puis Pierre s’empare du micro. Un flow hip-hop décapant qui fauche tout le monde sur son passage. Le morceau se calme, les machines prennent les commandes. Les attaques se succèdent pour finalement exploser de toutes parts. Un massacre.

Impossible de poser un pied à terre, Fumuj enchaîne sans relâche : Supersperm et son intro lourde (mix métal/électro) laissent la place belle à des guitares plus chaudes que jamais. Pierre lève le poing, paroles rappées en anglais, avec ce don de propager son énergie là où bon lui semble. La mise en scène est d’autant plus peaufinée qu’elle est là pour doper les sensations. Si le set est plus que puissant, les graphismes projetés en fond de scène et la batterie bourrée de LEDs changeant au rythme des coups de buttoirs ne font que renforcer l’immersion.

Avec Liar (duo avec Damny de la Phaze) qui s’enchaine derrière, il ne fait plus aucun doute que nous sommes bien sur la tournée de Drop a Three et l’habitude d’entendre Damny au chant sur la galette n’entrave en rien à l’intensité dégagée. Avec Tic…Toc…Tic…Toc, plutôt hip-hop, le côté rock est brièvement délaissé au profit d’une électro qui se montre aussi efficace qu’en début de set. Mais le public n’a pas le temps de reprendre son souffle que l’impressionnant Saint Amongst Sinners déboule : plus de 4 minutes pour des spectateurs qui ne cessent d’en redemander. Un début ‘métal’ assez banal avant que la basse imprègne le rythme et dérive progressivement vers une dominance électronique… Sumène s’embrase et devient un gigantesque dance floor. Pour prolonger l’osmose, Fumuj joue un court passage de « Hurts & Hugs », particulièrement apprécié, afin de faire une petite pause.

Les Tourangeaux n’ont pas renié leurs origines, les fans de la première heure en auront également pour leur compte : les racines dub de Fumuj sont retravaillées et propagent des sonorités roots au set. On commence d’abord par 17 or 18 I Guess sur un fond de dub/électronique. Les samples de violoncelles et de cuivre parsemés ne sont pas sans rappeler des sons développés par leurs potes d’Ez3kiel (Fred Norguet, bassiste d’Ez3kiel a notamment produit Drop a Three) ou d’autres groupes du label Jarring Effects. De quoi jongler entre les styles et réintroduire petit à petit ce que Fumuj nous concocte depuis prés d’une heure. Toujours dans des variantes dub, mais celles travaillées lors du dernier album, Soul Cling mélange dub et rock pour prolonger l’engouement. Au contraire de Gaëtan Roussel où tout n’a pas été forcément compréhensible, la qualité sonore de Fumuj fut irréprochable. Même saturée, la pression a été à son comble et parfaitement maîtrisée tout le long. Des guitares sales, une basse saturée et l’électrique n’a jamais été autant aiguisée.

Deux titres en guise de début de rappel : React et ses claviers omniprésents vient renouer avec le passé dub & roots du groupe et le très attendu Cell. Basse vrombissante, constance de la guitare électrique… Une longue progression vers l’ascension. Les notes se font plus lourdes, les claviers plus pressants, on sent que ça bouillonne, que ça va finir par exploser. Les machines s’emparent de la fin du morceau pour que tous les instruments terminent à l’unisson… Pierre s’empare du trépied, le jette à terre, les deux guitaristes et bassiste se lancent dans une battle ahurissant dans un éclat de lumières avant que le batteur n’y mette le point final. Époustouflant. Une fin digne de ce nom qui trouvera son apogée avec un Fuck surpuissant qui finira d’achever les rescapés de la soirée. Les pogos, longtemps assez discrets auront fini par se répandre. Derniers assauts métal/fusion sur Against et une reprise punk en guise d’adieux. Comme Fumuj est arrivé, Fumuj est reparti…

« Heureusement que Fumuj est passé après Gaëtan Roussel, sinon il se serait pris des bouteilles » a-t-on pu entendre dans le public. Peut-être pas, mais c’est avant tout la performance des Tourangeaux qui aura marqué les esprits de ce soir.

Crédits photo : Olivier Audouy

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En savoir +

14e édition du Festival Les Transes Cévenoles de Sumène (Gard, 30)

- Samedi 30 Juillet 2011 : Dub Inc’ + Misteur Valaire + Flowatile
- Dimanche 31 Juillet 2011 : Gaëtan Roussel + Fumuj + The Chase

Liens :
- Fumuj : http://www.myspace.com/fumuj
- Gaëtan Roussel : http://www.gaetanroussel.com/site/
- The Chase : http://www.myspace.com/thechaseofficiel

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 7 septembre 2011
    Tual Laëtitia a écrit :

    Wouuuuaaaaahhh quel superbe article! On sent le Kiffe! En effet du FUMUJ ca mérite tout cela!!!

    Juste petite réctif, le 6ème personnage qui fait office de danseuse, c’est à dire moi hihihi! Je traduis en fait, toutes les paroles de Pierre en Langue des signes Internationale et Américaine, vu que lui chante en Anglais, pour que le concert soit accessible aux sourds signeurs.

    Merci, bonne continuation, à bientôt.

    Peace*

  2. 2
    Dimitri L
    le Mercredi 7 septembre 2011
    Dimitri a écrit :

    Je te remercie de ta précision. Au plaisir de se recroiser sur les routes pour un show d’une telle intensité. Beaucoup de non-initiés ont apprécié le groupe aux Transes, c’est un avis assez généralisé.

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