Gael Faure, De silences en bascules : le mal du pays

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Gael Faure s'invite dans vos oreilles avec son premier album De silences en bascules, paru le 10 février. Retour sur onze titres aussi surprenants que touchants, des récits sympathiques aux périples entraînants, allons-y.

PHOTOS GAEL FAURE - 1

« Qui n’a jamais rêvé ne serait-ce qu’un jour de grandes épopées » ? C’est sur ces mots que le disque aurait pu commencer, mais ce voyage s’ouvre sur les côtes avec les Châteaux de sable. Une entrée en matière simple et efficace où les sonorités que l’on retrouve au cours du disque commencent à être esquissées.

La guitare folk est la deuxième véritable voix de ce disque. Du côté des percussions : tantôt maracas saupoudrées ou baguettes cliquetantes sur les rebords des tommes, elles excellent parmi ce mélange de sons cristallins soutenus par une basse discrète et une guitare électrique au doux trémolo. L’excursion est amorcée avec Tu me suivras avant une éclaircie (Comme si), où l’on se laisse surprendre par une trompette jazz. Du piano aux percussions, nous sommes en immersion dans un cabaret éphémère. On dirait l’Islande intervient ensuite, un murmure sourd souligne le titre afin de laisser éclater une envolée de batterie après que les chœurs se soient délicatement entremêlés, avant de laisser place à quelques notes de piano pour clore le tout.

A la tienne laisse couler des arpèges de guitare, des notes de piano là où la voix sur Un peu semble plus grave, conférant au titre une ambiance plus sombre. Cet aller retour l’ombre et la lumière nous amène à Pour qu’un jour, plus ensoleillée que la précédente.

Nous évoquions un voyage plus tôt, et notre itinéraire passe par Sibérie. Une nouvelle carte postale, où le texte est mis en valeur par l’aspect faussement dépouillé de la musique. A travers ces sonorités, c’est nouveau paysage nordique qui se déroule sous nos pieds, un court instant, une traversée magique dans l’emballement des percussions. Légère et entraînante, Surprise n’est pas sans rappeler quelques titres de la bande originale des Chansons d’Amour d’Alex Beaupain, « chut, n’ouvre pas la bouche, surtout ne dis rien, observe et écoute […]« .

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La chanson suivante, Avoir sans être se base sur les paradoxes dont nous souffrons actuellement avec une rythmique marquée par les percussions et les chœurs. Enfin, mention spéciale pour cette fin sur Reste encore l’avenir, à laquelle on pourrait conférer une double lecture. Elle officie à la fois comme une conclusion et une ouverture. La douceur d’un morceau au cour duquel nous nous retrouvons seuls avec Gael Faure, une guitare, un piano, un trémolo pleurnicheur seulement pour soutenir les interludes musicaux. Un court silence, puis une envolée musicale, coda magique à la façon d’un générique fondu au noir sur lequel s’enchaîneraient les noms de ceux qui ont œuvré à cet opus. Le dernier tourbillon avant de se retrouver privés d’air et de grands espaces.

Le disque joue sur un équilibre affirmé. D’abord dans le choix de l’ordre des pistes, tantôt entraînantes, parfois plus poétiques et sombres. La retenue joue aussi un rôle essentiel, il n’y a pas de grand écart ni même de virage trop abrupt d’un titre à l’autre. Dans cette unité, il est important de souligner la pluralité des plumes de Tété (On dirait l’Islande), à Ben Ricour, côtoyant notamment Fabien Bœuf (Tu me suivras), Barcella (Surprise) et Chet (Pour qu’un jour & Avoir sans être). Riche de ces rencontres et collaborations, le disque s’avère être une bonne raison d’avoir attendu aussi longtemps : cinq ans de travail, avant de voir Gael Faure revenir et le défendre sur le devant de la scène.

De sa voix si particulière à la teinte de ses chansons, certains trouveront une filiation entre Cali, Julien Doré sur son album Bichon, un air de Renan Luce peut être, sur Sibérie, mais ne vous y méprenez pas : sans vilain jeu de mots, Gael, fort d’une identité musicale, s’inscrit doucement dans la lignée de ces artistes que porte la chanson française. Rien n’est lourd ou de trop. Il n’y pas d’arrangement superflu, tout est à sa place pour notre plus grand plaisir.

La bascule c’est cette surprise, le mélange des sonorités au service des textes et le fait d’accepter de se laisser guider et surprendre. Qu’on se le dise, en lançant la lecture des titres, nous n’avons d’autres choix que de nous fondre dans cet univers où le vent est doux, le ciel est gris, il fait frais, les espaces sont verts, et la première ville est à quelques kilomètres à pieds. Cet ardéchois offre une vue imprenable sur de nombreux paysages où l’air est si pur.

Quand le disque s’arrête, c’est sur le silence que l’on se rend compte de la distance avec la réalité, comme il est dur de reprendre pied de suite tant l’album est doux et agréable, telle une brise fugace et printanière, lors d’une escapade en pays inconnu. Il semble nous laisser là, seuls sur le pont face à la mer. »Elle vient du coeur ma demande, je pars [...] aimerais-tu en être ?« , sur une telle invitation difficile et inutile de résister.

« Reste encore ce qu’[il] pourra construire, reste encore l’avenir« . La scène maintenant; bonne route et bon vent.

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Gael Faure, De silences en bascules (Sony Music), sortie le 10 février 2014.

A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

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