GaBLé – CuTe HoRSe CuT

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Les normands reviennent une nouvelle fois bousculer les conventions avec un sixième album toujours aussi bricolo et ingénieux.

Image de Dès les premières notes de CuTe HoRSe CuT, une évidence pointe son nez : GaBLé n’a rien perdu de son génie, ni de sa volonté farouche de faire du simple avec du compliqué.
Avec ce sixième album, qui succède à trois autoproductions et deux autres déjà produits par Loaf Recordings, les normands sont donc fidèles à eux-mêmes.

Fidèles oui, mais dans la destruction. Avec un format toujours aussi DIY et punk (19 titres pour 43 minutes !), ils enchaînent des titres ultra-courts comme autant de pièces d’un puzzle électronique ou d’une vieille voiture trafiquée. Difficile de trouver un single dans cette vingtaine de morceaux, et pourtant chaque pièce est à la hauteur de l’autre : les tracks se confondent, se suivent et se juxtaposent, créant une continuité logique qui donne au disque l’aspect d’une œuvre unique et difforme.

CuTe HoRSe CuT est un véritable attentat sonore : GaBLé terrorise la mélodie pour mieux la révéler, dynamite les styles pour mieux les exploiter. Ces normands là sont tout à la fois des bidouilleurs, des mécaniciens, et des fouineurs de brocantes qui chercheraient à recycler le moindre objet : ils assemblent les sons comme autant d’éléments d’un vide-grenier post-industriel, mélangeant à leurs collages pop bruits d’aspirateur, moteur de voiture, hurlements d’enfants et chuchotements.

Dans le refus de la facilité et du formatage, CuTe HoRSe CuT surprend l’auditeur à chaque instant, avec un sens du découpage extrêmement précis. Expérimental mais sans jamais tomber dans l’élitisme, noise et lo-fi, enfantin et sauvage, cet album est l’œuvre de véritables pirates sonores, qui sèment leurs parasites sur la route de la mélodie. Enfants des maîtres folk et de Warp, ils utilisent autant les machines que les instruments traditionnels (guitare, piano, violon), électronisent les sons acoustiques, transforment la pop en breakcore.

Entre la boucle électronique de CyaNuRe qui monte comme une nappe de techno, la chansonnette BRiCK TRiCK breakée à coups de sons électro agressifs, l’intro minimale de uNBeaT TaBLe ou le riff punk théâtral de WHo TeLLS You, tout s’enchaîne à merveille à travers lignes mélodiques, bleeps, sons étranges et bruits d’objets au quotidien qui s’entremêlent pour donner lieu à une cacophonie magnifiquement orchestrée. Il y a définitivement quelque chose de philosophique chez GaBLé : un sens de la destruction allié à une dynamique constructiviste.

CuTe HoRSe CuT est finalement une sorte de jeu bizarroïde, à l’image des circuit benders qui détournent les jouets d’enfants pour en faire des instruments bruitistes. Un album pour enfants donc, mais pas n’importe lesquels. Si l’univers artisanal de GaBLé appelle une douce mélancolie enfantine, nourrie par les pochettes qu’ils dessinent eux-mêmes et leur imagination sans limite, c’est pour mieux la démolir de l’intérieur à grand renfort de paroles déviantes et tintamarres anarchiques.

A écouter dès le 22 mars dans tous les bons bacs, et à voir absolument le 05 avril au Café de la Danse. Prenez note : leurs prestations live sont hallucinantes.

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A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

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