Fusions, polémiques et rivalités dans l’audiovisuel français

par |
Nous étions revenus le mois dernier sur les mouvements financiers et politiques qui avaient alimenté la presse française ces derniers temps, dessinant un nouveau paysage médiatique prêt à imploser. C’était compter sans l’audiovisuel, pierre angulaire des relations politico-économiques en France. Place aux groupes industriels, holdings et multinationales, pour qui média signifie avant tout profit et guerre économique.

Nous vous présentons ci-dessous les quelques groupes qui détiennent la majorité des télés et radios en France, que l’on a classés en fonction de leur chiffre d’affaires (histoire de jouer le jeu).

Nous n’avons volontairement pas intégré les deux outsiders de l’audiovisuel, le groupe NextRadioTV d’Alain Weill (RMC, BFM, BFM TV) et le NRJ Group de Jean-Paul Baudecroux (NRJ, NRJ 12, Chérie FM, Rire et Chansons, Nostalgie). D’une part parce qu’ils ont eu relativement peu d’actu en 2010. D’autre part parce que ce sont quand même des petits joueurs : 128 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2009 pour NextRadioTV, et 330 millions pour NRJ Group.



France Telecom

Image de

CV : C’est en 1941 qu’est créée une Direction Générale des Télécommunications au sein du ministère des PTT. Devenue France Telecom en 1988, l’exploitation publique devient en 1996 une SA contrôlée par l’État français pour préparer l’arrivée de la concurrence. Le rachat de l’opérateur anglais Orange à Vodafone en 2000 lui permet de cristalliser ses différentes activités mobile et internet (Itinéris, Ola, Mobicarte, Wanadoo, etc.) autour d’une seule marque. Orange devient ainsi le premier opérateur mobile en France, mais aussi en Pologne, en Roumanie, en Slovaquie, en Egypte, ou encore en Côte d’Ivoire.

Chiffre d’affaires : 49, 7 milliards d’euros en 2009.

Ça leur appartient : Orange Cinema Séries, Orange Sport.

C’est le boss : Stéphane Richard (photo), qui succède depuis cette année à Didier Lombard.

La stratégie 2010 : Depuis 2008, Orange s’est mis en tête de devenir un média à part entière en lançant les cinq chaînes du bouquet Orange Cinéma Séries. Grâce à des exclusivités dealées avec MGM, HBO et Warner, Orange vient ainsi faire de l’ombre à Canal Sat, qui a absorbé trois ans plus tôt son concurrent TPS et bénéficiait depuis d’une position de monopole sur le marché.

Le groupe de Stéphane Richard ne s’arrête pas là, et vient attaquer Canal sur son autre terrain de prédilection : le foot. Orange Sport obtient ainsi des droits exclusifs pour la diffusion de matches de Ligue 1, et énerve sérieusement son concurrent, qui l’envoie au Tribunal du Commerce et l’accuse de subordonner l’abonnement Orange Sport à la souscription d’un abonnement triple play. Orange persiste et signe, mais le nombre d’abonnés ne décolle pas, et les pertes atteignent les 300 millions d’euros annuels. L’ami Stéphane est doublement ennuyé, parce que son prédécesseur Didier a laissé derrière lui toute une vague de suicidés, et le nouveau PDG a promis que le social resterait la priorité. Hors de question donc de faire un plan social pour redresser la barre. Reste une solution pour s’en sortir : de la même manière que le groupe a lâché sa plateforme Wormee pour la fusionner avec Deezer, il pense à se rapprocher de Canal+. Depuis cet été, les négociations avancent entre les deux groupes, mais toujours pas de fusion à l’horizon.

En attendant, Orange a jeté l’éponge sur le sport, et annoncé qu’il se retirait des prétendants à l’appel d’offre pour la retransmission des matches de Ligue 1 en 2011. Résultat : la Ligue va devoir compenser le départ du groupe de Stéphane, qui lui apportait 203 millions d’euros annuels, soit 30% de ce que perçoit la Ligue de la revente des droits de diffusion. Canal + pourrait donc voir la facture de rediffusion des matches sérieusement augmenter pour permettre à la Ligue de rééquilibrer ses comptes.

Note stratégique : 4/10. Orange essaye de se diversifier dans les contenus, mais de l’aveu de Stéphane Richard himself, ce n’est pas leur cœur de métier. Le groupe énerve ses concurrents, les mets dans la merde, puis leur refile ses bébés. Bref, ça ne sert à rien.



Bouygues

Image de CV : C’est en surfant sur la reconstruction d’après-guerre que Francis Bouygues est devenu un pilier du BTP : construction de HLM, d’autoroutes, du Parc des Princes et du Palais des Congrès de Paris, grands travaux pour le Stade de France ou la BNF… A partir des années 80, il se diversifie et investit dans l’eau (SAUR), les médias (TF1), la téléphonie (Bouygues Telecom), ou encore l’énergie (Alstom). En 1989, c’est le fils cadet de Francis, le petit Martin, qui devient PDG du groupe au grand dam de son frère Nicolas. Pour son super poste, Martin se paye 3,4 millions d’euros par an. Pour la petite histoire, Martin déteste son ancien collègue de CM1 Vincent Bolloré, qui a tenté une OPA hostile sur le groupe en 1997 et a empoché au passage plus de 230 millions d’euros.

Chiffre d’affaires : 31,4 milliards d’euros  en 2009.

Ca leur appartient : TF1, TMC, NT1, LCI, TV Breizh, Eurosport.

C’est le boss : le petit Martin (photo).

La stratégie 2010 : L’an dernier, le groupe TF1 était rentré en négociations avec AB Groupe (les célèbres producteurs de vos fictions d’enfance préférées : Le Miel et les Abeilles, Hélène et les Garçons, etc) pour racheter ses parts dans TMC, chaîne leader de la TNT, et NT1, cinquième chaîne numérique en terme d’audience. Après un protocole de cession à 192 millions d’euros pour 100% de NT1 et 40% de TMC (TF1 détenant déjà 40% de la chaîne, les 20% restants appartenant à la principauté de Monaco), les vieux Sages du CSA ont donné leur feu vert en janvier 2010, contre quelques promesses anti-trust : pas de régie pub globale pour les trois chaînes, pas de publicité croisée pour les programmes. Du coup, le groupe TF1, qui commençait sérieusement à voir son audience et ses recettes pub s’éroder ces dernières années, est redevenu l’incontestable leader du PAF avec plus de 30% de part d’audience cumulée pour ses trois chaînes (chiffres Médiamétrie de novembre 2010).

A ceci devrait s’ajouter dès 2012 une quatrième chaîne, à savoir la chaîne « bonus » promise par le gouvernement aux chaînes privées historiques (TF1, M6 et Canal +) pour l’arrêt de la diffusion en analogique. TF1 compte bien en profiter pour faire passer TV Breizh sur la TNT, mais depuis le mois dernier Bruxelles s’indigne contre ce cadeau fait aux chaînes privées françaises. Du coup, les amis UMP du petit Martin ont deux mois devant eux pour faire plier la Commission Européenne à leurs arguments… sous peine de voir la cour de justice européenne se mettre en boule.

Note stratégique : 7/10. Il faut reconnaître que Martin sait bien placer ses pions, que ce soit dans les finances ou la politique. Depuis la fin des années 80, il se fait un fric monstre sur le temps de cerveau disponible des français. Bien joué, le mec.



Vivendi

Image de CV : Créée en 1853 pour arroser Lyon, la Compagnie Générale des Eaux connaît un véritable essor dans les années 80 en diversifiant ses activités : participation à la création de Canal +, création de l’opérateur téléphonique Cegetel (SFR), rapprochement avec le publicitaire Havas, acquisition d’Universal Music Group, etc. En 1998, sous l’ère Messier, la CGE devient Vivendi, puis frôle la faillite en 2000 suite à des rachats hâtifs et à l’explosion de la bulle Internet. Le groupe cède des actifs et des sociétés pour remonter la pente, et se désengage ainsi de l’eau, en se séparant de son pôle environnement qui est depuis devenu Veolia. Aujourd’hui, avec ses pôles culturels et télécom, Vivendi est un incontestable champion international de la communication.

Chiffre d’affaires : 27 milliards d’euros en 2009.

Ça leur appartient : Canal +, I-Télé, TPS Star, CinéCinéma, Planète, Télétoon, Cuisine TV, Jimmy, Comédie.

C’est le boss : Jean-Bernard Levy (photo), qui succède depuis 2005 à Jean-René Fourtou, devenu président du Conseil de Surveillance. Pour le groupe Canal +, détenu à 100% par Vivendi, c’est Bertrand Meheut qui est aux commandes.

La stratégie 2010 : Avec les chutes de revenus d’Universal Music, Vivendi compte bien sûr sur SFR (qui a racheté et intégré en quelques années Neuf Cegetel, AOL, Tele 2 et Club Internet) pour relever le niveau, mais aussi sur les activités de Canal+, dont le chiffre d’affaires est en constante progression : de 3,5 milliards d’euros en 2005 à 4,5 milliards l’an dernier. Le groupe est leader de la télévision payante en France depuis les années 80 et compte bien le rester, comme on a pu le voir avec quelques coups d’éclat : fusion Canal Sat/TPS, permettant au groupe de récupérer les activités de télévision payante de TF1, ou encore saisie du Tribunal de Commerce pour déstabiliser Orange dès son arrivée dans la télévision.

Cependant, 2010 a moyennement commencé, avec la victoire d’Alain Weill (NextRadioTV) au tribunal : le patron de BFM reprochait au groupe de ne pas respecter l’ordre des chaînes de la TNT sur son bouquet Canal Sat, et de placer I-Télé en première chaîne pour fausser les audiences. La fin de l’année devrait heureusement connaître un meilleur dénouement, grâce à Orange qui ne sait plus quoi faire de son bouquet télé. Sarkozy, ennemi juré de Canal + (du fait de sa proximité avec le petit Martin Bouygues, mais aussi de son aversion pour les Guignols ou Yann Barthès), a récemment tendu la main à la chaîne, en invitant Michel Denisot pour son speech post-remaniement. Il faut dire que le petit Nicolas a l’air d’être très intéressé par la fusion avec Orange Cinema Séries, qui permettrait à la France d’avoir un groupe de médias qui soit plus puissant à l’international, mais aussi sur lequel on puisse plus facilement mettre la main…

Note stratégique : 6/10. Plutôt un bon bilan, géré à coups de rachats, fusions, coups de pute et plans sociaux (1000 départs pour la fusion de TPS et Canal Sat). Les multiples actionnaires (la So Gé, Natixis, BNP, Rothchild,…) sont assez satisfaits. Par contre, l’esprit « Canal », plutôt ancré à gauche, on en est quand même sacrément loin, hein…



Bertelsmann / RTL Group

Image de CV : Bertelsmann est un gigantesque groupe financier allemand, fondé à l’origine par l’imprimeur Carl Bertelsmann. Le groupe est notamment connu pour ses activités dans la musique, mais s’est séparé en 2008 de sa branche disque en revendant BMG (qui fut un temps la cinquième major) à Sony Music. Bertelsmann détient aujourd’hui, entre autres, Prisma Presse (VSD, Voici, Gala, Femme Actuelle, GEO, Capital, National Geographic,…) et RTL Group, qui est depuis 2000 le plus grand groupe de médias européens. Détenu à 90% par Bertelsman, RTL Group détient lui-même 44% du groupe M6, qui comprend des chaînes de télévisions, des sociétés de productions audiovisuelles et évènementielles (Studio 89, M6 Interactions), des sites Internet (Clubic.com, Jeuxvideo.fr, Ozap), ainsi que les Girondins de Bordeaux.

Chiffre d’affaires : 15 Milliards d’euros en 2009 pour Bertelsmann

Ca leur appartient : RTL, RTL2, M6, W9, RTL9, Paris Première, Teva, Fun Radio, ainsi que de nombreuses chaînes de télé et stations radio dans toute l’Europe.

C’est le boss : chez les Bertelsmann, c’est Liz Mohn, présidente du groupe, qui porte la culotte. Gerhard Zeiler (photo), PDG de RTL Group, a intérêt à rester droit dans ses bottes.

La stratégie 2010 : Cette année, la petite chaîne « qui monte, qui monte… » n’a pas pu faire face aux pressions exercées par TF1, France Télés et Canal + pour les droits de diffusion de la Coupe du Monde, et a du céder sa place. Un mauvais point ? Non. Les annonceurs qui ciblaient un public féminin se sont rués sur les écrans de la sixième chaîne, faisant décoller ses recettes pub de 12% sur le deuxième trimestre 2010. Avec cependant une légère érosion de l’audience en juin, M6 est revenue conquérante cet été, et a enfin pris sa place de troisième du PAF à France 3. La chaîne a ainsi annoncé que pour l’Euro 2012 et 2016, elle allait mettre le paquet pour négocier la diffusion des matches, et ainsi se battre dans la cour des grands.

Du côté de RTL, tout se passe bien aussi, puisqu’en France la station est le leader incontesté de la FM depuis 2006, laissant derrière elle France Inter, Europe 1 et NRJ se batailler pour la deuxième place. Si elle a perdu l’an dernier l’homme qui l’a menée au sommet, Axel Duroux, (parti entre temps à TF1 pour seconder Paolini avant une rapide démission), elle a retrouvé en Christopher Baldelli un nouveau président qui a su s’adapter en toute sobriété. Un plan de départs volontaires, l’introduction de Zemmour sur la station, mais aucune polémique en vue, et une part d’audience qui continue à grimper. A priori pas de stratégie qui va tout chambouler pour ces deux médias, mais une force tranquille et des manœuvres tout en douceur.

Note stratégique : 8/10. Ça fait quinze ans qu’elle monte, cette petite chaîne, et elle ne s’arrête toujours pas de monter. Stabilité apparente, progression dans la profondeur, jeu en retrait des sphères politiques et des scandales financiers : Bertelsmann et RTL Group ont une façon toute germanique de gérer leurs médias d’une manière rationnelle, discrète et implacable. Mais même si ils ressemblent de loin à des dauphins, on vous rassure : ce sont bien des requins avant tout.



Lagardère

Image de CV : Gérant du groupe depuis 2003, Arnaud Lagardère est l’héritier d’un empire des médias qui remonte à l’acquisition de la librairie Brédif par Louis Hachette en 1826. Pionnier dans l’édition littéraire et l’aérospatial avec Matra (qui deviendra EADS en 2000), Hachette passe en 1981 sous le contrôle de Jean-Luc Lagardère. Le groupe est aujourd’hui largement dominant dans l’édition française (Hachette, Grasset, Hazan, Fayard, Hatier),  la distribution (Virgin Megastore, Relay), et surtout la presse (Paris-Match, Le Journal du Dimanche, Première, Elle, Onze Mondial – voir notre précédent article).

Chiffre d’affaires : 7,8 Milliards d’euros en 2009

Ca leur appartient : Europe 1, RFM, Virgin Radio, Gulli, MCM, Canal J, TiJi, June, Mezzo.

C’est le boss : l’ami Arnaud (photo).

La stratégie 2010 : L’année a été plutôt chargée pour Arnaud, qui continue sur sa lancée de désengagement des médias, en se retirant notamment côté presse du groupe Le Monde, de Presstalis et d’Amaury Medias. Côté télé, il a cédé en juin pour 70 millions d’euros l’une de ses deux chaînes TNT, Virgin 17, au breton Bolloré. Il a également fait connaître au début de l’année son intention de céder ses parts dans Canal +. En proposant à Vivendi de lui refiler ses 20% pour 1,35 milliard de dollars, Arnaud a légèrement effrayé le groupe de Jean-Bernard Levy, qui a décidé de ne pas faire avancer de négociations.

Du coup, Arnaud a décidé de la jouer plus finement, en introduisant ses parts en Bourse à partir de juin 2011. Si on ajoute à ces liquidités à venir les 7,5% qu’il détient dans EADS et qu’il souhaite revendre, ainsi que la cession d’une partie de sa presse magazine, Arnaud pourrait alors entamer un véritable virage stratégique, pour se recentrer sur des actifs moins casse-gueule que les médias. Secret de polichinelle, Arnaud penserait à placer ses billes dans une participation au capital de SFR, en rachetant les 20% que détient l’anglais Vodafone dans l’opérateur mobile et Internet.

Côté radio, pas de revente en vue pour l’instant. Alexandre Bompard, ex-PDG d’Europe 1, peut se targuer d’un bon bilan, bien que ses relations se soient fortement détériorées avec Arnaud quand il a été pressenti pour la direction de France Télés. Parti en urgence diriger la FNAC pour François Pinault fin novembre (Groupe PPR – Pinault Printemps Redoute), Bompard a donc tout naturellement laissé sa place à Denis Olivennes, ancien président de Canal +, PDG de la FNAC et DG du Nouvel Obs.

Note stratégique : 8/10. Devant faire face à la numérisation du monde, Arnaud est en train de reconfigurer entièrement son empire. Là où certains persévèrent dans le contenu, Arnaud a choisi de tout lourder avant que ça ne le ruine complètement. Revends, Arnaud, revends !



Bolloré

Image de CV : Bolloré est depuis 1822 une entreprise familiale moyenne, spécialisée dans le papier, et notamment les feuilles OCB. Mais le petit Vincent voit grand, et quand il arrive à la tête de la papeterie en 1981, tout se transforme : rachat de Delmas, contrôle de ports africains et de plantations, OPA hostiles sur Bouygues et Pathé, prise de participation de 20% dans Havas (Euro RSCG), lancement de Direct 8 et Direct Soir (voir notre article précédent sur les positions de Bolloré dans la presse).

Chiffre d’affaires : 6 milliards d’euros en 2009.

Ça leur appartient : Direct 8, Direct Star, Direct Azur.

C’est le boss : le petit Vincent Bolloré (photo), celui-là même qui était en CM1 avec le petit Martin Bouygues.

La stratégie 2010 : A côté des grosses machines de guerre comme Bouygues ou Vivendi, Bolloré c’est un peu le petit nouveau qui en veut. Le bleu du collège, quoi. Et comme tous les bleus, Vincent essaye de se faire sa place en créant et en rachetant des sociétés pas terribles aux plus grands. Cet été, il a racheté à Lagardère Virgin 17 pour la transformer en Direct Star, lui permettant ainsi de disposer de deux chaînes sur la TNT.

Mais Vincent pense avant tout local : il le sait bien grâce à son expérience avec Direct Soir, le local est un terrain encore libre, c’est la partie de la cour sur laquelle les grands n’ont pas forcément de prise. En septembre, il a donc lancé Direct Azur, une télévision locale qui inonde tout la côte Sud, de Marseille à Nice. Il a aussi essayé de racheter la télévision parisienne Cap24, qui était en cessation de paiement, mais le Tribunal de Commerce a donné raison à un autre repreneur, son concurrent Alain Weill (NextRadioTV).

Du coup, Vincent se lâche et se demande si il ne pourrait pas concurrencer Canal + sur son propre terrain : il a annoncé la création de Direct Cinéma, une filiale d’acquisition et de coproduction de films qui lui permettrait de créer un catalogue exclusif pour alimenter ses propres chaînes de télévision.

Note stratégique : 6/20. Bolloré voit grand, mais le terrain est glissant. Quand il faisait des feuilles à rouler, le boulot n’était pas trop dur pour concurrencer Rizzla, Zig-Zag et Tribal Job. Mais maintenant, les méchants s’appellent Vivendi, Bouygues ou Bertelsman. Quand on vous dit que Vincent est passé trop vite en sixième…



L’État français

Image de CV : C’est l’éclatement de l’ORTF en 1974 qui a donné naissance à Radio France, puis France Télévisions. L’établissement public français, disposant alors du monopole sur la diffusion audiovisuelle en France avec 4 stations radio et 3 chaînes télé, s’est scindé à l’époque en sept organismes : Radio France, qui a regroupé les 4 stations radio ainsi que RFI, devenue autonome depuis ; la première chaîne, qui est alors devenue Télévision France 1 (TF1, cédée à Bouygues en 1987) ; la deuxième chaîne, qui est devenue Antenne 2 ; la troisième chaîne qui est devenue France Régions 3 (FR3) ; le réseau d’émetteurs TDF ; l’INA ; et la SFP.  Suite au rapprochement de France 2 et France 3 dans les années 90, les chaînes étatiques se sont à nouveau concentrées en 2000 avec la création de la holding France Télévisions SA.

Chiffre d’affaires : 2,7 milliards d’euros pour France Télés (2008) et 580 millions pour Radio France (2008)

Ça leur appartient : France 2, France 3, France 4, France 5, France ô, RFO, TV5 Monde, France Inter, France Info, France Bleu, France Culture, France Musique, FIP, Le Mouv’.

C’est le boss : le petit Nicolas (photo).

La stratégie 2010 : Depuis l’arrivée de Sarkozy au pouvoir en 2007, l’audiovisuel public est constamment sous tension. Suppression de la publicité après 20h sur les chaînes publiques ; mésentente entre le chef de l’État et Patrick De Carolis ; fusion des rédactions internes aux chaînes ; réforme du système de nomination permettant au Président de la République de disposer seul du pouvoir de nommer les présidents de France Télés et Radio France ; scandale suite à l’éviction de Didier Porte et Stéphane Guillon par Jean-Luc Hees : le pouvoir a rarement été aussi proche des médias d’Etat, et les fonctionnaires de l’audiovisuel n’ont jamais autant fait de manifs que ces trois dernières années.

Du coup cette année, Sarko a eu peur de se faire encore haïr en nommant un bon copain à la présidence de France Télés, à savoir Alexandre Bompard, qui était sacrément bien parti pour briguer le poste. Résultat, c’est le bon gars Rémy Pflimlin, ancien DG de Presstalis et de France 3 (on lui doit C’est mon choix et Plus belle la vie), qui a été nommé à la tête du groupe. Rémy va devoir faire face à l’érosion de l’audience, au gouffre financier créé par la suppression de la publicité (800 millions d’euros de manque à gagner, soit près d’un tiers du chiffre d’affaires), et jongler avec des rédactions sous tension (ce qui a notamment amené au départ précipité d’Arlette Chabot cet été).

Note stratégique : 3/20. Nicolas a tellement voulu contrôler les médias ces trois dernières années qu’il s’est mis tout le monde à dos : les journalistes, les politiques, les administrateurs, et même certains grands patrons, à l’image de Bouygues ou Dassault, qui se sont progressivement éloignés du chef de l’État. Heureusement, Nico pense à 2012 et il a compris qu’il fallait calmer le jeu. Mais c’est un peu trop tard.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article