Furia Sound

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On connaît maintenant le principe du festival Furia qui se déroule à Cergy Pontoise. Il présente à son public une programmation éclectique, qui tente de ravir le plus de monde possible, des férus de la chanson française ou du pop-rock aux adeptes du métal en passant par les fans de l’expérimental.

Le Furia version chanson par Stéphanie

furia1C’est donc en ce premier week-end de juillet, sous une chaleur accablante, que plus d’une trentaine d’artistes auront fait trembler la base de loisirs de Cergy Pontoise. Parmi eux, des « valeurs sûres » mais aussi pas mal de découvertes.

Sur la scène 1, pour le samedi : Abd Al Malik, Anis, Grand Corps Malade, Les Ogres de Barback, Little Ced et Steel Pulse . Le dimanche on a pu voir Courir les Rues en Big Band, Didier Super, La Rue Kétanou (sans l’orchestre symphonique du Josem), Thomas Dutronc, un autre Thomas, Thomas Fersen et enfin Gossip .

Le rappeur, lauréat d’une victoire de la musique en 2007 et 2009, Abd Al Malik se révèle sur scène et ensorcelle son public. Véritable coup de coeur en live, ce jeune artiste oscille entre rap, chanson, slam voire même jazz. Gardant sa fraîcheur et sa poésie, il mêle intelligence et sensibilité dans son travail. On entendait même dans le public des jeunes femmes disant « c’est un peu notre Obama à nous ».

Didier Super quant à lui a également assuré le show devant ses fans, balançant par-ci par-là des insultes « gentillettes ». Le ton sarcastique, l’ironie, le nième degré de ses chansons font fureur. Le public s’est laissé prendre au jeu, chantant à tue-tête les refrains de leurs morceaux favoris. Il s’est fait escorté en un rien de temps vers la régie, d’où il a utilisé son don d’orateur pour faire asseoir son public. Après sa chanson dédiée à Jésus-Christ, Didier Super a demandé à tout le monde de lever les bras, et en un battement de cils, il avait regagné la scène.

furia2 Anis, l’ancien « saltimbanque » des métros parisiens, charme son public par sa voix exquise et ses mélodies accrocheuses aux tonalités chaudes. Entre jeu de scène chaloupé et jeu de mots, ce n’est pas le bruit du métro qui lui répond, mais bel et bien les applaudissements et les cris de son public.

C’est seule que La Rue Kétanou a fait face à un public friand de leurs textes et mélodies. En effet, pour cause inconnue, l’orchestre du Josem n’était pas présent sur scène. Mais cela n’a en rien entravé le bon déroulement de leur prestation.

Sur la scène 2 le samedi on a pu applaudir Arthur H, Gabriella Cilmi, Lula Fortune, Pascale Picard et son band, Les Improvisators Dub et The Go ! Team . Le dimanche ce fût au tour de Bukowski, Emiliana Torrini, Herman Dune, Mogwai, Tunng et Yo Yo Yo Acapulco .

Un vent de fraîcheur nous a chatouillé les oreilles avec la venue de Gabriella Cilmi et Pascale Picard et son band. La première a enflammé ses fans par la chanson qui l’a fait connaître, Sweet About Me, puis elle s’est démenée sur d’autres titres de son album ainsi que quelques reprises. Pour la seconde, c’est entre accent canadien et échanges avec le public que la jeune artiste nous a retenu en haleine le temps de sa prestation. Elle nous a confié qu’elle n’avait pas, à son regret, le temps de « jaser » avec nous, puisqu’il s’agissait d’un festival et que d’autres groupes attendaient leur tour.

Le Furia version électrique par Melchior

furia3Au programme de ce dimanche, une tripotée de groupes pointus et exigeants.

Les barrages de sécurité passés, et le tour du domaine effectué, les premières constatations s’imposent : c’est vert, il n’y a pas foule et la proximité des scènes m’interpelle. Un habitué d’expliquer que la disposition a été changée par rapport à l’année précédente.

13h00 au portable, Bukowski ouvre la journée, ils manifestent leur satisfaction d’être ici, pour ma part n’étant pas vraiment fan, je m’abstiendrais du moindre jugement.

Le chapiteau se remplit peu à peu, car à 14h30 c’est Kylesa qui est attendu. Les Ricains sont froids et le sourire a été laissé dans l’armoire à côté de la sauce barbecue. Leur musique est compacte, dense, les breaks dus aux 2 batteries sont impressionnants; une prestation logiquement appréciée par le public.

Torche prend le relais, on avait pu apprécier leur stoner pop dernièrement à Paris, et c’est un réel plaisir de les revoir. Redevenus guitare-basse-batterie, c’est avec un sourire de diablotin farceur qu’ils se lancent pour le meilleur concert de la journée. Aucun temps mort, leur musique entraînante et technique est excellente, la batterie finira démembrée et mes tympans déflorés.

Le site se remplit, la queue devant les urinoirs aussi.

Didier Super armé de son mégaphone énerve les vendeurs de hot dog peu réceptifs à son univers, mais sa fan base est bien présente, preuve du fait qu’il joue sur la grande scène.

Du coté de la scène 2 joue Tunng, les Anglais délivrent une pop mystérieuse, pas des plus déplaisante, mais l’équation chaleur et musique anesthésiante crée une atmosphère assoupissante et le public fini allongé dans l’herbe.

On entend les balances des Japonais de Mono . Vu une première fois au Nouveau Casino, il y a trois années de cela, le souvenir de l’univers dégagé par ce groupe de post-rock reste indélébile. À la gravité de leur visage, ces formidables musiciens n’ont toujours pas l’intention de paraître heureux. Malheureusement, le son odieusement élevé gâchera le set, en plus de faire fuir toute espèce animale sauvage d’Île-de-France.

Les Frenchies d’ Herman Dune jouent quant à eux une folk classique, guitare sèche. Sympa. Mais après quatre morceaux, et pour utiliser un euphémisme, le mot ennuyeux commence sérieusement à trotter dans le crâne. C’est de la bonne musique, la voix est agréable, mais tout le monde est déjà dans l’attente de la soirée.

Il se fait tard et les odeurs de sandwich agressent l’estomac, bien malheureux celui qui n’aime pas se restaurer allongé dans l’herbe et observer les tee-shirts de groupes que portent les festivaliers.

La programmation a drainé un public averti aux musiques exigeantes et les traditionnels tee-shirts d’ Iron Maiden, de Green Day ou de Manu Chao ont été troqués contre ceux de Coalesce, Mastodon, Celeste, ou encore Cult of Luna .

furia4Dans 20 minutes Isis joue et c’est toujours une grande joie de les voir se produire. Le public est happé par la puissance qu’ils dégagent, tout en jouant une musique extrêmement propre, leur frontman Aaron Turner ayant un coffre des plus efficaces. Ce soir, il a les cheveux longs et la barbe hirsute, à l’inverse de leur set, léché. Le son est excellent, le meilleur de la soirée, la voix claire, parfaite, une setlist nouvelle, et bien que certains vieux morceaux fétiches aient été omis, le public savoure un moment enivrant, et en redemande !!

La tension monte, Dillinger, c’est pour bientôt. Je discute avec le chanteur guitariste de Torche qui s’avère être bougrement sympathique, je le vanne sur ces lunettes de soleil digne d’un prof de squash il me vanne sur ma braguette ouverte. La vie est belle.

Dans les festivals, il y a principalement 2 types de personnes, reconnaissables entre tous. Les cheveux longs, bouc, pompes de skate et sweat à capuche Soulfly ou bien ceux qui vont pieds nus et portant sarouel et tee-shirt free Tibet. Mais force est de constater qu’à l’ouverture du show de Dillinger Escape Plan, les grosses vans face aux pieds nus colorés de vernis fantaisistes, créent un choc des cultures musicales et c’est tout un troupeau de pèlerins qui laisse Ben Weinmann et ses sbires pour aller rejoindre la Rue Ketanou sur l’autre scène.

Adossé à la barrière mes cervicales se disloque graduellement. La musique extrêmement technique et virile mêle des constructions jazz et trash velues. Cela fait du bruit, les gratteux font voler leurs guitares et Greg Puciato le frontman a l’apparence d’un rottweiler sous anabolisant.

furia5Recouvert de la sueur de dizaines d’inconnus, c’est l’heure de rejoindre The Gossip . The Gossip c’est mode, on en parle beaucoup, et force est d’admettre que Beth Dido possède une sacrée voix. Ce groupe ne détrônera certes pas les Doors, ni même Killing Joke dans mon top 50 personnel, mais quand même.

Il est temps de s’allonger et de comater devant Mogwai . Si la réputation des Écossais a toujours semblé assez surprenante vu leur style abstrait de leur musique, et pour les avoir vu plusieurs fois, avec à chaque fois des avis bien distincts, ce set fût fort agréable malgré le côté niais de certains morceaux.

Suicidal Tendencies, c’est un nom connu et entendu de longue date, mais les clichés qui l’entouraient faisaient qu’il semblait impossible d’aimer le groupe sans peser soi-même une centaine de kilos, d’avoir un bandana, un Pitt bull ainsi que toute une tripotée de tatouages mauvais cul. Lorsque les musiciens arrivent sur scène, c’est visuellement en tout point identique à ce à quoi on pouvait s’attendre (le pitbull en moins), mais il se trouve que leur musique est foutrement bonne. Ça groove, ça slam, c’est énergique et joyeux. La conclusion idéale de cette journée, qui s’achève par le retour en covoiturage grâce à l’association Voiture and Co.

De la sueur, du soleil, de la guitare sèche et du slide pour une excellente deuxième et dernière journée de festival. La météo favorable ainsi qu’un un site agréable et salubre auront renforcé la très bonne impression de ce Furia Sound . Mais avant tout, un grand coup de chapeau aux programmateurs et à leur initiative de faire tourner des groupes rares et pointus, malgré leur côté non bankable en France. La part belle faite à cet éclectisme des genres aura ravi une bonne quantité des spectateurs présents. Mention spéciale pour le plateau KylesaTorcheIsisDillinger qui fût un réel plaisir.

Crédits photo : Stéphanie Kastner (www.stephaniekastner.book.fr)

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A propos de l'auteur

Image de : Melchior 22 ans, aime roder en écoutant du hip-hop ou du rock, écrire des reports sur des groupes de hardcore, prendre des photos qui n'interressent personne, B2ObA, Burzum, les films de Cronenberg, les loups, George Michael et Tears For Fears ....

5 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 19 juillet 2009
    Mercy a écrit :

    Coté pile ou coté face, vous avez bien retransmis l’ambiance! merci donc et particulièrement à la photographe pour ses clichés d’Isis que je trouve ma foi magnifique.

  2. 2
    le Dimanche 19 juillet 2009
    Stéphanie a écrit :

    Merci beaucoup pour ton commentaire Mercy, ça fait plaisir :)

  3. 3
    le Dimanche 19 juillet 2009
    Astrid a écrit :

    Génial cet article :D

    j’aurais adoré y être !

    Bises

  4. 4
    le Dimanche 19 juillet 2009
    Yoky a écrit :

    J’aurai bien aimé y être, notamment pour La rue Ketanou, G Cilmi ou encore Gossip, très belles photo Stéphanie :)

  5. 5
    le Samedi 1 août 2009
    Yves Tradoff a écrit :

    Fallait vraiment être motivé pour aller au Furia! Entre le bus-sauna et sa conductrice qui préfère nous laisser étouffer dans les bouchons plutôt que de nous lâcher deux mètres avant l’arrêt et le contrôle de police qui faisait vraiment contrôle-d’immigrants-mexicains-à-la-frontière-américaine, c’était vraiment pénible. M’enfin, sur place, c’était que du bonheur le dimanche. Isis a livré un show puissant malgré la lenteur de sa musique, Mono et Mogwai, une respiration sereine avant et après que les Dillinger escape plan nous fassent saigner les oreilles – tout le plaisir était pour nous. C’est vraiment appréciable de voir des programmateurs prendre des « risques ». Le Furia se démarque en effet largement de ses concurrents, Solidays et compagnie, en programmant malgré son statut de « grands festivals », des groupes non-bankable et si riche musicalement parlant. Aussi longtemps qu’ils marcheront avec ce concept, les orga’ mériteront qu’on les supportent.

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