Funny Games U.S

par Ousk?|
Un film violent peut-t-il avoir la prétention de dénoncer l'ultra-violence ? La question a déjà souvent été posée, et le sujet presque épuisé, ce qui n'empêche pas Michael Haneke de se lancer dans un remake américain d'un de ses propres films traitant brillamment du sujet.

funnyAvec cette fois dans les rôles principaux Naomi Watts et Tim Roth, parfaits en caricature de famille Ingalls jetée en pâture à un duo de psychopathes en tenue de golfeur….

Un couple et son fils, archétypes de la famille dégoulinante de bonheur, viennent passer une semaine dans leur charmante résidence d’été pour s’adonner à la voile et s’essayer à quelques parties de golf endiablés avec leurs voisins bienveillants. Mais bien évidemment, comme nous l’espérions tous, salauds que nous sommes, leur petit séjour va virer au drame sanglant lorsque deux jeunes fils à papa sadiques, sortes de Patrick Bateman en plus jeune et avec le pragmatisme en plus, font irruption dans la charmante maison pour les faire participer de force à un jeu sordide résumé par cette seule question: Seront-ils encore en vie, le lendemain à 9 heures ?

Un de plus, me direz-vous. Encore un film bêtement sadique qui va nous servir une violence ultra stylisée et gore à souhait afin de pouvoir capter l’attention d’un spectateur en manque de sensations fortes et avide de mutilations diverses faites à des victimes hurlantes barbouillées de sang.Et pourtant, là où on soupçonne Funny Games U.S d’être banal, on ne fait que le sous-estimer, puisqu’il est en effet d’une banalité affligeante, et étrangement, c’est là tout son intérêt, puisque c’est de cette façon qu’il atteint son objectif: démystifier une violence ordinaire trop souvent embellie par le cinéma.

Le film parait long, voir franchement ennuyeux, et c’est finalement en cela qu’il parvient à montrer la violence dans toute sa banalité. Une violence qui n’est ni spectaculaire, ni esthétique, juste ignoble. Ignoble parce qu’elle est totalement irrationnelle, absurde, ce qui la rend d’autant plus malsaine. Là où on aime habituellement la justifier, la comprendre, l’expliquer, Haneke nous oppose simplement l’ennui d’une violence présentée comme un « divertissement » comme un autre, sans haine, ni même sadisme particulier. Quant à l’incontournable question  » Pourquoi faites-vous cela « , posée par l’une des malheureuses victimes, elle n’aura pour seule réponse que quelques clichés dégoulinants de cynisme sur une enfance malheureuse.

Aucun embellissement non plus au niveau de la forme, les scènes de violences ne sont ni spectaculaires ni particulièrement nombreuses, le film étant principalement constitué d’une suite de scènes d’une banalité affligeante, qui parviennent néanmoins à mettre le spectateur mal à l’aise, précisément grâce au contexte et à cette absence de stylisation. Aucune musique ou autres effets de réalisation, aucun travail particulier sur l’esthétique, exceptée une très légère valorisation du blanc qui pourra éventuellement faire penser à une vague référence à Orange Mécanique sur certains plans. Mais à part ça c’est le vide. Un vide qui rend chaque scène de violence d’autant plus choquante. Une absurdité résumée dans le prétexte utilisé par les deux tortionnaires pour aborder leurs victimes, c’est-à-dire leur emprunter des oeufs….

funny2Au travers quelques répliques cinglantes, à l’image du « Ce serait trop court pour un long métrage », et en faisant par moments s’adresser ses personnages directement au spectateur, Haneke aime à ironiser sans grande subtilité sur la façon dont le cinéma se complait à transformer la violence en spectacle familiale, et à répondre aux attentes d’un spectateur qui ne demande pas mieux qu’une escalade dans le carnage, ainsi qu’une pluie de tortures plus inventives les unes que les autres (fans de Saw, Hostel, on lève la main).

Haneke voudrait donc appâter l’amateur de film violent pour gentiment le montrer du doigt ? Là où le film réussit son pari, le postulat de départ a néanmoins de quoi laisser sceptique. Oui, le constat que fait Haneke est à l’évidence plutôt juste, et sa façon de le prouver : magistrale. Mais d’autres ont abordé la question avant lui. Force est de constater que finalement, aussi intéressant que soit le concept (encore que.), le résultat n’est pas bien passionnant à regarder.

Reste un film qu’on soupçonnerait de se regarder le nombril, un brin prétentieux, un peu facile dans le cynisme, et pas forcément très original dans sa façon de donner des leçons.

On peut raisonnablement s’interroger sur l’intérêt pour Michael Haneke d’avoir fait un remake de son propre film de 1997, à une époque où son message, bien que plus que jamais d’actualité, a perdu une bonne partie de son mordant, laissant l’impression d’une oeuvre baignant dans son autosatisfaction, sans offrir au spectateur ni un film passionnant à regarder, ni une réflexion particulièrement transcendante.

On pourra bien sûr s’extasier sur la façon dont Haneke maîtrise son sujet, mais à l’arrivée le résultat est le même, et le spectateur, plus ennuyé que vraiment interpellé par le traquenard.

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3 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 25 avril 2008
    Loïc a écrit :

    Mouais. Haneke a voulu faire un remake US pour toucher un plus large public. Pourquoi pas, mais je n’approuve pas le message. J’aime la violence au cinéma, encore plus quand elle est gratuite et dans un film qui vaut le coup. Dvdrama compare Funny Games à Orange Mécanique et Salo, qu’il place dans un « tryptique de la violence » (http://www.dvdrama.com/news-25596-funny-games-salo-orange-mecanique-le-triptyque-de-la-violence-au-cinema.php). Des trois je ne retiendrai que le dernier.

    De même Dvdrama évoque Tueurs Nés. Ce film est un des plus mauvais films qu’il m’ait été donné de voir depuis plusieurs mois. Sans intérêt. Des personnages déjantés, de la violence gratuite, mais rien ne se passe du côté du spectateur.

    Bref l’ultra-violence est un mal nécessaire dans notre société. Si on voulait l’éradiquer il faudrait tout d’abord penser à censurer le JT. La violence y est dix fois plus banalisée. Le cinéma n’atteindra jamais le degré de violence de la réalité. L’industrie cinématographique répond à une demande croissante de violence et cette demande provient en grande partie de sa banalisation médiatique. C’est jouissif pour le spectateur, ça satisfait son côté sadique. On aime voir des innocents souffrir parce qu’on n’ose pas le faire nous-mêmes. Ca explique le succès de films comme Hostel qui pourtant n’a rien d’un chef-d’oeuvre. Ca me paraît hypocrite de blamer Quentin Tarantino et Oliver Stone pour la violence contenue dans leurs films. Si personne n’allait les voir ils n’en feraient plus.

    Cette prétendue dénonciation me dérange. Ca ne me paraît pas honnête.

  2. 2
    le Vendredi 25 avril 2008
    Dahlia a écrit :

    mouarf le fameux remake de son propre film image par image… J’ai tendance à penser que le plaisir d’Hanneke là, c’est de saccager une image bien proprette à l’américaine en prenant des gens tels que Naomi Watts ou Micheal Pitt. Parce que à part ça, je cherche l’interêt pour le spectateur de voir un film identique tant dans la forme que le fond, refait complètement à l’identique etc.

    Putain sérieux, autant revoir Calvaire de Fabrice du Welz. Là au moins, il y a un vrai propos d’auteur, une patte de cinéaste et question cinéma viscéral, c’est autrement mieux fichu.

  3. 3
    le Vendredi 2 mai 2008
    Loïc a écrit :

    Hum… Je viens de visionner Funny Games US. Je crois n’avoir jamais rien vu d’aussi plat et ennuyant. Je trouve ce film désolant…

    Tu dis « sans grande subtilité », « d’une banalité affligeante »? Je ne peux qu’approuver. En revanche je ne trouve même pas que la violence y soit ignoble. La violence dans la réalité n’a pas l’attrait qu’on y trouve dans la fiction, c’est le propos et on le comprend (et encore, même là ça dépend), mais de là à en faire un film de presque deux heures…

    J’en reste abasourdi dis-donc! :)

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