Frost/Nixon, l’Heure de vérité

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Difficile est la tâche d’incarner le président américain le plus complexe, Richard Nixon, homme torturé, vil et pourtant si humain, surtout suite à la prestation d’Anthony Hopkins, grandiose, dans ce même rôle. Pourtant, c’est un Frank Langella plus qu’impressionnant qui livre une prestation inspirée dans un film qui retrace un moment fatidique de l’histoire des États-Unis.

frostnixon_logo_imageDavid Frost, animateur so seventies, avec ses chemises rayées, son sourire plastique et ses cheveux longs, a trouvé le succès en Angleterre, en Australie, mais a échoué aux États-Unis. Pour se refaire, il a l’idée d’interviewer le président déchu suite au scandale du Watergate, Richard Nixon. Ce dernier, fort de ses talents de communicant, voit en Frost une proie facile et un tremplin vers son retour sur le devant la scène.

Le film se divise alors en deux temps.
Dans le premier, on voit chaque camp se préparer à l’offensive adverse. Du côté Frost, les recherches se multiplient sur le Président, sur son mandat, sur sa personne. tandis que le côté Nixon semble plus décontracté, mais peut-être n’est-ce qu’une tactique ? La bataille s’annonce épique.
Le deuxième temps est consacré aux interviews en elles-mêmes. Nixon, stratégiste hors pair, déstabilise son adversaire, marque des points, s’impose. Frost, moins journaliste qu’animateur, est piétiné dans un premier temps, mais, le sourire aux lèvres, tient le coup – avant de relever le défi pour de bon.

Histoire et cinéma

Porter à l’écran un événement historique possède un double enjeu car il présuppose d’expliquer la situation en lui donnant un sens, tout en restant fidèle à une histoire que tout le monde, a priori, connaît. L’attente de Frost/Nixon était amoindrie pour le public français, car, finalement, qui connaissait Frost avant ce film ?
Reste donc à découvrir agréablement un pan de l’histoire des États-Unis que l’on connaît mal, tout en approfondissant notre savoir de l’homme Nixon, antihéros tiraillé.

Tout est fait pour nous y faire croire : de fausses interviews des protagonistes ponctuent le film, pour le crédibiliser, tandis que des fragments de vrais journaux télévisuels les côtoient. Ces mélanges déstabilisent au premier abord puis finalement, aident à la compréhension d’une époque qui nous échappe, autant par son contexte que sa situation géographique.

La quête de la vérité transformée en lutte de pouvoir

frostnixon_logo_image02Enfin, ce film s’inscrit dans un but cathartique pour la société américaine : à l’heure où un président Obama représente tout ce qu’une société peut compter de vrai, un Nixon menteur est tout ce que l’Amérique souhaite expier.

Frost/Nixon, d’ailleurs sous-titré  » L’Heure de vérité  » se transforme en quête pour ladite vérité. Très vite, alors qu’au début Frost prend sa fonction à la légère, il se rend compte, suite à un appel d’un Nixon pas très net, que sa mission va au-delà de l’audimat. Comme le dit l’acolyte de Frost au début du film « I want to give Richard Nixon the trial he never had ». Rétablir la vérité, voilà le réel enjeu de ce film. Plus qu’une lutte de pouvoir, c’est une réelle lutte à mort, qui ne finira que par des aveux.

Deux buts, deux méthodes, Frost/Nixon montre l’affrontement entre ces deux idéaux : celui du vieux monde de la politique mensongère et celui pleins de ressources de la vérité télévisuelle. Drôle, juste, triste, pathétique, le combat est avant tout vrai, délivrant un film qui se laisse regarder avec plaisir.

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En savoir +

Frost/Nixon, l’Heure de vérité ( Frost/Nixon ), Ron HOWARD,
2h20,
dans les salles depuis le 1er avril 2009.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=120435.html‘>Fiche AlloCiné

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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