Fránçois & The Atlas Mountains – E Volo Love

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Récemment signé chez Domino Records (The Kills, Arctic Monkeys) dont le groupe est la seule signature française, Fránçois & The Atlas Mountains aura cette année écumé les festivals (Francos de la Rochelle, Rock en Seine, Primeurs de Massy, Inrocks), la meilleure promotion qui soit pour leur album E Volo Love, sorti début octobre 2011.

Coup de cœur français à Rock en Seine, on avait eu un peu de mal, au départ, à ne pas opposer de résistance à cette formation tellement différente de tout ce qui peut se voir habituellement. Car Fránçois & The Atlas Mountains ne rentre dans aucune case et même, se mérite – en quelque sorte -, à l’instar de son accent sur le « a » qui ne se trouve pas sur le clavier mais demande un tout petit effort (faire « Ctrl4, a »), ou de l’accent français tout court du chanteur, sur les parties de textes chantées en anglais.

A vrai dire, il suffit d’un rien, et le pas est si facile à franchir. Simplement abaisser ses barrières et laisser entrer la musique. Simplement, sans calcul, comme on accueillerait l’étranger fort d’une culture qui ne peut qu’enrichir. Ensuite, la récompense est belle. Synthèse idéale d’une multitude de climats, de sonorités et de langues, la musique est de celles qui embarquent pour un voyage immédiat, au pays des origines. Un tout autre monde d’une fraîcheur oubliée, lassé des calculs, du repli sur soi et d’un cynisme à la mode ; un monde au contraire curieux et ouvert sur l’autre, l’amitié, le partage : l’espoir, en somme.

Certaines chansons ont cette naïveté enchanteresse des contes chantés d’Afrique (Les plus beaux, The Edge Of Town), aussi douces qu’elles sont rythmées, invitant à la danse grâce à des percussions de fête qui n’aurait pas de fin.

D’autres titres portent haut les couleurs d’une pop tantôt anglaise (City KissFrançois Marry a vécu six ans à Bristol), tantôt française (excellent Cherchant des Ponts avec Françoiz Breut), une pop à cordes qui transpire les réminiscences de morceaux classiques écoutés dans l’enfance, une pop un peu inclassable, inventive – on dirait « expérimentale », si elle ne nous semblait pas si familière à la fois.

Pour autant, on trouve aussi dans cet album du rock qui semble tout droit sorti d’un bal de fin d’année des années soixante (Buried Treasures et sa guitare), de la folk, ou, merveilleux moment, du jazz que ne renierait pas Burt Baccarah (Slow Love et son clavier magique).

En pointillé, chœurs et cuivres pointent parfois le bout de leur nez, comme autant de touches de couleurs apportées ici et là pour parfaire le tableau d’une musique aux multiples facettes.

Seule constantes, la voix et l’écriture font de François Marry le chef d’orchestre ultime de ce projet sincère, libre et poétique, qui a voulu passer de l’introspection (un album précédent beaucoup plus intimiste), à cette sorte de feu d’artifice tourné vers l’autre. Pas étonnant qu’il revendique l’influence de Dominique A, Boris Vian ou Rimbaud, mais aussi de l’Italien Cesare PaveseIl est beau d’écrire parce que cela réunit les deux joies : parler seul et parler à une foule »). Aussi désormais, la mélancolie a fait son chemin pour se muer en joie accessible, à condition que l’énergie découverte au fur et à mesure des scènes n’en finisse plus de se nourrir d’un public toujours plus large.

Jonction entre soi et l’autre, le passé et l’avenir, l’anglais et le français (et l’italien), la terre et le ciel, album de la réconciliation et de l’appel au bonheur, E Volo Love n’est pas un palindrome pour rien : en atteignant enfin ce niveau d’exposition (la formation existe depuis 2003) autant que cet équilibre quasi parfait, on n’est pas près d’oublier que si tout début est fin, toute fin est un début …

Et de souhaiter que chacun, à l’écoute de ce disque, se laissera séduire par le charme suranné porteur d’infinies promesses de Fránçois & The Atlas Mountains.

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 9 novembre 2011
    Eymeric a écrit :

    Merci pour cet article! Je suis aussi tombé sous le charme de cet album, qui me rappelle beaucoup Belle and Sebastian ou Trembling blue stars, surtout pour le chant et le côté faussement naïf et coloré de la musique. Malgré le chant en français, ça reste très britannique, je trouve, mais bizarrement, c’est les chansons en français qui m’ont le plus séduit, car elles donnent envie de les chanter. Comme je suis plus amateur de musique anglo-saxonne que française, j’avais perdu ce plaisir de chantonner (j’ai beaucoup de mal à retenir les paroles en anglais) et je le retrouve avec Frànçois. Je recommande également le précédent album, « Plaine inondable » :) . En tout cas c’est un groupe qui fait du bien à la pop française!

  2. 2
    le Vendredi 11 novembre 2011
    isatagada a écrit :

    J’ai ouï dire que « Plaine Inondable » était excellent en effet ;-)
    Et en effet, les années que François Marry a passé chez nos cousins anglais s’entendent.
    Tu as raison, ne perdont pas les occasions de chanter en Français, c’est très agréable.
    Il faut les voir également en concert, ils se réinventent à chaque fois c’est très étonnant.
    Merci de ton passage et de ton commentaire Eymeric !

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