Fránçois And The Atlas Mountains : « on dit souvent que c’est de la pop moderne »

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Lundi 13 février, François and the Atlas Mountains a fait vibrer le café de la danse au rythme de sa pop onirique et tribale. Quelques heures avant le concert, qui affichait complet depuis plusieurs semaines, on a eu l’occasion de rencontrer François Mary, le leader de la formation. Malgré le petit coup de froid qui pesait sur son état de santé, l’artiste s’est prêté au jeu de l’interview avec bonne humeur, épaulé par Amaury Ranger, le percussionniste du groupe.

Il y a eu un très bon accueil de votre dernier album E Volo Love tant de la part de la critique que du public. Comment l’avez-vous ressenti ?

François : C’est très flatteur. Néanmoins, je me rends compte que dans la musique, il y a aussi beaucoup d’effet de mode. La mise en lumière d’un groupe ne dépend pas forcément de la qualité de la musique, mais parfois d’un soutien médiatique.

Justement, votre musique ne répond à aucune mode actuelle et pourtant le public est au rendez-vous.

Amaury : Ça vient sûrement du fait qu’on écoute beaucoup de musique expérimentale et de vieille musique. C’est naturel chez nous. Mais on essaye tout de même de se tenir au courant de ce qui se fait actuellement.

Votre tournée est déjà bien entamée. Comment réagit le public jusqu’à maintenant ?

François : Plutôt bien ! On a fait pas mal de concerts en Angleterre qui affichaient complet, des salles de 150 personnes environ. C’était assez satisfaisant. En France, ça dépend. Quand on joue dans le Sud par exemple, il n’y a pas grand monde. Ce qui me permet aussi de relativiser face à tout le succès qu’on me prête. Je pense qu’il faut se méfier des lauriers que peuvent apporter la critique parisienne. C’est quand tu joues à l’écart de tour ça que tu te rends vraiment compte de l’effet de ta musique sur les gens.

E Volo Love est ton 5ème album mais le 3ème avec the Atlas Mountains. Est-ce que  vous avez désormais trouvé un vrai équilibre ?

Amaury : Ça a pris du temps. Ce sont principalement les concerts qui nous ont permis de stabiliser le groupe. Le groupe reste tout de même ouvert. On continue de faire de nombreux happenings et d’expérimenter de nouvelles choses. On est d’ailleurs très contents de rejouer avec Ben, notre batteur.

Fránçois and the Atlas Mountains, c’est un groupe ou un collectif ?

François : L’essentiel, c’est que chacun se sente à l’aise. On s’est engagés à faire un bout de chemin ensemble, mais une fois que ça se calmera, peut-être qu’on aura le temps de prendre du recul. Si le plaisir venait à diminuer, il n’y aurait pas d’intérêt à continuer sous cette formule-là.

Vous êtes le premier groupe français à être signé sur le label Domino. Comment c’est arrivé ?

François : C’est grâce au label Fence Records, sur lequel on a sorti nos deux précédents albums. Certains artistes qui sont chez Fence sont signés chez Domino donc il y a toujours eu un lien entre les deux entités. Fence Records a fait passer mon album au boss de Domino qui a eu un coup de coeur pour le disque.
Amaury : Il est venu nous voir sur plusieurs concerts aussi. Il a pris le temps de s’imprégner de la musique.
François : C’est le logo Domino qui nous a permis d’attirer l’attention des gens.

Image de François & The Atlas Mountains - E Volo Love E Volo Love, pourquoi ce titre ?

François : C’est le reflet d’un voyage. C’est une formule magique, une phrase un peu surprenante. On peut la traduire par « Je m’envole mon amour ». J’ai aussi choisi ce titre parce que sur l’album précédent qui s’appelait Plaine Inondable, j’ai remarqué que les anglais avaient beaucoup de mal à le prononcer. J’avais envie d’un terme qui soit un peu plus international.

Vous vous êtes exilés en Angleterre, à Bristol, Glasgow et Londres. Qu’est-ce qu’il y a de plus là-bas ?

François : J’ai surtout vécu à Bristol et Glasgow. Londres, j’y suis depuis peu. Je n’ai pas encore été très inspiré par Londres. Ça bouge tout le temps et tu es tout le temps distrait. Or, j’ai besoin de beaucoup de concentration pour composer.
Amaury : En Angleterre, il y a beaucoup plus de possibilités de jouer ta musique en live et de la partager avec les gens. Il y aussi plus de musiciens. ça favorise les rencontres.
François : C’est plus naturel en fait. Les groupes font de la musique avant tout pour jouer ensemble. La culture de sortir et de voir des concerts est beaucoup moins développée en France. Ce qui fait que quand tu montes un groupe, tu penses tout de suite aux salles accréditées, mais tu ne penses pas au fait que tu vas pouvoir jouer pour tes parents, par exemple.

Comment avez-vous composé cet album ?

Amaury : François a créé une espèce d’ossature des morceaux qu’il avait composés à Glasgow, à Bristol, mais aussi au Maroc et au Brésil. Du coup, à partir de ça on a vraiment enregistré une base de travail. François a beaucoup travaillé pour enregistrer tout ça. Ça a pris beaucoup de temps. On a la chance d’avoir un studio qui nous permis de travailler à notre propre rythme, de ne pas être constamment sous pression et de nous laisser du temps pour vivre à côté.

Cet album est très riche et chargé d’influences. D’où vient cette diversité ?

François : C’est le reflet de nos envies.
Amaury : Ça vient de ce qu’on écoute, de ce qu’on vit, des endroits où on est allés, des concerts qu’on a faits. Ça a beaucoup joué dans notre musique et je pense que ça aura encore une grande influence dans notre travail, étant donné qu’on fait de plus en plus de concerts. C’est une chance de pouvoir autant jouer parce que ça nourrit vraiment la création.

Vous avez enregistré un duo avec Françoiz Breut. Comment s’est passée cette rencontre ?

François : Je l’ai rencontrée en Grande Bretagne alors qu’elle était en tournée. Je lui avais offert une de mes disques, un vinyl. Elle m’a dit qu’elle avait été touchée parce que ça l’avait surprise qu’un Français vive en Grande-Bretagne. On a joué plusieurs fois à Bruxelles et je lui ai proposé de venir nous voir. Elle est venue et elle a beaucoup apprécié. Sur ce morceau, il y a beaucoup de couplets et j’avais envie de les répartir sur différentes voix.

Vous chantez à la fois en Anglais et en Français. Pourquoi ?

François : C’est le reflet de mes cultures. C’est juste un souci de liberté. Je ne voulais me donner aucune contrainte.

Tu attaches une grande importance aux textes qui sont très oniriques et poétiques.

François : Par le passé, j’ai écrit des textes très simples et pauvres. Au bout de quelques concerts, j’étais lassé de les jouer. J’avais l’impression de faire le clown. Or, j’aime bien quand les paroles m’envoûtent. Le côté poétique offre différents degrés de lectures.

Image de françois&atlasmountains La thématique de l’eau est très présente dans tes textes. Pourquoi ?

François : ça m’inspire énormément. Tu vois, aujourd’hui, j’ai la crève et le seul truc qui m’a fait du bien, c’est de prendre une douche bien chaude. C’est hallucinant le bien que ça m’a apporté. Et c’est un thème universel donc c’est pratique aussi.

Comment définiriez-vous le style Fránçois and the Atlas Mountains ?

François : On dit souvent que c’est de la pop moderne.
Amaury : C’est de la transe française.

Tu es aussi dessinateur et illustrateur. Est-ce que tu as encore le temps de t’y consacrer ?

François : Beaucoup moins. On est tout le temps en voyage donc c’est assez contraignant. Ce n’est pas facile de dessiner dans le van. Je souhaite que des plages de temps se dégagent pour m’y remettre.

Vos derniers coups de cœur musicaux ?

Amaury : On a beaucoup écouté The Weeknd et Tinariwen. Personnellement, j’ai beaucoup écouté The Berg San Nipple. C’était dans mon top de l’an dernier.

Vous pensez déjà à la suite ?

François : C’est assez difficile parce qu’on n’a pas beaucoup de temps de balance généralement. C’est aussi très fatigant pour le groupe de tout le temps jouer ensemble. On a envie de faire de la musique qui vienne naturellement. Il y a beaucoup de fatigue dans la tournée qui fait qu’on n’a pas forcément envie de bosser sur de nouveaux morceaux. Les membres du groupe ont aussi d’autres projets comme Amaury qui bosse sur son groupe qui s’appelle Archipel et Pierre avec Petit Fantôme.

Crédits photo : Lola Perstowsky

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

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