Fragile Echoes.

par Kyra|

piano-3 Il est des langages dont la puissance est insoupçonnée.

Il est certains mots, certaines phrases, certains textes que l’on aurait aimé écrire. Parce qu’ils nous touchent de façon intime et particulière. Là où ça fait mal. Là où ça fait du bien. Alors on s’y attarde longuement, on essaie de se les approprier, en les réécrivant sur un bout de papier en espérant s’en rappeler, un jour. On essaie de se les approprier en les relisant encore et encore, ou en les chuchotant pour sentir les mots dans sa bouche et en imprégner ses muqueuses, sa chair, son âme. Mais ça ne sert à rien. Parce que ces mots, ces phrases, ces textes ne nous appartiendront jamais. Parce que le contexte émotionnel nous échappe et que même si les sentiments sont atemporels, même si les souffrances sont universelles, ce n’est pas notre main, ce n’est pas notre sang qui, d’un trait de plume, a cristallisé cet instant [X] à jamais.

Ces échos que l’on ressent, ces échos qui nous interpellent, ces échos que l’on croit reconnaître, ces échos avec lesquels on joue à cache-cache, ces échos qui transpercent la surface de nos bulles aimantées l’espace de quelques secondes. Ces échos ne nous appartiennent pas. Et il est illusoire de vouloir les retenir, comme pour apaiser ses craintes, ses doutes, ses peurs, ou pour remplir un vide qui de toute façon se régénèrera inéluctablement.

Ces échos doivent rester impalpables, indescriptibles, indivisibles. Inaccessibles. Frôlant l’irrationnel. Pour entretenir cette part de rêve qui sommeille en chacun de nous et surtout, pour enrober la réalité d’un voile de mystère, précieux, fragile et délicieux, mais tellement puissant dans tout ce qu’il y a de plus improbable et éphémère. Sinon, ça ne sert à rien. Et l’on risque de se noyer dans les flaques de son propre inconscient, avide de reconnaissance, de chair et de sentiments.

Apprivoiser ces échos est sans doute l’un des exercices les plus difficiles, pour conserver une certaine forme de liberté, et ne pas sombrer dans le puits de nos fantasmes et/ou peurs ancestrales qui nous hantent en permanence. Mais si on y arrive, alors la réalité semblera plus douce, et peut-être que l’on pourra approcher de cet état d’équilibre sauvage et imprévisible qu’est la sérénité.

Il est certains sons, certaines mélodies, certaines musiques que l’on aurait aimé écrire. Parce qu’elles nous touchent de façon intime et particulière. Là où ça fait mal. Là où ça fait du bien. Alors on s’y plonge longuement, on essaie de se les approprier, en les fredonnant du bout des lèvres en espérant s’en rappeler un jour. On essaie de se les approprier en les réécoutant encore et encore, on espère inconsciemment être le ou la destinataire imaginaire de toutes ces notes de musique, qui traversent le temps et l’espace pour déposer au creux des âmes un parfum, une essence, une émotion, un message. Mais ça ne sert à rien. Parce que ces sons, ces mélodies, ces musiques ne nous appartiendront jamais. Parce que le contexte émotionnel nous échappe et que même si les sentiments sont atemporels, même si les souffrances sont universelles, ce n’est pas notre main, ce n’est pas notre sang qui, d’un trait de plume, a cristallisé cet instant [X] à jamais.

Il est des langages dont la puissance est insoupçonnée.

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5 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 12 mars 2007
    Michel Gullo a écrit :

    Il est des éditos que l’on aurait aimé écrire…
    Celui-ci en fait partie. Bravo pour ces mots.

  2. 2
    le Lundi 12 mars 2007
    kyra a écrit :

    Touchée, merci. J’avoue avoir été agréablement surprise de découvrir mon texte en édito. Je le suis toujours.

  3. 3
    le Lundi 7 mai 2007
    kyra a écrit :

    Aujourd’hui, tout le monde veut devenir une star.

    « Et partout dans la rue, J’veux qu’on parle de moi, Que les filles soient nues, Qu’elles se jettent sur moi, Qu’elles m’admirent, qu’elles me tuent, Qu’elles s’arrachent ma vertu » Oh yeah . Le principe du « fuck me, I’m famous » à la sauce « sex, drug & zic2merde » ça marche toujours autant. Pourvu qu’il y ait des paillettes, et des formes pour érotiser la relation. L’artiste de demain est un produit périssable, de la viande que l’on jette en pâture pour capitaliser un max de tunes sur son image, qu’importe ce qu’il a à dire, tout ce qui compte c’est l’emballage et le rêve qu’il suscite chez un public spongieux et malléable à souhait.

    Bref.

    C’est quoi tous ces concours, ces classements à-la-con qui incitent les gens à voter pour soi-disant promouvoir l’émergence de nouveaux talents ? C’est quoi cette génération d’artistes_assistés d’la life qu’on est en train de sélectionner à outrance par le biais de tous ces votes plus ou moins pipés, plus ou moins manipulés par un matraquage médiatique en bonne et due forme utilisant tous les canaux nécessaires (web, radio, TV, TNT), sponsorisés comme par hasard par de grands groupes_usines à fric et orchestrés de façon à rentrer dans leurs frais ? C’est quoi ces émissions de télé-réalité qui misent sur la crédulité des gens pour leur vendre de la soupe pré-digérée servie par des artistes_kleenex retombant aussi sec dans la poussière de l’oubli. Je ne parlerai même pas de la récupération dont font preuve certaines émissions pour alimenter le buzz (le cas Lemarchal).

    C’est tout le système qu’il faut changer. La mutation a déjà commencé, certains majors se sont rendus comptent qu’ils ne pouvaient plus fonctionner sur les mêmes schémas sclérosés et ancestraux, et que s’ils voulaient rester les « maîtres à bord » il fallait qu’ils réajustent le tir, notamment en matière de diffusion de contenu pour faire face à l’essor des plates-formes de téléchargement de musique libre et autres alternatives.

    La chaîne de co-création musicale est une réalité. Mais encore faut-il que tous les maillons jouent le jeu et intéragissent entre eux. Le public, les fans ont leur mot à dire, et s’il existe autant d’associations, de webzines, de forums ce n’est pas un hasard.

    Le ressenti spontané et dénué de toute pression commerciale d’un fan lambda sachant s’exprimer de façon correcte et sans langue de bois est à prendre en compte. A quoi bon s’entourer d’un attaché de presse, censé défendre les couleurs d’un artiste (parce que payé pour le faire), devant travailler au corps les directeurs de programmation pour que leur artiste puisse espérer entrer en playlist d’une radio x ou y ?

    La donne a changé. Et certains non-professionnels peuvent s’avérer beaucoup plus efficaces en termes de promotion artistique que certains professionnels, baignant dans le milieu depuis plusieurs années. Parce que la parole est à la fraîcheur, la spontanéité, l’audace, l’émotion, l’authenticité, la passion.

    Les gratte-papier de l’ombre, les e-chroniqueurs : une partie de la population en plein développement dont certains directeurs artistiques devraient s’inspirer parfois, si la sensibilité a encore du sens dans leur démarche.

    A bon entendeur .

  4. 4
    le Lundi 23 juillet 2007
    Anonyme a écrit :

    merci pour ton commentaires sur mon vieux blog laissé à l’abandon. Quelque part ailleurs, je ferais de nouveau quelques phrases…en espèrant votre visite…je voius donnerai des nouvelles. merci

  5. 5
    le Lundi 23 juillet 2007
    kyra a écrit :

    :)

    Merci.

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