Forêts

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Si vous pensez encore que le théâtre n'est qu'un truc poussiéreux, ennuyant, sans originalité, bon pour les clubs du 3ème âge, c'est que vous avez loupé Forêts lors de sa récente tournée en France.

foret_vignette-2L’héroïne de la pièce ? Loup, adolescente en pleine crise d’identité et en quête d’elle même

C’est que Wajdi Mouawad aime nous parler de quêtes.

Déjà en 1997, dans Littoral , il évoquait celle d’un fils à la recherche d’une terre où enterrer son père.

Puis en 2003, dans Incendies , il s’agit de celle de jumeaux à la recherche de leurs origines dans le Liban où leur mère fut violée.

Et enfin, en 2006, dans Forêts , Mouawad nous parle de la quête de Loup, qui souhaite élucider le mystère qui plane sur la mort de sa mère. C’est aidée par un expert paléontologue, que nous remonterons petit à petit dans les souvenirs de la jeune fille, jusqu’à ses origines lointaines.

Mais que vient donc faire un paléontologue dans cette histoire ? Ayant découvert le crâne d’une jeune femme morte dans les camps de concentration, auquel il manque un petit os frontal, il semble résolu à lever le secret qui plane sur cette macabre trouvaille.

Une remontée dans la mémoire et dans le temps où s’exhument des peurs primitives. Forêts est une descente dans un inconscient sordide et terrifiant, doublée d’une mise en scène hallucinante et hallucinée, où les époques se percutent et finissent par se confondre.

C’est qu’il ne faut pas chercher la vérité scientifique dans cette pièce. On a plutôt affaire ici à du fantastique, voire à de la science-fiction. Les « effets spéciaux » & la machinerie déployés, bluffants, sont là pour nous le prouver. Voir de la pluie tomber sur scène est quelque chose d’assez saisissant. Assister à une chimiothérapie digne d’un film d’épouvante, voila de quoi vous remuer. Ces quelques passages cauchemardesques font leur petit effet. De même que les flashbacks, les ellipses, les incises, qui sont le fil conducteur de cette histoire et qui permettent de dénouer l’action, sont extrêmement bien maîtrisés.

Malgré le pouvoir hypnotique de l’ensemble, il arrive que l’on gâche du temps à remettre dans l’ordre les morceaux de cette intrigue si alambiquée qu’elle a certes le mérite de rendre le spectateur actif mais au risque de le perdre en chemin.

N’empêche que les mots me manquent pour décrire la qualité de cette pièce, le talent impressionnant de ses comédiens, les sentiments multiples par lesquels le spectateur passe successivement : humour, attendrissement, inquiétude, angoisse… Une histoire de relation(s) au message émouvant, unanimement ovationnée et très loin d’être fade – doux euphémisme.

Comme le souligne l’auteur lui-même,  » La parole que l’on peut ajouter à un spectacle est toujours décevante. Elle n’est jamais à la hauteur du silence qui est là quand on y pense « .

Alors excusez-moi, mais je vais me retirer dans un salutaire silence….

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Après une tournée de mars à décembre 2006 en France, Forêts sera du 20 février au 17 mars au Trident à Québec et du 27 au 31 mars au Centre National des Arts d’Ottawa.

A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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