Fnac Mix 3 – Frédéric Beigbeder « Premier bilan après l’apocalypse »

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Lundi soir, la troisième édition du Fnac Mix que l’enseigne définit elle-même comme au croisement de toutes les cultures se déroulait, dans la magnifique salle du Palace. Ayant fait l’impasse sur les deux premières éditions, nous ne pouvions fuir le DJ Set Littéraire (nous cherchons cependant toujours un sens à ce terme fleuri) de Frédéric Beigbeder à l’occasion de son nouveau livre intitulé « Premier bilan après l’apocalypse ».

Image de premier bilan apres l'apocalypse

Alors que Borders a mis la clef sous la porte aux États-Unis et qu’Ikea modifie sa fameuse bibliothèque Billy pour en faire une vitrine pour les tasses à café ornées du portrait du couple royal suédois, l’écrivain partirait presque en croisade contre l’ère numérique tout entière, tentant de sauver le réel et le papier. Finalement le costume de Don Quichotte lui sied à ravir.

Page 1. L’auteur se lance dans la description des derniers défenseurs des pages qui se tournent et se cornent : « Les lecteurs de livres en papier sont de vieux maniaques, chaque jour plus vieux, chaque soir plus maniaques. » Bam. Nous n’allons pas nous entendre, cher Frédéric. Même si, nombreux m’ont fait croire que la jeunesse s’arrêtait à 15 ans et 3 mois (coucou les copains !) dois-je me parfaire de la compagnie des vieux croûtons ? À 24 ans aurais-je la même réflexion que mes aïeuls ? Vais-je finir vieille fille si j’aime que mes étagères craquent dangereusement sous le poids de leurs amants ? Me ferais-je bouffer par mes chats si j’apprécie griffonner dans la marge ? Note à moi-même : racheter des croquettes pour mon chat.

Quoi qu’il en soit, il s’agit ici d’un moyen pour l’auteur, de nous faire partager les cent livres qu’il affectionne par-dessus tout, même si on aurait tendance à froncez le bout du nez en lisant son « making of », puisqu’il y avoue lui-même avoir exclu les ouvrages qu’il avait répertoriés dans son Dernier Inventaire avant Liquidation paru en 2002, ainsi que les auteurs publiés chez Grasset (avec quelques petites exceptions, quand même). Qu’importe, il y a déjà matière à jouir d’être un petit rat de bibliothèque. Et bien que ce livre se veut être un classement enrichi de critiques littéraires, il n’en reste pas moins un ouvrage à part entière qui nous en dit plus sur son auteur qu’il le laisse paraître. Pour une fois plus pudiquement que cliquant, certes, on appréciera donc la démarche.

Un classement qui se veut d’ailleurs scientifique : « L’algorithme qui m’a permis de pondérer les résultats est si complexe qu’il snobe celui qui permit à Mark Zuckerberg de fonder Facebook le 4 février 2004. ». Arrivés à ce point, on trépigne, on sautille, on est à la limite de se rouler par terre. Qu’en serait le destin de Premier bilan après l’Apocalypse, en si on suivait scrupuleusement ses « critères pour aimer un livre » ? (ouh ouh, comme c’est original !)

Image de Frederic Beigbeder 1. Tronche de l’auteur (attitude ou manière de s’habiller)
Je suis, la plupart du temps, absolument contre le fait d’exposer la trogne de l’auteur sur la couverture d’un livre. À quoi cela peut-il vraiment servir ? Un acteur, s’il est mauvais, pourra toujours sauver les meubles en étant sexy. Le potentiel bankable de ce dernier étant proportionnel à la taille de ses abdos (ne pas citer de noms – ne pas citer de noms).

Un auteur, quant à lui, s’il se révèle médiocre, n’est pas sensé avoir d’échappatoire. De plus je chéris l’illusion que l’écrivain est un personnage caché de son livre. Laissez-moi lui donner le visage et le corps que je souhaite, suivant le chapitre où je fais échouer mon marque-page. Lisant principalement avant de me coucher, j’aimerais mettre sous mon oreiller ou contre mon sein, celui que j’ai choisi. (Non, mais oh !)

Quoi qu’il en soit, j’ai pu discuter un peu avec le bonhomme lundi soir. Il m’a cité « Le sang jaillit de sa bouche, et je suis contraint de lui tenir de nouveau la tête, afin qu’elle n’étouffe pas. Puis je la baise dans la bouche et, après avoir éjaculé et m’être retiré, je lui remets un petit coup de gaz asphyxiant. » extrait d’American Psycho de Bret Easton Ellis (vais-je vous spoiler le classement ?). J’ai gloussé comme une cocotte (quand je pense que j’ai failli mettre un bourre-pif à ma voisine qui avait fait de même toute la soirée ! Ne plus manger de sucre le soir, nous voici fixés.) Alors que j’aurais dû le gifler de ne pas avoir porté son choix sur le chapitre intitulé Une Fille.
Bref. 1 point.

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)
Je n’ai malheureusement pas compté, mais on votera pour le forfait global. Je suis toujours extrêmement friande de son « presque cynisme ». On aime ou on déteste.
1 point.

3. Vie privée de l’auteur (par exemple, un bon point s’il s’est suicidé jeune)
« Je vois des gens qui sont morts. »
Cependant, ses frasques à la Lindsay Lohan lui offre les encouragements du conseil de classe.
0 point.

4. Émotion (un point par larme versée).
Point de larmes, mais une liste pour en verser.

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis « oh la la comme c’est beau » sans être capable d’expliquer pourquoi)
« Ca marche bien ! » Gaël – Dix minutes à perdre
1 point.

6. Présence d’aphorismes qui tuent, de paragraphes que j’ai eu envie de noter, voire de retenir par cœur (un point par citation produisant un effet sur les femmes).
Mon exemplaire regorge dorénavant de gribouillis, d’étoiles, de traits hésitants pour cause de rames de métro bringuebalantes. Mission remplie.
Quant à une éventuelle citation produisant un effet sur les femmes, je ne compte pas vous mâcher le travail : fouinez, triez, tentez. Voyez-y une variante de la « technique de l’homme nu ».
1 point.

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages.)
Vu le poids du bouquin, vous risquez la scoliose, mais il faut ce qu’il faut.
0 point.

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l’auteur est un mythe obscur, deux s’il parle de gens que je ne connais pas, trois si l’action se déroule dans des lieux où il est impossible d’entrer).
M’aventurais-je à offrir des points bonus ?
Quoi qu’il en soit : un point. Même deux, puisque je n’ai pas la prétention de connaître tous les auteurs abordés ici.

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j’ai ressenti l’envie de jeter le bouquin par la fenêtre).
J’avoue avoir levé les yeux au ciel lorsque est arrivé dans ma ligne de mire, les quelques pages relatant Hell de Lolita Pille. Bien que j’aie apprivoisé avec un plaisir non dissimulé son best-seller, ses deux œuvres suivantes étaient, cependant, sacrément indigestes. Une cécité on ne peut plus agaçante !
1 point.

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d’érection, deux en cas d’orgasmes sans les mains)
Pour ceux qui détiennent déjà « Premier bilan après l’apocalypse » et qui se sont précipités au dixième point pour se délecter de ma vie sexuelle et littéraire, je m’excuse de tout mon être. Je ne pourrais offrir quelconque point ici (Et merde !). En effet, avec une moyenne de six pages par œuvre, cette proportion est bien trop faible pour un quelconque réel mouillage de culotte. À la rigueur, voyez ce livre comme les préliminaires de cent pollutions nocturnes potentielles.

À recommander donc.

Je reste cependant dubitative sur deux points vis-à-vis du livre et de la soirée donnée en son honneur.

Faut-il commencer ce classement par la fin (numéro 100) afin de suivre le chemin de petit Poucet Beigbeder ou par le début afin de tout de suite jouir du meilleur ?
Pour ma part, j’ai brûlé la chandelle par les deux bouts.

Fallait-il lire le livre avant la soirée et donc avoir bachoté avant le grand oral ? Il est toujours plaisant d’avoir certaines bases. Ou alors y aller totalement à l’aveuglette et s’offrir les plaisirs de la découverte ?
Il reste que le cocktail Simon Liberati, Frédéric Taddeï, Frédéric Beigbeder, Régis Jauffret, Yann Moix, Gaspard Proust (bientôt à l’affiche de L’Amour Dure Trois Ans) a fait mouche. Tout autant que les liés et déliés autour de la musique, du cinéma, de la littérature et du champagne (n’est-ce pas un art à part entière ? Non ? Bon.)

Enfin, notons que la salle était hilare à la mention de la blagounette : « il faudrait peut-être expliquer aux plus jeunes ce qu’est cette étrange machine qu’on utilise. Ceci est une platine vi-ny-le ! » mais il aurait été peut-être préférable d’appuyer sur le petit bouton qui permet de faire passer la machine du 45 ou 33 tours. (Je dis ça, je ne dis rien). Et la vitesse ? Bordel ! Quoi qu’il en soit, Frédéric Beigbeder n’est pas prêt d’être un Guetta de la littérature (coucou David !), en déplaise à ses détracteurs. Un pari réussi donc. Peut-être aurait-il dû, cependant, extrapoler son combat pour, également, protéger les petits libraires…

 

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A propos de l'auteur

Image de : Co-responsable de la rubrique Musique sur Discordance.fr. Et même qu'une fois, je me suis faite accréditée sur un concert de Justin Bieber !

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