Fink – Perfect Darkness

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Un homme, une guitare. D’infinies variations. En trois albums puis un quatrième qui sort aujourd'hui, Fink a tracé une route singulière, suivant une ligne de conduite minimaliste, austère mais touchante.

A l’origine du projet, Fin Greenhall, le « songwriter » attitré de Ninja Tune, rejoint en concert par Guy Whittaker à la basse et par Tim Thornton à la batterie. Il pourrait faire pâle figure à côté de pontes électro du label. Pourtant, avec d’autres one man bands de l’écurie comme Yppah et Bonobo, Fink partage cet amour de la musicalité feutrée.

Une ligne de rupture s’esquisse à la vue de la pochette de Perfect Darkness : délaissant le motif récurrent jusqu’à présent du visage de Fin Greenhall dessiné par l’artiste canadienne Kate O’Connor, elle fait figurer une étrange présence boisée au dessus d’une étendue d’eau (on note d’ailleurs une ressemblance troublante avec la pochette du dernier Norman Palm, Shore To Shore). Autre rupture : alors que le précédent album, Sort Of Revolution, avait été enregistré en home studio (« Il y a de gros défis techniques quand on enregistre et on produit tout dans le grenier de sa maison, comme les voisins et d’autres bruits » nous confiait-il en interview), Perfect Darkness a été enregistré et mixé par le producteur Billy Bush. Choisir celui qui réconcilia Garbage en 1995 peut paraître un peu étonnant pour un artiste trop rapidement étiqueté « folk ». Un choix payant en tout cas à l’écoute de dix titres très équilibrés, mais qui marque aussi une esthétique moins minimaliste et des arrangements plus riches. Délaissant de plus en plus l’influence dub des débuts, Perfect Darkness a un réel esprit blues qui, bien que présent en filigrane sur de précédents titres, est ici plus affirmé. Perfect memories fall down like ash assène le premier morceau de l’album. Les souvenirs parfaits se désagrègent peu à peu. Une noirceur enveloppante, la croisée des chemins et le rideau sur l’avenir qu’il nous faut ouvrir.

FinkPerfect Darkness

Mais d’où viennent toutes ces interrogations et cette nostalgie prégnante ? Écartant la thèse d’une crise de la trentaine mal digérée, Greenall évoque un ami qui venait juste de signer dans une grande maison de disques au moment de l’écriture de l’album, plutôt flippé par l’avenir de l’industrie. La peur de l’avenir donc, et de faire les mauvais choix, un thème parfait pour nos sociétés individualistes. Fear Is Like Fire nous pousse toutefois à nous aménager une zone de confort : la peur est comme le feu, si elle peut tout détruire sur son passage, on peut aussi la voir brûler et se réchauffer les mains avec.

Heureusement, Fink n’oublie pas de célébrer ces moments précieux que nous offre la vie. C’est cliché, mais cet instant furtif, celui d’un lever de soleil sur Berlin (sûrement précédé d’une nuit agitée, on peut aussi s’imaginer sur le chemin de l’usine, mais c’est moins sexy), fournit la matière du dernier titre de l’album. Une ballade à la gloire de l’instant présent : just ignore the day that’s coming.

Morceaux choisis

Image de fink-perfect_darkness Une lumineuse noirceur : Warm shadow

Une envolée rock : Fear is like fire

Un sens de la formule : Honesty

We’ve had conversations / about the past / It’s taken enough to see / Your true colours / You’ve got so many, baby / You’re like a fucking rainbow

Un instant de blues : Wheels et l’enchaînement avec Warm Shadow. Un authentique blues de “Bristol city”, ville d’origine de Fink.

Un moment de fragilité : Foot In The Door.

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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