Fever Ray à Pop Montréal

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Les premières notes de If I Had A Heart retentissent au Métropolis de Montréal. Les effluves d’encens se répandent dans la salle alors que dans la pénombre, des silhouettes fantomatiques prennent place sur la scène. À ce moment là, on sait que l’on va assister à un concert unique.

Un petit retour en arrière s’impose pour une mise en contexte optimale.
Pop Montréal, c’est le festival de musique à ne pas manquer au Québec. Rock, punk, funk, électro. Depuis 2002, la musique indépendante s’empare de la métropole et de sa cinquantaine de salles de concerts et de bars. Il faut alors faire appel à ses grandes capacités d’organisation et de logistique pour monter sa programmation personnelle avec une dure réalité : on ne pourra pas tout voir ! La célèbre phrase « choisir c’est renoncer » n’a jamais autant pris son sens que lors de cet événement. La preuve, le même soir il faut se décider entre Yo La Tengo et Sufjan Stevens et une pléiade d’autres artistes du monde entier puisque 400 d’entre eux seront présentés au terme de ces cinq jours musicalement intenses.

fever_ray_flyer_de_la_soire_ue_Nous sommes donc le 1er octobre. Avant d’attaquer la suite des hostilités, les « festivaliers » parlent des prestations de la veille, particulièrement celle de Jay Reatard . Ce soir, nous avons le choix entre la hype de Micachu and the Shapes, le post-rock japonais de Mono, le psychédélisme de Butthole Surfers ou encore la pop talentueuse made in Montréal de Clues . Mais pour ce deuxième jour, la question ne se pose pas vraiment et au risque de paraître superficiel, même le choix du tshirt est plus complexe que celui du show : celui à ne pas manquer est celui de Fever Ray et on y sera, bien placés au premier rang même si l’on doit affronter le froid pendant pratiquement deux heures à l’extérieur du Métropolis.

Fever Ray est l’une des multiples merveilles de la scène suédoise et elle est aussi la moitié féminine du groupe électro The Knife, formé avec son frère Olof . Mais voilà, via ce projet solo, la suédoise Karin Dreijer Andersson a voulu passer du côté obscur et la belle ne fait pas les choses à moitié ! Fever Ray capture un spleen poétique et nous le livre sur un plateau d’angoisses. Nous entrons sur un territoire sonore à la fois étrange et énigmatique : intrigués par l’étrange et passionnés par les énigmes, cette soirée, nous l’attendions depuis plusieurs mois déjà.

Elle commence par Vuk, une première partie qui est ici pour combler. Quelque peu insipide en comparaison à ce qui va suivre, la timide Vuk, on le sent, est là pour des raisons logistiques : son harmonium ne prend pas de place et elle non plus. Éclairée par des lumières loin d’être ambiantes, on devine sous les draps en arrière de la jeune artiste tout le setup de Fever Ray préalablement installé. Toutefois, la finlandaise offre ce qu’elle peut avec sa voix planante mais hélas, loin d’être valorisée.

fever_ray_2_sam_Après trente minutes, on remballe l’harmonium. Et nous, on attend.
. Un technicien allume plusieurs bâtons d’encens. C’est inéluctable, le concert est sur le point de commencer. Les ténèbres envahissent les lieux et les premières notes de If I Had A Heart retentissent, se mêlant aux cris d’une foule déjà conquise. Des silhouettes se distinguent derrière le rideau de fumée et prennent place derrière leurs instruments, puis deux lasers verts transpercent la salle. Nous sommes fascinés.

Le temps s’est arrêté à l’intérieur du Métropolis. Là où l’album stimulait notre imagination, le concert donne l’incarnation d’un monde crépusculaire, un cauchemar lumineux où on a envie de se perdre corps et âme, d’y errer au son de cette voix lancinante, cette voix sans visage. Le groupe nous emporte dans son monde de cauchemars dès la première chanson, et dans ce monde, on y est bien. Les percussions tribales rythment l’intensité des vieilles lampes du décor et martèlent les poitrines de chaque spectateur.

Les mains tremblantes, Karin s’impose en chaman au milieu de mille et un lasers lacérant l’espace. On ne discerne aucun visage ni même le sien, et lorsque l’éclairage nous laisse percevoir un des musiciens, celui-ci porte un masque ou un maquillage allant avec son costume. Entre religion occulte et extravagance ésotérique, rien n’est laissé au hasard. Comme un petit garçon qui a voulu désobéir à ses parents en pénétrant dans la forêt interdite, nous voici au beau milieu d’une nuit sans lune et s’en venant à surprendre une messe noire, car c’est bien de ça qu’il s’agit : une porte ouverte sur un monde mystique où la musique a la part belle. L’atmosphère théâtrale n’est pas là pour faire diversion sur des lacunes musicales, bien au contraire, le live nous fait naviguer au sein de sphères cauchemardesques où les chansons sonnent comme des incantations au magnétisme indescriptible.

fever_ray_1_sam_Les clips avaient parfaitement instauré l’univers de Fever Ray, nous le vivons ce soir. Une pop électro noire à la splendeur synthétique. L’album est sorti en février, nous sommes en octobre, cette musique n’est pas faite pour le soleil. Ce qui devrait être terrifiant se montre captivant. À chaque morceau son ambiance particulière, avec ou sans lasers. Karin joue avec sa voix magnétique comme on joue d’un instrument, en l’accordant. Un des musiciens prend même des allures de guitar hero spectrale au milieu du brouillard artificiel lors de Stranger Than Kindness, sublime reprise de Nick Cave . Et ce n’est que lors de When I Grow Up que Karin laisse apparaître distinctement la pâleur de son visage peinturé et on a envie de danser comme pour appeler les esprits.

Fever Ray joue avec l’espace et arrête le temps entre cérémonie ancestrale et messe futuriste. Le set s’achève sur un Coconut des plus mystiques puis Karin quitte la scène comme elle y est venue, avec la discrétion d’un fantôme, les musiciens achèvent le morceau dans un tremblement surréel puis plus rien. C’est fini. Pas de rappel malgré les applaudissements et c’est dans la logique des choses : il ne peut y avoir de rappel, lorsque les fantômes ont fait leur danse, ils ne reviennent pas pour un dernier tour. La suédoise nous a offert un des concerts les plus mémorables de l’histoire du festival. C’était tout simplement spectaculaire. Voire spectraculaire !

Lorsque nous sortons de la salle, nous repartons avec une expérience musicale qui restera longtemps gravé en nous et lorsque nous nous replongerons dans l’album, des images de cette soirée reviendront nous hanter pour notre plus grand plaisir. Et on repense aux paroles « Cause I want more, more give me more ».
Il est certain qu’il ne faudra pas manquer les Trans Musicales de Rennes le 4 Décembre prochain, unique date française de Fever Ray .

Setlist

1.If I Had a Heart

2.Triangle Walks

3.Concrete Walls

4.Seven

5.I’m Not Done

6.Now’s the Only Time I Know

7.Keep The Streets Empty For Me

8.Dry and Dusty

9.Stranger than Kindness

10.When I Grow Up

11.Here Before

12.Coconut

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http://www.myspace.com/feverray » href= »http://www.myspace.com/feverray »>Site de Fever Ray->http://feverray.com/] / [Myspace

http://www.dailymotion.com/video/x81cdc_fever-ray-if-i-had-a-heart_music » href= »http://www.dailymotion.com/video/x81cdc_fever-ray-if-i-had-a-heart_music »>Clip de If I Had A Heart

http://www.popmontreal.com/ » href= »http://www.popmontreal.com/ »>Site de Pop Montréal

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

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