Festival Rocktambules – Jour 1 : Zebda et Mauresca Fracas Dub pour une soirée militante | Rousson | 01.06.2012

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15e édition pour le festival des Rocktambules de Rousson près d’Alès ce week-end. Pour cette bougie anniversaire, les organisateurs ont décidé de gâter le public gardois en proposant une programmation bien plus éclectique que ces dernières années. Au menu de cette édition 2012 : 13 groupes dont 6 têtes d’affiches, 16h de son déclinés sur deux soirées et… le premier groupe international posant ses valises dans les près de Landas. Ca promet !

Le festival des Rocktambules est toujours là, bien ancré dans le paysage musical haut-gardois. 15 ans déjà, le temps passe vite. Pourtant malgré les années écoulées, rien n’a vraiment changé : le mélange des cultures, la convivialité, les Rocktambules ont toujours revêtu le costume multi générationnel. Il y a les habitués qui ne peuvent s’empêcher d’énumérer les grands noms qu’ils ont pu découvrir au fil des éditions, puis les petits nouveaux, avides de leurs premiers concerts. Au gré du vent, les rumeurs ont fait aussi leur chemin : chaque année, il se susurre que les Rocktambules ne se dérouleront plus aux près de Landas et pourtant, comme chaque année, le rendez-vous est réitéré dans ce lieu si propice qu’il semble impensable d’en changer sa formule.

Pour ce quinzième anniversaire, les bonnes sensations rock se sont propagées dès 18h dans la garrigue roussonnaise. Comme lors de la précédente édition, le festival a été placé sous le signe de la découverte : quatre groupes tremplins se sont ainsi succédés durant près de trois heures avec Deux, Zimmer Lane, Raindrops et The Froggs afin de chauffer la place aux deux têtes d’affiches de la soirée : Zebda et Mauresca Fracas Dub.

« C’était le groupe Zebda… de Toulouse ! »

Après huit ans d’absence et une reformation cet automne, Zebda investissait pour la première fois un festival gardois. Un gros coup pour l’organisation des Rocktambules qui pouvait s’appuyer sur un public fidèle et 100% motivé. Là où la nouvelle scène française actuelle peine à rassembler les jeunes derrière un même étendard, Zebda a usé de sa force narrative pour toucher la cible.

Fort de son trio composé de Magyd, Mouss et Hakim, le groupe, plus affûté que jamais, se pose toujours en porte-parole contestataire : en guise d’ouverture, Le Dimanche Autour de l’Eglise, synthés en fond, conte avec malice le quartier et le métissage qui le colore. Un peu plus loin, les toulousains se paient une incursion sur les bancs de l’Assemblée Nationale à travers le jumpant Un Je Ne Sais Quoi. Si le début du concert est principalement consacré aux nouveaux morceaux de « Second Tour » sorti au mois de janvier dernier, Zebda a déjà le public à sa merci : avec La Promesse Faite Aux Mains, les interactions se multiplient tandis que sur le touchant Le Théorème du Châle, le poids des mots se charge du reste.

Jonglant avec ses différentes périodes musicales, Zebda n’est pas du genre à se cacher derrière ses revendications : 15 ans après, Le Bruit et l’Odeur soulève toujours les problèmes d’intégration. La réponse ? Elle n’a jamais changé et conserve toute son efficacité : « y’a pas d’arrangement, y’a pas d’arrangement, y’en a pas non non ! ». Après tout, On Est Chez Nous et Rousson peut chanter à l’unisson « je dessine à la main une troisième étoile, je fais la marinade des peuples métisses, pas de salade, je fais monter les épices ! ». En enchainant sur l’incontournable Oualalaradime, les « ouala ouala » peuvent retentir une nouvelle fois. La mixité culturelle n’est jamais bien loin : que ce soit sur Toulouse (« oh la ville rose ! ») ou sur le très oriental Talisma, Zebda offre un saisissant duo sur Mon Père m’a Dit (« me voilà condamné, pour quelques paires d’années, sans plus savoir pour quelles raisons, à peine qu’on est né, me voilà destiné, à compter les jours plus que de raisons »).

Particulièrement bien attendu, Tomber la Chemise provoque la transe et fait voler les tee-shirts. Une chose est sûre, Zebda a le sens de la fête. L’effervescence ne mit guère de temps à atteindre les sommets et la caravane put repartir sur Né Dans La Rue et ses « passe la vie, passe le temps, passe la caravane et pourtant… »

Bourré d’énergie, Zebda a usé de bon sens dans sa présence scénique avec un trio au chant toujours aussi performant. Des moments figés plein de symboles qui marquent ainsi l’identité du groupe : celle d’un collectif droit dans ses pompes qui a choisi la musique et le métissage pour propager ses idées. Jamais à côté de son sujet, le groupe a gardé toute l’humanité qu’on leur connaissait : très proche de son public, le concert est aussi un moyen de militer. Le Chant des Partisans doit résonner dans les près de Landas, surtout lorsque le Gard a propulsé Marine Le Pen en tête des suffrages du 1er tour des élections présidentielles. En forme de contestation aux différentes formes d’intégrismes et de fascismes, Zebda a toujours défendu l’idée d’une société plus généreuse et solidaire. En chantant à tue-tête « motivés, motivés, il faut rester motivés ! », nul doute que la révolution festive de Zebda est en marche…

Mauresca Fracas Dub : « podrem jamai dormir ! »

Après un passage en 2007 au festival de la Meuh Folle d’Alès, Mauresca Fracas Dub avait la lourde tâche de maintenir en haleine le public roussonnais qui avait vibré aux rythmes de Zebda.

Quatre albums au compteur pour les montpelliérains du MFD qui clament haut et fort leurs idéaux : le groupe fonctionne comme une coopérative, c’est une aventure collective où les idées et la musique se mélangent. Proposer, tchatcher et s’ouvrir aux autres en militant et en chantant. Un discours finalement assez proches de leurs potes du Massilia Sound System et des Fabulous Troubadors, régulièrement cités dans cette chaude soirée.

C’est donc à coups de raggamuffin, de dub et de ragga occitan que Mauresca a pris les commandes de ce début de nuit. Avec un virage musical davantage digital, le MFD était paré pour offrir un set enflammé. Si l’ouverture est lancée tambours battants sur La Coopérative à coups de basses et de scratchs, les fondations de la coopérative sont posées. En piochant les ingrédients nécessaires au cocktail explosif, le reggae occitan de Fai La Rota fait prendre la vie du bon côté… Sur Maria Blondeau, les montpelliérains se chargent de raviver les mémoires : en dédiant ce morceau à Maria Blondeau, jeune fille de 19 ans assassinée le 1er mai 1891 par l’armée française lors d’un rassemblement ouvrier, les Rocktambules endossent un sérieux côté roots pour le moins inhabituel.

Baigné dans le bain du Massilia Sound System, le MFD défend ses idées en français et en occitan : entre ses interludes hip hop (Sud de France, Stéréotypes) et ses facettes dub, Mauresca se lâche ! Le groupe fait découvrir la région (Per la Montanha) mais défend aussi sa culture : avec une Exception Française revisitée en version rub’a’dub qui rappelle aussi la « culture centralisée, pensée depuis la capitale ; on défend la diversité sur la scène internationale, mais pas le droit de citer pour les langues régionales ! ».

Des rythmes engatsés de Boulégants aux racines roots de Vai z’i, en hommage à Lux B, furent grandement appréciées. Les assauts répétés de Revautas ou Baraqueta provoquèrent l’hystérie, Rousson pouvait jumper sur l’excellent Sauta, taillé pour le live.

En faisant une dernière dédicace à la Butte Paillade fièrement championne de France, Mauresca Fracas Dub put terminer comme il aime si bien le faire : à la manière des fest trad’, en acoustique, et lançant son inconditionnelle farandole géante dans toute la fosse sur Anam Manjar.

Le pari était osé : les Rocktambules, le temps d’un soir, délaissait leur étiquette « rock » afin de proposer les chansons engagées de Zebda et le raggamuffin de Mauresca Fracas Dub. S’il y avait encore de la marge avec les grosses affluences des traditionnels samedis soirs, les organisateurs ont remporté leur défi : avec plus de 2 000 personnes, cela faisait très longtemps qu’il n’y avait pas eu autant de monde un vendredi soir. Et avec les Lofofora, Sidilarsen, Kill The Young et Blankass annoncés pour ce soir, ce 15e anniversaire risque de battre des records !

Crédits photos : Olivier Audouy

(à suivre…)

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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