Festival Marsatac – Jour 4, ou huit façons de faire du hip hop | Dock des Suds | Marseille | 27.09.2012

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Marsatac retrouve ses quartiers ! Après avoir investi la toute nouvelle salle Paloma de Nîmes la semaine dernière durant 3 jours, le festival phocéen reprend ses aises au Dock des Suds de Marseille. Ce retour marque également celui de la fine équipe de Discordance, toujours aussi affûtée, toujours aussi aiguisée et toujours aussi désireuse de partager cette nouvelle soirée en votre compagnie.

En ce jeudi soir, les Docks retrouvent les douces saveurs de Marsatac, 3 ans après l’avoir quitté pour la Friche de la Belle de Mai, actuellement en travaux. En cuisine, c’est toujours autant la panique : ce soir, c’est une vague exclusivement hip hop qui va déferler sur Marseille et il va falloir encaisser le choc. Huit groupes. Huit groupes de hip hop qui nous ont chacun fait leur démonstration de leur recette propre à ce style de musique aux multiples facettes. Ce sera sept pour Discordance, malheureusement embourbée dans les bouchons marseillais. Mais sept plats pour assaisonner une soirée, c’est déjà copieux. Retour sur ces sept conceptions, en images.

Brushetta melon-poivron / Heymoonshaker

Image de Bruschetta melon poivron En guise d’apéritif, Heymoonshaker s’offre le luxe d’offrir un show sucré-salé. Allez, on se laisse tenter. Un concept original pour ce duo qui s’est formé en Nouvelle-Zélande : imaginez ce que peut donner du blues… et du beatbox réunis. Une curiosité qui pousse à y goûter sans crainte. Le chanteur-guitariste est viscéral. Voix à la Bon Scott d’AC/DC, rugueuse et tortueuse, il lance la réplique à son acolyte Dave Crow, pour le beatbox. De la grosse caisse au dubstep, il assure le show en véritable boîte à rythme plus que jamais vivante !
Du blues râpeux au rockeur écorché, on pouvait craindre que la perf’ s’essouffle progressivement, il n’en est rien. Heymoonshaker est une petite surprise qui a su se démarquer des artistes beatbox qui poussent un peu partout ces dernières années.
Dommage qu’il manque une petite explosion en bouche en terme de renouvellement, surtout dans les morceaux orientés blues.

L’aïoli / A.S.M. (A State of Mind)

Ah l’aïoli ! Cette sublime mayonnaise à l’ail… Une fois que vous l’avez goûté, vous ne pouvez plus vous en séparer. C’est un goût unique, cherchez une autre sauce qui vous procure cette sensation et faites nous savoir vos suggestions si vous en trouvez. Attention toutefois, si vous avez le malheur d’en manger le soir, cela vous restera toute la soirée… ! (n’oubliez pas les pastilles à la menthe).

C’est la même chose pour A State of Mind. Lorsque vous écoutez leur musique, vous ne pouvez plus vous en défaire. Du moins en live, c’est peut-être moins évident sur cd. C’est putain de punchy et terriblement festif. Les deux Mc’s pètent la forme, se prêtent à des animations en tous genres pour communier avec le public. Appuyé par une section cuivre qui donne littéralement le pulse, le groupe s’est fait plaisir sur ses sonorités hip hop teintées de funk et de reggae.

Entre les platines, les cuivres (qui peuvent délaisser leurs instruments et se mettre à faire du beatbox !) et le flow percutant des deux maîtres de cérémonie, A.S.M. a donné de la bonne humeur durant près d’une heure. Des deux featurings réalisés avec leur pote Wax Tailor (Say Yes, Positevely Inclined) au bon vieux « Platypus Funk » (Root To The Fruit, Certified Organic), A.S.M. a pioché dans ses deux albums pour pimenter la soirée. Cool Running, oh yeah, Splice The Mainbrace, sexy, pari réussi pour A.S.M.

La bouillabaisse / De La Soul’s Plug 1 & Plug 2 present First Serve

Passons comme il se doit à table avec un des deux plats de résistance de la soirée. Plug 1 et Plug 2 de De La Soul (Trugoy The Dove et Posdnuos) ont monté un nouveau projet avec deux beatmakers français, DJ Khalid et DJ Chokolate (fondateurs de Jesgrew). Pour l’immortaliser, un album éponyme est d’ailleurs sorti dans le courant de l’année. Leur histoire ? Raconter la vie de deux potes amateurs de rap qui veulent décrocher le succès.

Après les avoir vu en juillet dernier lors du festival Lives au Pont, on s’attend plus ou moins à du De La Soul réchauffé. Et dès leur arrivée sur scène, Trugoy The Dove et Posdnuos débarquent complètement transformés : grosses chaînes en or, bandanas, lunettes de soleil, mal attifés… Humour loufoque pour dénoncer la médiocrité du rap actuel. Avec de grosses doses de second degré, les deux Mc’s sortent la grosse artillerie. D’autant que derrière, la grosse machine est en marche : les deux Dj’s français balancent de bons beats, le groupe est communicatif, et forcément le public se montre plus que réceptif. C’est ça la clé d’une bonne bouillabaisse, des poissons en tous genres (rascasse, vive, saint-pierre, congre, daurade, merlan, lotte, grondin…) pour un mélange particulièrement gouteux.

Et là où First Serve marquera ce premier soir, c’est par son melting pot musical : en effet sur scène le quatuor est accompagné de cinq autres personnes (percus, synthés, batterie, basse…). Des influences soul, funk, de scratch et même de pop music, le hip hop de First Serve est revigoré. C’est frais, c’est dansant… et parodique !

La recette du respect / Doom

C’était incontestablement la tête d’affiche de la soirée. Le monde amassé devant la grande scène n’a fait que le confirmer. Malgré tout le respect qu’on lui doit, le rappeur américain a sans doute décroché la palme des bonnes manières. Programmé à 22h, le rappeur a décalé de près de 45 minutes la programmation du festival à lui tout… assez gonflé sachant qu’il était un des premiers à passer. Si cette mode est assez en vogue du côté des rappeurs anglophones, il y avait de quoi l’avoir mauvaise.

Allez, on garde quand même les couverts puisque, sur scène, Doom a été fidèle à son registre musical. On le retrouve sous le nom de King Geedorah, Madvillain, Viktor Vaughn et différents projets (MF Doom, JJ Doom…). Quand à JJ Doom, son project avec Jneiro Jarel, s’est matérialisé avec la sortie d’un album le 21 août dernier. Et chose particulièrement appréciée : il a joué des tracks issus de tous les projets qu’il a pu effectuer durant sa carrière. C’est du hip hop assez brut, adepte du hip hop underground des 90′s, bien oldschool. Toujours caché sous son masque froid et métallique, Doom a préservé ses tendances à rapper sur de vieux samples tout en balançant à foison ses comics en fond de scène. Son seul défaut ? L’oscilloscope de son set a varié sur de très faibles amplitudes.

Les flodebolles danoises / Dafuniks

Image de Flodebolle danoise Les flodebolles, un excellentissime dessert danois qui représente bien l’univers culinaire/musical des Dafuniks. A pas feutrés, le premier groupe ouvrant la plus grande salle du soir a été des plus crémeux. Il y avait de la légèreté dans ce groupe qui a choisi le mélange comme fil directeur : une gaufrette craquante avec la voix soul de Barbara Moleko, une pâte d’amande funky grâce au couplage basse/machines avant que des enrobages chocolat hip hop viennent recouvrir le tout.
En utilisant des samples assez vintages, Dafuniks a surpris par sa malice : en faisant intervenir près de trois chanteurs sur ses différents morceaux, le rythme fut en perpétuelle mutation. Voulant préserver le côté « groovy » par dessus tout, Dafuniks nous a fait déguster le dessert en guise d’entrée. D’un trip hop léché (Ease My Mind, Daisy) à de la funk planante (Hello I Love You, Typical Guy), le hip hop ne fut jamais bien loin (All I Want, Searching). Intéressant.

Le space cake / Ghostpoet

Si nous garderons la recette en interne (inutile d’envoyer des messages relatifs à propos de cette dernière, nous n’y répondrons pas), Ghostpoet est l’exemple type d’un hip hop planant. Avec une formation rudimentaire (il est seulement accompagné de trois autres membres, un à la batterie, un au synthé et un autre…au synthé), Ghostpoet se tient là, devant nous, avec ses grosses lunettes sur le nez. On ne sait pas trop à quelle sauce nous allons être mangés.
En réalité, écouter un concert de Ghostpoet reviendrait finalement à croquer à pleine dent dans une grosse part de space cake. C’est lui le THC, puissant, obscur, la substance hip hop qu’il créait est plus que planante (trop planante même). En proposant un son très expérimental, sa voix raisonne comme un écho cloitré qui ne cesserait jamais. Le poète fantôme, il porte bien son nom, il vole en tout cas très haut. Difficile de l’atteindre : soit on plane avec lui, soit c’est le badtrip assuré.

Le cocktail molotov / EL-P

Deux solutions s’offrent alors à vous. Vous pouvez prendre une part de space cake ou vous lancer dans la conception de cocktail molotov. Oui, ce n’est pas tout à fait pareil, mais le contraste est saisissant. Allez, on opte pour la seconde. Vous prenez une bonne bouteille en verre, vous la remplissez sur plus de la moitié d’un liquide bien inflammable (essence ou alcool, plutôt alcool) et n’oubliez pas d’y jeter une allumette. Avant que ça vous pète à la figure, vous la balancez sur scène. Et vous attendez (en courant dans le sens opposé du lancé).

Les conséquences sont à peu près celles provoquées par EL-P. Il n’y est pas allé de main morte ! Il n’a d’ailleurs laissé aucune chance à ceux qui auraient voulu s’acclimater progressivement de l’ambiance de la grande scène. Si on y enlève son intro avec In The Air Tonight de Phil Collins, il a directement envoyé son gros son breakbeat qui ouvre son album (Request Denied). Du hip hop hurleur avec du son qui tâche, il a inlassablement balancé tous ses gros hits (The Full Retard, Drone Over Bklyn).

Malgré le fait que beaucoup de monde soit parti avant la fin, le set n’a pas manqué d’efficacité. Peut-être trop fort comme ultime show de la soirée. Il aurait sûrement été plus judicieux de le programmer en milieu de soirée afin de mettre à tout le monde un gros shoot.

Pour ceux qui auraient encore faim après ça, rendez-vous pour le cinquième soir de Marsatac avec Orelsan, C2C, 1995, Spank Rock, Dope D.O.D., Noisia, Foreign Beggars, Murkage, Aucan, Grems, Dilemn, Madeon, Mix Up Maroc, Spoek Mathambo et Flux Papillon. Et nous dites pas que vous revenez avec la faim, on ne vous croira pas.

Crédits photos : Cédric Oberlin

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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