Festival Marsatac – Jour 3 : Jusqu’au bout de la nuit

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Pour ce troisième et dernier jour du festival Marsatac, les organisateurs ont concocté une soirée haute en couleurs : ce soir, il y en aura pour tous les goûts. Comme un symbole, ce samedi soir est "sold out". Trois jours complets à marquer au fer rouge, Marsatac se rappellera longtemps de cette 13e édition et de ses plus de 23 000 personnes attirées.

Le festival a laissé des marques, les nombreux festivaliers enchaînant leur troisième soir commencent à avoir les traits tirés. Pourtant, impossible de laisser place à la fatigue tant le programme s’annonce chargé. Pire, il aurait fallu pouvoir se dédoubler afin de tout couvrir tant les scènes étaient de qualité : par exemple, les amateurs de rock pourront se déchainer sur Skip The Use, The Death Set ou encore Hyphen Hyphen, de l’autre côté les fans d’électro rock peuvent aller du côté de Rafale ou vers les plus psychés Death in Vegas, les fans d’électro auront le choix entre Yuksek, The Subs, The Toxic Avenger ou Housse de Racket, enfin les plus férus de techno vaqueront entre Modeselektor, Mondkopf ou encore Arnaud Rebotini. L’électronique à l’honneur, imaginez un peu l’usure physique à la fermeture des portes à 6h…

Oh ! Tiger Mountain, représentant de la nouvelle scène marseillaise

Afin de commencer en douceur, le premier concert de cet ultime soir se déroule sur la grande scène, La Cartonnerie. Près d’une heure avant que les autres scènes enchainent, le rideau se lève sur les jeunes Marseillais de Oh ! Tiger Mountain. Le groupe repose sur Mathieu Poulain (chant et guitare) et Kid Francescoli (samples) qui l’a rejoint depuis peu. Deux hommes sur les planches dans une mise en scène plus que minimaliste où seul un masque de tigre restera accroché au micro. Lumières sombres, silence pesant, ô que la scène semble immense pour ces jeunes gens. Toujours orphelin d’album (leur premier sort fin octobre), le duo ne tardera pas à envouter la foule de La Cartonnerie qui a su se montrer patiente. Si Mathieu parait au départ timide, on ne manquera pas de souligner ses mimiques comiques et communicatives. Cramponné à sa guitare, ses compositions flottent dans la salle : d’une folk très marquée il n’hésite pas à aller à l’encontre du blues à travers des morceaux très personnels. S’il se cache parfois derrière sa chevelure blonde et bouclée, sa voix chaude suffit à embarquer un public qui tombe vite son charme : des quelques notes frôlées sur Or The Drug à la ligne de guitare percutante sur Little Red Cells, Oh ! Tiger Mountain a su faire danser seulement en claquant des doigts.

Le flop Cascadeur

Cela va sans dire : chaque gros festival détient son pompon, son petit flop. Marsatac l’a décroché avec ce que l’on peut considérer comme l’ovni de cette programmation 2011 : Cascadeur. Il est clair que la qualité de son premier album « The Human Octopus » n’a pas manqué d’être soulignée par la critique, cependant la venue de Cascadeur à Marsatac est assez déconcertante. Cascadeur développe un univers très particulier : très vocal, son album est principalement marqué par ses longues embardées au piano, une fine pincée d’électronique et surtout des instruments à vent tels que violon et violoncelle . Très intime et très sombre, proche de Air musicalement, on se demandait surtout si Cascadeur allait muscler son show afin de le rendre plus vivant. Malheureusement ce dernier aura littéralement endormi le public de La Cartonnerie. Terriblement mou, l’homme au casque n’a pas convaincu. Il est clair que « The Human Octopus » s’écoute plutôt dans son salon.

Pendant ce temps, au Cabaret Aléatoire…

L’agonie de La Cartonnerie n’est pourtant pas arrivée jusqu’à la salle du Cabaret Aléatoire. Car à l’autre bout, l’arme fatale de cette première partie de soirée n’allait pas tarder à dégainer. Cela fait déjà plusieurs années que le groupe martèle sans exception toutes les salles qui ont eu l’idée de les programmer : les Lillois de Skip The Use sont arrivés remontés comme des pendules pour leur premier concert à Marseille. S’ils n’étaient jusqu’à présent jamais passés dans la cité phocéenne, il y avait pourtant beaucoup de connaisseurs. Sans surprise, les Skip The Use ont véritablement assiégé le Cabaret. Il faut dire Mat Bastard, chanteur des Skip, était d’une forme démoniaque. Si l’étiquette de rock/électro est assez réductrice, le groupe pioche des ingrédients dans la funk comme dans le punk. Tantôt les morceaux sont très boostés (Animal, PIL…) ou alors très groovy (Give Me Your Life, tube du groupe). On ne compte pas le nombre de slams du chanteur dans un public déchainé tandis que Mat s’acharnera à voir bouger TOUT le monde dans la salle. Le public a longtemps été sollicité pour que le chanteur arrive à ses fins : poing levé, foule dos au groupe puis assise… Ces échanges auront fini par porter ses fruit, Skip The Use a fait bouléguer tout le Cabaret, sans exception. La reprise du brulot Song 2 de Blur en conclusion n’a fait qu’entériner la performance de haute volée du groupe.

The Death Set appuie là où ça fait mal

Les Australiens de Death Set en 2009 avaient sorti leur premier album aux States et frappé très fort : énorme succès, mais décès du co-fondateur du groupe et guitariste, Beau Velasco. Février 2011, second opus, « Michel Poiccard », et nouvelle tournée. Suite à l’annulation de Black Lips, Marsatac a donc jeté son dévolu sur Death Set. Il fallait un truc qui claque, qui clashe, qui marque les esprits. Présentés comme les Beastie Boys de l’époque « Sabotage » avec des influences de Crystal Castles et Bad Brains, The Death Set étaient donc assez attendus. Bourré d’énergie, The Death Set a maintenu le cap amorcé par Skip The Use. On ressort les bonnes vieilles guitares punk, la grosse batterie et du gros son bien rythmé. Dans l’esprit, les morceaux sont très courts (moins de 2 minutes) et c’est maintenant un Cabaret Aléatoire surexcité qui pogote dans les embardées du groupe. Là aussi, Sierra fait tout pour que le public se déchaine. Too Much Fun For Regrets ajoute des samples et fracasse les esprits, Slap Slap Slap Pound Up Down Snap, quasi-vomie, est jouissive alors que des délires saturés tels que Chew It Like A Gun Gum rappellent effectivement les Beastie Boys dans le chant. Très énergique, The Death Set a beaucoup plus. Même s’il est clair que ce n’est pas le meilleur punk que l’on ait pu entendre, cela fait réellement plaisir de voir une telle intensité transpirée. Un des shows les plus marquants de ce samedi soir.

Death in Vegas et Rafale au menu en attendant The Subs

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On laisse de côté un petit moment la salle du Cabaret Aléatoire pour voir les festivités sur le restant du site. Bondée, La Cartonnerie voit Death in Vegas prendre le pouvoir. La puissance ressentie peu avant ne tarde pas à s’estomper face à l’électro rock des britanniques. Le set est assez planant, les Death in Vegas ont laissé l’intensité au placard. Beaucoup sont déçus et quittent la salle bien avant la fin. Il faut dire qu’il est très difficile de coller une étiquette sur le groupe : sonorités dub, rock et électro, l’ensemble est toutefois très psyché. Plongés dans l’obscurité, bien malin sera capable de distinguer les visages tant les jeux de lumières sont agencés de manière à voir majoritairement des ombres ou des silhouettes à l’œuvre. Le groupe a cependant préservé ses différentes périodes puisque les habitués seront ravis d’entendre en fin de set les tubes des débuts du groupe, il y a maintenant 15 ans. Il fallait être particulièrement amateur du groupe pour apprécier Death in Vegas même si au final il ont fait un concert très propre et sans fausse note.

Les fuyards de Death in Vegas sont donc allés rendre visite à la petite salle de la Seita où Rafale fait lui aussi parti des perf’ du soir. Si le combo originaire de Saint-Brieuc sur ses premières notes faisait penser au groupe marseillais Nasser, il s’avère que leur musique est nettement moins rock que ces derniers. Si le son est beaucoup plus violent que leurs voisins des Death in Vegas, nous ne sommes pas du tout dans le même registre. Moins fin mais plus fracassant, Rafale sait trouver un écho favorable aux amateurs de riffs aiguisés ainsi qu’aux fétichistes des samples. Considéré par la presse comme « un duo supersonique », il n’a guère fallu attendre pour voir le public parfaitement adhérer à Rafale. Puissant, percutant et incisif, Rafale c’est une grosse claque !

L’heure tourne, direction le Cabaret Aléatoire pour retrouver les belges surexcités de The Subs. Amateurs affichés de cette salle (près de 3 passages à 1 an), The Subs a cette solide réputation de scène notamment par son énergumène Papillon. Déjà vu dans cette même salle au printemps dernier, The Subs n’a évidemment pas dérogé à la règle : une foule compacte s’est amassée contre les grilles pour en prendre plein les oreilles : les Belges allient en effet astucieusement la puissance de The Prodigy à des sonorités des Chemical Brothers pour faire trembler quiconque se mettra en travers de leur chemin. Des morceaux incontournables tels que Fuck That Shit à Mitsubitchi, le groupe n’a pas hésité à injecter des nouvelles compos de son dernier opus : Decontrol par exemple en guise d’ouverture ou la techno garage de Don’t Stop. The Subs n’a en rien oublié de distiller son électro trash bourrée d’énergie punk même si le concert fut assez proche de leur précédent show à Marseille. Tout aussi ravageur, The Subs, à 3h, avait encore toute sa forme. La fatigue, à cette heure-ci, n’est qu’un vieux souvenir…

3h-6 h : Techno et self control

Pour ce troisième et dernier soir de festival, pas question de jouer les petits bras. La fête doit se poursuivre jusqu’au bout de la nuit. Les plus courageux, et ils sont nombreux, sont très attentifs, car les têtes d’affiche sont encore présentes. Dans un premier temps, il va falloir trancher entre Arnaud Rebotini (au Cabaret Aléatoire) et Mondkopf (Cartonnerie). La curiosité a primé pour le DJ moustachu français. Et pour preuve, son objectif est de faire revivre les vieux synthétiseurs et les boites à rythmes des primitives (comme Atari Teenage Riot par exemple) au service de sa techno sauvage. À l’ancienne, avec des sons des années 80/90 qui ont une histoire, le DJ a taillé un set pour le dance-floor. Si l’engouement n’a pas été total au départ, l’arrivée du chanteur de The Subs pour danser dans la fosse a fait monter l’adrénaline. Tant qu’à faire, autant en profiter aussi.

4h30 approche et c’est avec un peu de retard que toutes les autres scènes s’arrêtent pour laisser la place au maître : Modeselektor va s’emparer des machines pour terminer comme il se doit cette 13e édition. Le duo allemand présente son nouveau décor, un énorme écran incliné derrière eux, puis un installé dans de manière verticale sur leur droite. De larges néons parent la scène, y’a pas à dire, ça clashe. Première date en France après la sortie de leur troisième album « Monkeytown » en septembre dernier, l’occasion de voir si le groupe est capable de faire aussi bien que l’excitant « Happy Birthday » (2007). Auteurs de mélanges inconditionnels de plusieurs musiques, la techno des deux Dj’s s’est pourtant avérée cruellement molle au début du set, notamment marqué par les nouveaux morceaux. Que les fans se rassurent, les choses se sont améliorées par la suite… Jusqu’au bout de la nuit.

Pour cette 13e édition, le festival marseillais de Marsatac a frappé très fort. Pour la première fois, il a été « sold-out » les trois soirs. Un signe qui ne trompe pas avec plus de 23 000 festivaliers présents sur le site et un samedi soir qui a marqué les esprits par son éclectisme. Comme si Marsatac avait tout prévu, les Aires Libres in Marsatac étaient de retour à Marseille cette année. Le concept ? Un ‘after’ géant en plein air au Palais Longchamp gratuit de 10h à 19h, dont 5 DJ’s se répartissent les créneaux horaires. Avec encore un magnifique soleil et une température de 29 °C. Un pur bonheur à en croire les 5 000 personnes qui se sont rassemblées aux Aires Libres pour profiter (encore) de beats en tous genres.

Photos à venir…

En savoir +

Troisième soir du Festival Marsatac 2011, samedi 1er octobre, Friche de la Belle de Mai, Marseille, 21h-6h.

Site Officiel : http://www.marsatac.com

Crédits photos : Olivier Audouy

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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