Festival Marsatac – Jour 2 : Folie, dance-floor et… chapeau | Paloma | Nîmes | 21.09.2012

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Paloma, nuit de vendredi à samedi, 3h45. Fin des concerts. Encore une chaude nuit dans l'enceinte spatiale nîmoise pour le second soir du festival Marsatac. Sur le chemin du retour, un drôle de monsieur nous interpelle : homme au chapeau, machine à écrire sous les bras, tasse de café à la main... Débriefing jusqu'au bout de la nuit.

Olivier Audouy

L’homme au chapeau : Bonsoir les gars, en voyant vos bracelets j’en juge que vous étiez à Paloma ce soir, vous travaillez pour quel organisme ?

Dimitri : Bonsoir. Dimitri, je suis chroniqueur depuis presque 5 ans sur le magazine Discordance, principalement axé sur les musiques actuelles, mais aussi le cinéma, la littérature, art & scène, etc. Vous le trouverez bientôt en kiosque, vous verrez ! (rires)

Cédric : Salut, je m’appelle Cédric,  chroniqueur et photographe sur Discordance depuis mai 2012.

L’homme au chapeau : Je ne connais pas… (c’est pas bien ! échange de cartes). Vous êtes amateurs de genres musicaux en particulier ?

Cédric : Je suis un grand amateur de musiques électroniques, pop et rock indé. Aussi les musiques expérimentales. Je suis venu ici car on trouve vraiment de tout, la programmation est éclectique à Marsatac… Même lorsqu’on ne connait pas certains groupes on tombe souvent sur de bonnes surprises…

Dimitri : A contrario je ne suis pas forcément un grand adepte incontournable des musiques électroniques, plutôt dans la scène alternative française même si j’essaie de m’ouvrir à tout. Personnellement les musiques électroniques, c’est souvent tout ou rien. J’adhère ou je reste de marbre… C’est très variable ! Concernant Marsatac, comme l’a dit Cédric, c’est un festival qui, pour moi, est avant-gardiste. Groupes confirmés, mais beaucoup de séquences découvertes… Là où les programmateurs sont bons, c’est que l’on remarque souvent que des groupes à l’affiche quelques années plus tôt explosent, dans le bon sens du terme, peu après.

L’homme au chapeau : Ce soir par exemple, est-ce que vous vous êtes déplacés pour un groupe en particulier ?

Dimitri : Moi pas spécialement. Hier pour C2C, c’est clair, et pour ce soir, aucun groupe en particulier. C’était une grosse séquence découverte au programme…

Cédric : Kap Bambinoooooo ! Je les ai vu déjà en janvier 2010 au Rockstore de Montpellier, je m’étais déplacé depuis Marseille pour les voir, et c’était une grosse grosse claque !

Oberlin Cédric

L’homme au chapeau : Et donc, Kap Bambino ? Pas déçu ?

Cédric : C’est toujours aussi bon !! Le souffle coupé… la chanteuse est folle, la musique est violente, on a l’impression de faire une descente en enfer ! On plonge direct en enfer même. Je ne sais pas si vous avez assisté au show, mais c’est Electro-punk, donc de l’electro avec une énergie punk, rock, où tout le monde va sauter ou pogoter tout le long du set sans interruption. C’est une heure où l’on finit sur les rotules !

Dimitri : Perso, je n’ai pas spécialement aimé.

Cédric : Mec ! Mais mec !

Dimitri : C’est un truc de tarés. Ils sont deux : un, derrière, qui envoie du gros son durant une heure et une chanteuse, dérangée, qui hurle à la mort dans le micro en sautant de partout. Musicalement, c’est trash, trop saturé à mon goût, et j’y reproche aussi un manque pour le côté artistique. Mais quelle tarte ! J’ai rarement vu autant d’intensité condensée… c’est brut de décoffrage, ça martèle le cerveau…

Cédric :, Mais c’est ce qu’on veut ! Déconnexion totale, tu te laisses emporter par le cyclone… Après peut-être que Crystal Castles, dans le même registre, est artistiquement plus intéressant, moins brut mais bien plus noir et tout aussi dévastateur au final.

Dimitri : D’ailleurs, étant sorti plus tôt, j’ai pu admirer les têtes des personnes sortant de la salle… Les gens étaient marqués, on ne ressort pas indemne d’un tel assaut… Le clip Obsess de Kap Bambino reflète très bien les différentes expressions que l’on pouvait avoir. Après il y a des remarques qui font toujours marrer : « si tu voulais perdre des kilos, il fallait aller ici ! » (ndlr : au Club), « c’était un truc de maladeeeee !! » ou un saisissant « Kap Bambino ? C’est de la musique de bourgeois… tu as vu toutes ces groupies ? ». Bref, un régal auditif !

Olivier Audouy

L’homme au chapeau : Et toi, Dimitri, un groupe t’a marqué ce soir ?

Dimitri : Oula oui… Woodkid, et de très très loin, sans hésiter. J’ai pris une grosse claque, une telle puissance dégagée en si peu de temps, non, je ne m’y attendais pas. J’avais regardé le clip Run Boy Run avant de venir, ça m’avait fait ni chaud ni froid. Mais quand tu les vois sur scène, c’est plus pareil. Ils ont tous une place bien précise, les trois cuivres à droite, le chanteur au centre, les deux synthés à gauche, et surtout les deux batteurs de part et d’autre de la scène qui en imposent. Immense écran qui prend tout le fond de scène, épaisse fumée, avant même que ça commence, tu te dis, « ah ouais, ça promet ! ».

Cédric : C’est vrai que la mise en scène est magistrale. Impressionnant, du très bon boulot !

Dimitri : Woodkid m’a surtout impressionné par sa faculté à faire voyager. Je ne sais pas comment ça a été vécu précisément dans le public, mais, dès le début, il se passe quelque chose. On entre dans une cathédrale, les cuivres et le piano endossent le rôle du guide. Sans crier gare, les deux tambours résonnent. Puis s’arrêtent. Une intro épique. La reprise est comme une marche funèbre qui serait guidée par les tambourins. Peu après, Woodkid nous fait planer : survol de montagnes enneigées, seul souffle, l’orgue. Chute libre. L’accélération des images prolonge la chute. On se mettrait presque à sursauter lorsque les deux batteurs brisent cette ambiance hypnotique sous des lumières rasantes… J’en ai vraiment eu des frissons. Pas toi ?

Cédric : Je n’ai pas été aussi emballé que toi. Je trouve juste que cela manquait d’énergie, je n’étais pas dans cet état d’esprit-là ce soir en tout cas.

Dimitri : Je conçois que ce n’est pas spécialement approprié pour danser, même si Woodkid a réussi à faire jumper le public sur plusieurs morceaux… C’est vraiment mon coup de cœur du soir, caverneux, sombre, orchestral, symphonique, déconcertant, je pourrais te citer beaucoup de qualificatifs pour ce groupe… Des vrombissements peuvent surgir derrière une échappée, le groupe se trouve subitement mis en cage par les jeux de lumière et les faisceaux verticaux avant une libération quasi divine avec les chœurs… Une pop ténébreuse qui te transperce ! Dur retour à la réalité quand les lumières se rallument. Bref, j’arrête là car je pourrais en parler toute la nuit… et c’est déjà le matin (rires) !

Oberlin Cédric

L’homme au chapeau : Sinon, à l’exception de ces deux groupes, qu’est-ce qui vous a plu ?

Cédric : Von Pariahs. Le seul groupe vraiment rock de la soirée. C’était un rock schizophrène avec soit du rock indé avec une voix chaude et bluesy, soit à un post-punk avec une basse omniprésente et une voix caverneuse. C’était vraiment intéressant, par contre, c’est dommage que le public n’est pas été dedans.

Dimitri : Oui, gros point noir de la soirée : le public ! Les gens étaient venus pour C2C hier, c’est incontestable, et là, ce soir, les salles sonnent un peu creux. Dommage… Pour revenir à Von Pariahs, oui, intéressant, le chanteur avait l’air habité, on ne savait pas trop comment allait être le morceau suivant. Le set a gagné en puissance au fil des tracks, de bonnes sensations, vraiment pas mal !
J’avais ensuite quelques attentes envers Total Warr, je n’ai pas été déçu ! Configuration assez particulière avec les trois musiciens en front de scène, alignés, qui touchent un peu à tout… Pop, rock, punk, influences tropicales, quelques inspirations dans les voix de The Death Set, leurs potes, pour les séquences calmes en tout cas. De bons petits synthés, beaucoup d’humour et des morceaux entrainants, cool, Total Warr !

Cédric : Ça m’a fait très vite penser à un groupe de pop punk que j’adore, Wavves. Limite quand le chanteur a dévoilé son T-shirt de … Wavves justement, j’ai de suite fait : « Je le savais!!! ». C’était bien sûr bien moins noisy que ce groupe, mais ça n’en était pas moins très plaisant, j’ai passé un bon moment même si rester devant DJ Kentaro qui était dans la grande salle en même temps ne m’aurait pas déplu.

L’homme au chapeau : DJ Kentaro ? Il parait qu’il a fait vibrer les murs ?

Dimitri : Ooooh oui ! J’ai eu le malheur d’être accolé au caisson de basse juste avant qu’il commence… et j’ai reculé d’au moins 2 mètres dès les premiers scratchs ! (rires)

Cédric : Moi j’étais devant les crash barrières pour prendre des photos et il y avait une petite rondelle de métal juste devant moi. Elle ne tenait pas en place ! (rires) Quel son puissant ! Ce qui retient le plus l’attention c’est la performance du DJ avec ses trois platines et un ordinateur…

Dimitri : D’autant plus qu’un écran projetait en temps réel ses faits et gestes, je reconnais bien là le performeur qu’il est ! Son un poil trop fort par contre… Il te décollait la plèvre avec ses scratchs à tout va !

Olivier Audouy

L’homme au chapeau : Bon, il y a bien des choses qui vous ont déplu dans cette soirée, non ?

Dimitri : Ah ah ah ! Oui, bien sûr. Je vais décerner deux palmes d’or ce soir.

Cédric : Oula, tu vas encore parler de Jupiter ? Moi j’ai surkiffé !

Dimitri : Alors Jupiter, pour moi, est la pire arnaque du siècle. De la disco, non, mais tu crois ça ? On ne sait pas quoi faire, donc allez, on recycle du son vieux de 30 ans !

Cédric : Non, mais non ! C’est super rythmé, dansant, et c’est tout ce que je leur demandais ! C’était même édulcoré. D’ailleurs, ce n’était pas que du disco, mais de l’Electro-disco.

Dimitri : Il y avait une bonne basse, oui, mais par contre la chanteuse… insipide à souhait !

Cédric : De toute façon t’es pas chanteuse… ! Léger, mais ça faisait partie de l’esprit de la chose. Après, la vraie arnaque de la soirée, c’est Skream & SGT Pokes ! Qu’est ce que c’était affligeant !

Dimitri : Non, tu ne peux pas dire ça : c’était navrant.

Cédric : Non, AF-FLI-GEANT ! Le condensé du pire de l’UK Bass ! Comme dirait Laurent Garnier (émission It is what it is ? du 8 septembre 2012), « j’ai joué cet été dans de super bons festivals (…) qui à l’époque programmaient des plateaux bien underground. J’ai joué avec des DJ’s américains qui ont joué du Nicki Minaj et qui ont joué du dubstep, mais tellement commercial et horrible, que j’ai quand même eu plus l’impression d’être dans une fête foraine plutôt que dans un festival ! Restons vigilants, j’ai l’impression que l’ennemi se rapproche de plus en plus ! ». Bah là c’était ça !

L’homme au chapeau : Vous êtes durs !

Dimitri : Non mais avec un Sergent Pokes et son ragga, voire même du raggae-dance hall, on a atteint des sommets ! (rires)

L’homme au chapeau : Bon les gars, on va conclure, si vous deviez résumer chaque groupe en un mot, ce serait quoi ?

— Success : fou (C)/rock’n'roll (D).

— Von Pariahs : schizophrène (C)/habité (D).

— Jupiter : disco disco (C) / dépassé (D).

— Total Warr : percussions (C)/attachant (D).

— Kap Bambino : démoniaque (C)/barjot (D).

— Para One : efficace (C)/trituré (D).

— Mix Up Maroc : culturel (C)/créatif (D). Petite parenthèse à propos de Mix Up Maroc, projet culturel original initié par l’orga de Marsatac. On en parlera concrètement la semaine prochaine à Marsatac Marseille.

— Woodkid : magistral (C)/bouleversant (D).

— DJ Kentaro : respect (C)/technique (D).

— Skream & SGT Pokes : affligeant (C)/navrant (D).

Dimitri : Bon alors et vous, vous avez apprécié quoi ce soir ?

L’homme au chapeau : Aucune idée, je n’y étais pas. Peut-être même que je suis le fruit de votre imagination…

Crédits photo : Cédric Oberlin et Olivier Audouy

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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