Festival Lives au Pont – Jour 2 : un monde fou au Pont du Gard (12.07.2013)

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Après la grosse soirée d'hier, on imaginait que Lives au Pont ne pourrait pas faire mieux en terme d'affluence. C'était se mettre carrément le doigt dans l'oeil... Le brassage des genres avec, entre autres, Woodkid, Asaf Avidan, Vitalic et Gesaffelstein, a eu raison d'eux. 10 000 personnes jeudi, 15 000 hier, c'est le record du festival qui datait de l'année dernière qui vole en éclat (23 000 personnes).

A la même heure la veille, sur la première partie, le monde affluait déjà sur les rives du Pont du Gard. Et en ce second soir de festival, il s’avère que les gens ont décidé de prendre leur temps pour arriver. Car il faut bien être honnête : la soirée se déroule en trois temps. Le premier est plutôt rock/blues/folk avec Mathis Haug et Jamie Lidell, le second est clairement planant et mélodieux avec Asaf Avidan et Woodkid… tandis que le troisième sera sans concession tapageur avec Gesaffelstein et Vitalic. Après avoir donné le ton, les premières notes peuvent retentir.

Mathis Haug, tout en douceur

Image de La chaleur, aussi écrasante que la veille, a au moins poussé à prendre une bonne petite mousse et à s’installer aux côtés de Mathis Haug. Lui qui vient de sortir son second opus « Distance »(avril 2013), le guitariste franco-allemand a distillé avec finesse un blues/rock aux accents folk. Influencé par le rock psyché américain, l’ancien leader des Mathematiks propose un son écorché vif, aux riffs incisifs et à la voix atypique. C’est simple, c’est léger, appuyé par d’autres instruments tels que la contrebasse qui viennent étoffer le rendu, bref, une bonne petite première partie pour lancer cette soirée.

Jamie Lidell, cocktail tropical

Par moment on croyait voir Ben l’Oncle Soul à travers Jamie Lidell (par moment hein), mais l’artiste a clairement pris ses aises durant son concert. Proposant une mise en scène assez atypique (batterie/claviers), beaucoup s’attendaient à voir un groupe en formation classique pour des soulmen (basse, batterie, guitare, claviers, chanteur). Déjà pris à contre-pied, ceci n’enlève en rien en la dextérité du chanteur. Alternant ses interludes aux claviers ou aux machines, Jamie Lidell se la joue polyvalent.

En tous cas, il a bien remis son côté soul en avant : d’un Do Yourself a Faver à un Multiply que tous espéraient, Jamie Lidell a mis le groove dans toutes les têtes. N’hésitant pas à pencher vers des influences disco (You Naked) ou clairement futuristes (I’m Selfish), ce dernier n’a pas lésiné sur les réarrangements. Enfin, il n’a pas non plus oublié qu’il savait sévir en matière electro : à de nombreuses reprises, Jamie Lidell s’est donné aux joies des envolées électroniques comme sur A Little Bit More.

Asaf Avidan, un pour tous…

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Inutile de dire qu’à la fin du concert de Jamie Lidell, c’est une foule bien massive qui s’est amassée devant la grande scène du Pont du Gard. Lui qui paraissait bien gringualet au milieu de ses musiciens ne s’est pas laissé étourdir par la chaleur écrasante de ce début de soirée. Fort de son dernier album « Different Pulses« , l’artiste israélien a embarqué son public au-dessus des cieux. L’écriture est écorchée, la voix, envoutante. Les ballades se multiplient, sautant de compos en compos avec une extrême facilité : des contrés lointaines au tempo susurré de Cyclamen, le synthé peut brutalement n’en faire qu’à sa tête. Même si les nouveaux tracks sont beaucoup moins électriques, ils ne sont pas pour autant moins raffinés. Le track éponyme,Different Pulses, transforme en or tout ce qui l’entoure, avant que Love It Or Leave It entraîne ce beau monde aux rythmes de cette plaie encore vive.

Allant faire un tour du côté de ses deux premiers albums, les fans de la première heure ont pu également se délecter de l’excellent opus « The Reckoning » (2008) comme avec Maybe You Are ou la rugissante Her Lies et ses riffs acérés. Embarquant le public au fil des morceaux, l’ambiance a finalement atteint son apogée (sans surprise) sur LE hit signé Asaf Avidan. Nouveau mouvement de foule vers la scène, les premières notes de Reckoning Song retentissent. Le temps s’est brutalement arrêté, tous chantent à tue-tête « one day baby… » et se ruent sur leurs téléphones. Si on peut souligner le petit côté frustrant du chanteur qui aura bien remarqué que, excepté quelques hérudits, la majorité des festivaliers n’attendait qu’une chose, le rappel.

Woodkid, magique !

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Woodkid, c’était la découverte inattendue lors de Marsatac 2012, là où aucun média n’avait encore osé prononcer son nom. D’un décor céleste paré d’un immense écran en fond de scène,Woodkid a, pour nous, le désavantage d’avoir déjà été vu. L’effet de surprise sera peut-être passé, les frissons ressentis la première fois envolés ? Non, au diable non ! Si la virtuosité de son passage à Marsatac n’avait pas complètement masqué le manque d’énergie du set, Woodkida copieusement modifié sa copie. Impossible de ne pas se laisser embarquer par les violons samplés de The Golden Age, balancés par la section cuivre qui donne le las, avant que les gros tambourins presque militaire n’enveloppe d’une fine crysallide cette jeunesse ébahie.  Des mélodies graves (Boat Song) qui seraient digne d’une B.O., le tout est caverneux, quasi épique et bougrement orchestral.

Des envolées symphoniques (Where I Live, Brooklyn), on tombe sous le charme de Baltimore’s Fireflies en survolant ces mornes plaines dévastées. Avec, en soutien, une mise en scène sacrément carrée entre les jeux de lumières qui feraient tourner la tête à plus d’un, Woodkids’est aussi un groupe qui arrive à faire danser son public : des hits en boucle sur les radios (Run Boy Run, Iron, I Love You), Woodkid sent que la mayonnaise prend. Et le show gagne en intensité : quasi-épique et entré en course poursuite avec la lune, les choses s’accélèrent surThe Great Escape ou Ghost Lights. Avec des batteries nettement mises en avant qui ont le don de faire danser la foule, l’immersion est abyssale : de nombreuses perles ont littéralement scotchées l’auditoire : on pense à un Stabat Mater, par sa lourdeur, ou un Conquest of Space.

Nous pensions que, vu la composition du public, beaucoup auraient tourné le dos à l’univers deWoodkid. Mais le public a accepté de foncer tête baissée dans son monde en savourant chaque minute de son set. Carrément décomplexé et sincèrement content d’être là, Yoann Lemoine a surtout été débordant de bonne humeur. Sans cesse en train de chauffer la foule ou demmerder ses musicos, la prestation scénique est à présent complète. Encore meilleur qu’auparavant !

Gesaffelstein, l’assaut final ?

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A la fin de Woodkid, malgré les quelques 10 000 personnes présentes, on s’est vite rendu compte que le « gros » arrivait. En milieu de soirée, plus de 5 000 personnes supplémentaires s’ajoutaient aux rangs présents, probablement qu’ils étaient sagement leur heure au bord de l’eau ou sur les grandes pelouses du site. L’electro est dans la place, ou plus précisément la techno made in France. Celui qui s’inscrit dans la digne sillage de The Hacker n’a pas fait de détail. A l’assaut de tous les festivals internationaux de l’été, la notoriété du DJ lyonnais est en train d’exploser. De sa techno noire et oppressante, un brin de folie s’est propagé autour du Pont du Gard, embarqué par les immanquables Viol ou Pursuit. Ici, pas de quartier : on retrouve les bases même de la techno, une facette underground qui ne laisse aucune issue à son auditoire. Gesaffelstein, en 1h de set, a ravagé les têtes. Les ténèbres n’étaient pas loin…

Vitalic VTLZR, encore plus fort !

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On pensait que Gesaffelstein aurait calmé tout le monde, mais Vitalic s’est empressé de prendre les commandes du vaisseau. En véritable machine de guerre, il s’est avéré que Vitalic a fait… encore plus fort ! Armé jusqu’aux dents avec une batterie et un synthé en soutien,Vitalic sévit désormais à trois. Avec son tout nouveau bébé « Rave Age » (2012), le show s’est endurcie. Le DJ a enfin compris que ça ne servait à rien de couper systématiquement les phases ascendantes de ses sets, à présent, tout s’entrechoque. Des rouleaux compresseurs orgasmiquesStaminaVigipirateRave Kids Go, c’est à coup de beats acides et d’influences techno que le public s’est déchainé. Avec une rampe de lampes qui a complètement transformé le concert en véritable show visuel, néons, spots et stroboscopes en tous genres sont venus se charger du reste. Des grands classiques remixés comme Poney Part I, Vitalic n’a pas fait de détail… et n’a plus voulu quitter la scène du Pont du Gard. Mais toute chose a une fin…

Avec un record battu pour cette éditon 2013, Lives au Pont est passé dans une toute autre dimension. Avec 25 000 personnes en 2 jours, la folie est progressivement montée sur le site du Pont du Gard. Si des améliorations sont à apporter pour véritablement rentrer dans la cour des grands (poubelles, plus de bars… et des verres consignés, quelle saleté !), on ne peut que se dire à l’année prochaine !

Crédits photos : Photolive30  

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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