Festival Lives au Pont – Jour 1 : le hip hop envahit le Pont du Gard (11.07.2013)

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Troisième édition pour le festival Lives au Pont devant le mythique Pont du Gard. Après le carton de 2012 (The Kills, Birdy Nam Nam, Selah Sue, De La Soul, Sébastien Tellier, etc), les festivaliers étaient encore nombreux hier pour ce tout premier jour de fête. Sous un soleil de plomb et un été enfin installé, c'est une floppée d'artistes locaux, nationaux et internationaux qui vont se charger du reste...

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Dans ce site magnifique qu’est le Pont du Gard, il est incontestable de reconnaître que, en tant qu’artiste, venir jouer dans un tel cadre doit vous faire frissonner. Pourtant, au pied de ce monument classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1985, il paraît impensable de quitter un site dans un tel état. Avec l’ambition d’attirer près de 10 000 personnes par édition, on ne comprend toujours pas comment les organisateurs n’ont pas rendu obligatoire la consigne des verres ou tout autre écocup. Avant de parler « musique » et uniquement « musique », on en profite donc pour souligner la saleté du site qui, en plus de ça, souffre d’un manque certain de poubelles. Lorsque le site (le restant de l’année) fait payer 18€ de parking par voiture et 10€ par personne…pour traverser, à pied, le Pont du Gard, nous sommes tout à fait légitimes de demander un minimum de confort lorsqu’un évènement est tenu en ce lieu ! Paranthèse refermée, note à moi-même.

A contrario de l’année dernière, Lives au Pont n’a pas choisi de réitérer ses deux soirées à thèmes. Excepté ce jeudi soir ! Le hip hop fut plus que jamais à l’honneur de ce premier jour de festival avec les tant attendus IAM, 1995 et Wax Tailor. Le hip hop’s style a eu le don d’attirer les foules : sans surprise, ce sont les marseillais d’IAM, parrain du festival cette année, qui ont décroché le coeur de cible. Avec une bonne partie du public résolument venue pour eux, nous avons pu constater qu’un bon nombre de personnes a quitté le site bien avant les concerts d’Azealia Banks et SBTRKT.

 Zob, « pour le meilleur et pour l’écrire »

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En guise d’apéritif et grâce au tremplin musical des artistes gardois, les premières notes de la soirée ont été envoyées par Zob. C’est un hip hop sans détour et brut de décoffrage. De la provocation à la narration, il n’y a qu’un pas. Car Zob est avant tout un poète. Il slame  »car c’est la mode »… mais aussi « car il chante faux ». Celui qui s’est auto-proclamé « chanteur engagé qui cherche cause à défendre » utilise un style plutôt direct avec ses compagnons de route. Appuyé de son Docteur Démago (alias Mr Gerbeck), véritable boîte à rythme humaine, les paroles deviennent hurlantes, criardes, basculant dans un humour potache ou d’auto-dérision. Lui qui s’était distingué aux Découvertes du Printemps de Bourges dans la catégorie « hip hop » en 2008 n’en finit plus d’étonner. Rap, slam ou a capella, la violence de Zob n’est jamais loin. Beats acérés en fond de textes corrosifs, il ne fallait que lui pour lancer littéralement cette longue soirée ! Car on n’oublie pas : « la poésie n’est pas une pute ».

1995, « on passe à la suite ? »

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20h, changement de décor. 1995 a le don d’attirer la foule devant la scène. Après les avoir vu en septembre dernier lors du festival Marsatac, il ressort que, musicalement, le son est beaucoup mieux ficelé… et que scéniquement, il semblerait que 1995 ait gagné en maturité. Même si le concert est toujours aussi carré, les instrus assez oldschool font leurs petits effets. Avec comme fil rouge leur dernier opus,  »Paris Sud Minute »1995 s’est en tout cas efforcé de communiquer avec son public : des petits mouvements de foule (Milliardaire) à l’arrosage,1995 a mis le oai à sa façon. Des grands classiques du crew que tout le monde attendait (La Source, La Suite), il ne fallait pas quitter le Pont du Gard sans faire un peu de Bla Bla Bla.

IAM, « comme un samouraï »

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C’était incontestablement la tête d’affiche de la soirée. Comme un aimant, le Pont du Gard a accueilli en nombre une foule de personnes impressionnantes pour accueillir les rappeurs marseillais. La côte de popularité du groupe est au beau fixe, IAM envoie toujours un signal fort avec son public. La mise en scène est franchement chiadée avec les trois platines surélevées, en mode asian touch aux couleurs de son dernier « Arts Martiens »IAM sait d’où il vient. Même en subissant quelques tumultes, il a traversé les années 80, 90 et 2000 pour finalement proposer en 2013 ce qu’il fait de mieux : mélanger les époques, les styles, les albums, les projets. Des brûlots tout frais (Les Raisons de la Colère, Spartiate Spirit, Debout les Braves...) à une floppée de tracks issus du mythique album  »L’école du Micro d’Argent » (1999),IAM dégage une simplicité déconcertante. Les tendances des albums se croisent, les hits s’enchainent : des Bad Boys de Marseille à Je Danse le Mia, le public chante à l’unisson avec le groupe. Des incontournables Petit Frère et Nés Sous La Même Etoile à L’école du Micro d’Argent, tout déboule sans crier gare. D’Un Bon Son Brut pour les Truands à Chez le MacIAMrappe toujours avec sincérité. De la véritable bombe de Shurik’nComme un Samouraï, àDemain, C’est Loin, cela valait bien une bonne vieille partie de lasers dans L’Empire du Côté Obscur. Avec une ovation de plusieurs grosses minutes à leur crédit, nul doute qu’IAM se rappèlera de son passage au Pont du Gard. Le public aussi… Independenza !

Wax Tailor, « say yes ! »

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Le concert de Wax Tailor allait apporter le dernier répit au Pont du Gard. Entouré de toute sa troupe pour nous présenter sa Dusty Rainbow Experience, ce nouveau spectacle offre un trip hop beaucoup plus orchestral qu’auparavant. Un peu moins rythmé et clairement moins fou, il bénéficie toutefois d’une mise en scène qui ne laisse pas en reste. Offrant un univers toujours aussi riche par la multitude de musiciens sur scène, il manquerait cependant ce petit côté « intimiste » de Wax Tailor que nous retrouvons davantage en salle qu’en festival. D’un point de vue musical, Wax Tailor n’a pas fait de détails. Les classiques étaient bien sûr présents : Que Sera, Walk The Line, Magic Numbers... De la douceur est venue progressivement la furia : le rap s’affirme (The Games You Play), le tortueux et groovy Time to Go explose de mille feux ! Avec les renforts de leurs potes d’A State of Mind (A.S.M.), Mattic et l’envoutante Charlotte Savary, Magic Number s’est transformé en véritable rouleau compresseur avant d’enchainer sur le démoniaque Say Yes ! Avec un public bien plus réceptif aux grosses vibrations, la fin de concert fut presque précipitée. Un bon Wax Tailor, mais on a un peu de mal à voir en quoi il est pionnier du genre en France.

Azealia Banks, « chérie, fais moi peur ! »

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Avec une soirée pratiquement sans accroc, le vent finit par tourner. Azealia Banks, la nouvelle rappeuse US en vogue, était la réelle curiosité du soir. Avec son look déjanté, sa tenue provoc’ limite supportable a au moins fait rester les minots scotchés aux crash barrières durant tout le concert. Et du haut de ses 22 ans, il est difficile de voir si la jeune Azealia a pris réellement son pied durant son show. Entre rap, RnB et electro, bien malin celui qui peut trouver un équilibre dans l’univers de la chanteuse et c’est, en tout cas, un des éléments qui fait sa force. Son flow, imparable, tire en rafale. Les beats et mixes en tous genres (le DJ a tapé dans du classique comme The Prodigy… mais aussi dans Alarma, de 666 !) ont rendu finalement brouillon une copie qui ne nous a guère embalé. Grosse intensité, ceux qui étaient venus pour danser ou s’amuser se seront sûrement plus prêtés au jeu, mais une grosse partie des festivaliers a levé le camp durant son set.

Dommage, car la soirée se clôturait sur le dj set de SBTRKT qui, même sur le parking, nous a fait profiter de ses ondes cosmiques. Avec ses traditionnelles compos hyper planantes, hyper ralenties et quasi-minimalistes, SBTRKT a fait du… SBTRKT. Un groove léger et sincèrement intéressant.

Pour ce soir, changement de décor : pas de soirée à thème mais un évantail de pointures dans leurs genres : Asaf Avidan, Woodkid, Gesaffelstein et Vitalic (avec Jamie Lidell et Mathis Haug). Accrochez votre ceinture…

Crédits photos : Photolive30

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A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 16 juillet 2013
    Référencement (Gard) a écrit :

    Et bien, d’après les photos et les commentaires, la soirée valait le coup d’être vécu… A part peut-être la prestation de Azealia Banks.

  2. 2
    le Mercredi 17 juillet 2013
    Clip Sébastien Tellier a écrit :

    La présence d’IAM compense bien largement la prestation d’Azealia Banks heureusement :)

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