Festival Léz’Arts Scéniques 2011 | Sélestat | 15.07.2011

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Dixième édition pour le Festival des Léz'Arts Scéniques de Sélestat dont les ambitions montent encore d'un cran avec un budget de plus d'un million d'euros et une affiche d'envergure internationale.

Pour les dix ans du festival, l’association Zone 51 aura clairement tout donné et n’aura lésiné sur rien pour proposer l’affiche la plus ambitieuse et la plus inédite possible. Ni Katerine, ni Gaetan Roussel, ni de The Bewitched Hands, mais des noms qui se font assez rares en France, tels que Pennywise, The Dubliners, Neurosis ou encore Public Enemy. Le pari était risqué, puisque si la majorité des groupes présents jouissent tous d’une excellente réputation dans leur style de musique respectif, cela ne se traduit pas nécessairement par une ruée sur la billetterie. Les chiffres de la fréquentation de ces 3 jours ne nous ayant pas encore été communiqués, difficile de dresser le bilan financier de cette édition. Pour ce qui est du reste, attardons nous sur la deuxième journée du festival qui enchainait à un rythme effréné une série assez jouissive de folk-punk-rock-electro jusque (très) tard dans la nuit.

Arrivés sur le site, la première chose qui frappe est la taille de la Grande Scène, directement arrivée quelques jours auparavant du Sonisphere. Un montage marathon retardé par d’incessants orages qui auront donné de sérieux soucis aux organisateurs, ces derniers ayant même envisagé ne pas pouvoir ouvrir le festival en temps et en heure. Mais le résultat est assez bluffant et illustre bien le chemin parcouru par le festival en dix ans. En face de la main stage, une scène plus petite, où alterneront les concerts. Les timings sont serrés. Très serrés. Beaucoup trop serrés. Impossible pour les festivaliers de souffler entre deux sets, pris dans ce ping-pong incessant que semblaient se livrer les deux extrémités du site.

L’anecdote cocasse de la veille aura été l’arrestation de Dany Filth, l’inénarrable chanteur de Cradle of Filth, pour cause de pétage de plombs en coulisse avec une photos twitée par le bassiste de Madball qui aura fait le tour du net en quelques heures. Et la mauvaise nouvelle de la journée sera l’annulation de The Subways en raison de soucis de santé du chanteur, ce qui rallongera les sets de The Hillbilly Moonn Explosion et celui des Sales Majestés.

Les Sales Majestés en live c’est un show extrêmement rôdé dont l’extravagance serait plutôt à chercher du côté d’un public particulièrement au taquet, reprenant comme un seul homme les paroles du groupe. Vêtu de noir des pieds à la tête, Arno Futur de sa voix nasillarde enchaine les titres. Il emmerde la société. Est fier de ne savoir rien faire. Pense que l’anarchie est la solution. Et reste persuadé qu’il n’y a pas d’amour. Entre chaque morceau les transitions sont très « écrites », un peu à la manière de la Ruda. C’est propre et efficace. La voix se dégage particulièrement bien du reste des instruments, et les refrains ne tardent pas à être scandés par tous. Un très bon moment de punk old school, même si forcément au bout de 70 minutes ça devient vite répétitif…

Image de Miyavi | Festival Léz'Arts Scéniques 2011 Bilan plus mitigé pour Miyavi qui après un démarrage en trombe, fait un peu retomber la pression. Du point de vue d’un non-initié au Visual Key tout cela reste quand même assez intrigant. Avec son look d’androgyne survolté et son indéniable talent de guitariste, il semble exercer une grande fascination, voire de l’adoration, sur les premiers rangs de fans compressés contre la barrière. Pour les autres, le soleil de plomb les poussera à aller se réfugier sous la tente boisson et à observer de loin les excentricités du Japonais.

La venue à Sélestat des Dubliners est un évènement, puisqu’il s’agit de la seule date française du groupe cette année. Malgré l’âge avancé des protagonistes et le changement de style, le public des Léz’Arts écoutera avec attention ces quasi-légendes jouer leur folk traditionnelle, même si un pub irlandais enfumé aurait été un décor plus approprié que l’herbe d’un festival d’été. Joueur, le groupe demandera en intro si Sélestat était ready to rock et finira le concert par les incontournables Dirty Old Town et Whiskey in the Jar. Une jolie prouesse de la part des programmateurs d’avoir fait venir le groupe, et on n’ose penser à ce que cela aurait pu donner si les Pogues, les Dropkick Murphys ou Flogging Mollys avaient également pu faire parti de l’affiche.

C’est en France que tout a démarré pour les Anglais de Jim Jones Revue et leur rockabilly garage brut de décoffrage. Style impeccable. Piano on fire et guitares grondantes, le concert ne connaitra aucun temps mort. L’énergie du chanteur est proprement déconcertante et hautement contagieuse. Jim Jones Revue c’est un peu le chainon manquant entre Little Richard, Elvis, les Cramps et (bien sûr) Jon Spencer. Ça swing, ça rock, ça crie. La section rythmique est à tomber par terre. De quoi ressusciter l’esprit des 50′s en leur passant un sérieux coup de polish punk.

Vétérans de la scène punk west coast, Pennywise est une véritable institution avec plus de 20 ans de carrière et une bordée d’hymnes ayant bercé toute une génération élevée au biberon Epitaph. Pourtant avec le départ de leur chanteur historique en 2009, l’avenir du groupe semblait compromis. C’était donc une double joie de pouvoir voir ce groupe dont les venues françaises sont très rares et que beaucoup donnaient pour mort. Sur scène l’alchimie a l’air de fonctionner, si ce n’est le son de la batterie absolument désastreux qui sera arrivé à gâcher l’excellent set des Californiens. La setlist est un véritable bestof de leur abondante discographie et on citera pêle-mêle : Straight ahead, Same old Story, Living for today, l’hymne Fuck Authority, leur reprise de Stand by Me et un Bro Hymne de toute beauté pour clôturer. Authentique. Définitivement.

Tout comme le seront les Angevins de la Phaze venus défendre leur dernièr galette en date Psalms & Revolution. Si l’album n’est pas complètement convaincant, sur scène c’est bel et bien l’inverse. Le batteur est un incroyable métronome, toujours dans le rythme. Le guitariste enchaine les riffs de tueurs sur des beats electro, drum’n bass. Et Damny le chanteur est une véritable pile électrique, haranguant la foule et enchainant les titres comme si sa vie en dépendait. Très peu de morceaux de Miracle seront joués, l’accent étant essentiellement mis sur les nouvelles chansons qui finalement passeront à la perfection la barrière du live. Moins rock sur la forme, on sent toujours cet esprit punk qui n’a pas quitté la Phaze depuis ses débuts. Le seul bémol viendra de la coupure de courant sur le final, pour un Assaut Final écourté en pleine montée. Ce climax avorté aura d’ailleurs fait courir la rumeur que les organisateurs auraient coupé le son, le groupe ayant débordé de cinq minutes sur leurs horaires de passage. Il n’en est rien, la Phaze a d’ailleurs publié un communiqué sur leur Facebook pour imputer cette coupure à un groupe électrogène ayant mal supporté des basses réglées trop fortes.

Tête d’affiche de la soirée, Sum 41 aura pourtant déçu avec un show fade et sans intérêt. Deux intros interminables et un chouia narcissique, des monologues incessants de la part d’un chanteur passablement éméché, des reprises potaches de Metallica et de Motörhead dignes d’un bal de fin d’année, et de longs temps morts qui font qu’on s’ennuie ferme. À tel point que même les tubes du groupe perdent de leur saveur. On se dirigera bien vite vers l’autre scène où un écran circulaire vient d’être installé et qui laisse présager que le meilleur reste encore à venir.

Image de Shaka Ponk | Festival Léz'Arts Scéniques 2011 Nouvel album et nouveau set, Goz et ses crazy petits monkeys, envahissent un à un la scène après une longe intro qui nous emmène dans les rues d’une étrange ville peuplée de créatures simiesques et aguicheuses. Shaka Ponk en live c’est la certitude d’une expérience totale, visuelle et auditive. Un moment de pur bonheur. Mais bizarrement l’alchimie ne fonctionnera pas autant que les fois précédentes. Les nouvelles chansons passent heureusement mieux que sur le disque, vraiment décevant, mais les bombes d’antan (Hello, How we kill stars, Prima Scene) peinent à retrouver leur fougue initiale. La faute à une ré-instrumentalisation moins rock et à une très (trop) grande mise en avant de Samaha Sam plus à l’aise sur les nouveaux titres que sur les anciens. Un bémol donc qui ne doit pourtant pas éclipser l’excellent show que nous aura livré Frah et sa bande. Bien sûr les 60 minutes passeront à la vitesse de l’éclair, et le final dantesque sur French Touch provoquera avant tout une énorme frustration de ne pas assister à un set complet.

Présents sur le site depuis 15h00 de l’après-midi, la collision d’Ez3kiel VS Hint servira donc avant tout de prétexte pour recharger les batteries avant que la Pink Panther Party n’envahissent Sélestat pour le dernier concert de la journée. Il est 2 h du matin. La température est glaciale. Mais dès les premières notes de Suck my TV, c’est l’embrasement parmi les valeureux festivaliers encore présents. Moins maquillés qu’à l’accoutumée, Punish Yourself, déploiera pourtant l’artillerie lourde : Only Shiva is God, Mothra Lady, Seey you later alligator, End of the western world, Gay boys in bondage Brut. Primitif. Étincellants. Terriblement sexy. Les Toulousains feront le job sans sourciller et seront la conclusion idéale d’une bien belle journée.

Crédits photo : Joaquim

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: Fondateur de Discordance.

1 commentaire

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  1. 1
    Pascal
    le Lundi 18 juillet 2011
    Pascal a écrit :

    Et voici les chiffres officiels :

    17 000 festivaliers
    2 500 campeurs
    150 artistes
    280 bénévoles
    50 techniciens

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