Festival Indétendances – Jours 1 et 2

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Qu’il semble loin, le temps où le festival Fnac Indétendances prenait ses quartiers d’été et un air de province sous le pont Sully. Las, Paris plage a bel et bien perdu son sable, victime de son succès.

« Victime », c’est à voir, car son déménagement, effectif depuis l’an dernier, sert indéniablement les artistes qui s’y produisent, leur offrant une exposition et un cadre qui n’ont que peu d’équivalents. Certes, le charme des bords de Seine a cédé devant la majesté toute parisienne de l’Hôtel de Ville, mais pour les artistes indé, c’est une chance de conquérir un public chaque année plus nombreux.

Jour 1 — 23 juillet 2010

C’est bien de charme dont il s’agit à propos de Lisa Portelli. Invitée-surprise de cette septième édition, la jeune femme a réussi l’exploit de captiver un auditoire avec sa seule voix et une guitare électrique. À vrai dire, la jeune femme n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle était déjà découverte du printemps de Bourges en 2006. Premier prix de guitare au conservatoire, lauréate Paris Jeunes Talents 2010, la belle joue des chansons à textes intimistes avec la grâce – et les dents du bonheur — d’une Vanessa Paradis. Et quand le vent se lève un peu pour emporter ses mèches de cheveux blond roux, sa beauté très naturelle complète un tableau qui flirte avec une parfaite définition du « beau ». Un très joli moment.

« Il y a deux conditions pour jouer dans la Maison Tellier : avoir la classe, et s’appeler Tellier ! ». Pour être honnête, on n’est pas sûr du côté classieux du groupe ; la Maison Tellier serait plutôt un monde d’Hommes où les cuivres sonnent fort, les guitaristes jouent de la Gibson comme du banjo, les deux pieds bien plantés dans le sol, et les chanteurs barbus portent la chemise à carreaux façon viril bûcheron. Pour leur 3ème album L’Art de la fugue, le Dieu des mormons et du western est omniprésent et les références fusent dans tous les sens. On retiendra une bible brandie sur le 1er morceau, leur excellent single Suite Royale (« on dit que pour détruire un homme, il faut lui donner ce qu’il veut ») introduit par une citation du « célèbre philosophe Patrick Bruel », et un grand moment crescendo avec la trompette d’Ennio Morricone. Pour les revoir, ce sera le 24 novembre à l’Alhambra.

Un message préventif plus loin (« protégez vos oreilles ») Féloche fait une entrée remarquée. Au milieu de poteaux à plumes, il déboule la bouche en cœur, roulant des yeux dans tous les sens, sa mandoline électrique en bandoulière et son éclatant sourire en étendard. Féloche, coup de cœur de l’édition 2008, a le privilège de revenir cette année avec un premier album, un enthousiasme intact, et un violon en prime. Excessivement généreux, toujours très original, Féloche harangue le public — et les chamans —, danse, se déguise, et offre son « bayou urbain » comme autant de bulles de bonheur salvatrices. Sa complice Léa est carrément formidable, balançant à la foule sa joie de vivre et son sens du rythme avec un naturel incroyable, se baladant avec aisance d’un instrument improbable à un autre. Résultat des courses, on sourit tellement qu’on en a mal à la mâchoire. Une presta joyeuse et enlevée qui se clôt avec une reprise de Singing in the Rain de circonstance. Le bonheur, c’est communicatif (merci).

L’intervention du PDG de la FNAC, Christophe Cuvillier, est diversement appréciée. Il vient pourtant rappeler l’engagement de la FNAC auprès des artistes indépendants, qu’il a à cœur de faire découvrir à travers ce festival qui leur offre une exposition de premiers choix.

Il en faudrait plus pour déstabiliser Bazbaz qui arrive le pétard à la bouche, très, trèèèsss cool sur des rythmes reggae. Avec son dernier album La Chose, son message est universel et tient en deux mots : la fête, le sexe. Ses textes parlent donc forcément d’amour et son déhanchement lascif comme celui de ses musiciens multiethniques embarquent le parvis de l’hôtel de ville dans une ambiance 100% « peace and love ». Le garçon a probablement abusé de certaines substances et perd le fil au beau milieu de son quatrième morceau (« Ch’ais plus où on est en ? Et vous vous en êtes où ?! »). On se dit alors que le concert va en rester là, pour changer d’avis aussitôt : Camille Bazbaz est un habitué de la scène et se reprend de façon magistrale en enchaînant deux de ses titres les plus connus, Sirènes et Sur le bout de la langue, de vraies bonnes chansons comme on n‘en fait plus. (À la Cigale le 26 novembre)

C’est Arno qui fermera le bal de cette première soirée tendance Indé. Niveau substances, il en connaît un rayon, même si les siennes seraient plutôt du genre liquides. À la fois complètement perdu et complètement présent, Arno se donne et s’abandonne sur scène avec une force et un charisme rare. En anglais, français ou néerlandais, le poète belge passe de la chanson au rock, de la musique orientale au reggae, de l’électro au bal musette avec l’appui de musiciens qu’on entend clairement immenses. La bête de scène à la voix brisée envoie si fort qu’il doit parfois s’asseoir sur sa vieille chaise en bois, sans jamais pourtant s’arrêter de danser. En guise de final, une reprise des Filles du bord de mer (Adamo) rend à Paris son air de province avec, dans le public, comme un sentiment de fraternité. La nuit désormais tombée accompagne en douceur le départ d’Arno et cette fin de journée entre soleil et pluie, rage et tendresse. Infiniment touchant.

Jour 2 — 24 juillet

Le gros coup de cœur du jour a pour nom Arpad Flynn, et il est Stéphanois.
Bienvenue sur le parvis de l’Hôtel de Ville pour cette deuxième journée de festival Fnac Indétendances 2010 qui démarre fort et sous un grand soleil. Gros contraste avec la musique du groupe estampillée « dark », qu’on verrait bien volontiers dans une ambiance de salle obscure, en fin de soirée, après quelques verres. Ça ne semble pas les gêner pourtant, les Arpad Flynn, pour balancer sans complexes leur musique entre new-wave et rock underground, influencée par tout ce qui se fait de bon dans le genre, de Talking Heads à Joy Division, en passant par Sonic Youth, finalement 100% power pop. Et si les titres sont dansants, portés par un clavier et une basse très marqués années 80 (le bassiste a le total look et s’appelle Simon, ça ne s’invente pas), Arpad Flynn tire sa force d’un chanteur hors normes hyper enthousiasmant. Alex, leader en chef, n’a pas seulement la gueule du rockeur crade juste ce qu’il faut (pattes qui descendent bien bas sur les joues, barbe de trois jours, tee-shirt Blonde Redhead), il en est l’incarnation vivante. Habité, parfois en transe, électrique, il hypnotise le public qui ne peut détacher son regard de ce type à la voix bluffante digne d’un Robert Smith à ses débuts. Il faut bien le dire, malgré les annonces lues ici et là, rien ne nous avait préparés à une claque de cette ampleur. À suivre absolument.

Pamela Hute prend la suite et aurait certainement été LA découverte du jour si on ne les connaissait pas déjà. Champions de la cold-wave française, les trois complices aux personnalités fortes et aux prénoms peu communs (Igor, Ernest et Pamela) écument les scènes de France et de Navarre depuis de nombreuses années, livrant un set net et sans bavures, le seul qui puisse vraiment convenir à de tels perfectionnistes. Ernest, gaucher et fan d’Elvis (visez un peu le personnage collé sur sa grosse caisse), est un magicien du rythme malgré une batterie minimaliste. Igor, aux claviers, est l’homme-orchestre surdoué qui rend le bassiste inutile. Quant à Pamela elle-même, bien à l’abri derrière ses lunettes à grosse monture, vous vous rendrez vite compte qu’elle n’est pas du genre à vous mettre une grande claque dans le dos. Niveau musique, en revanche, elle n’a pas son pareil pour ciseler des titres aux mélodies impeccables (Don’t Help Me, Hysterical, Parachute), vous dégoter la guitare qui a le meilleur son (en live c’est impressionnant), ou vous convaincre avec un chant à l’avenant. Après tout, c’est bien ce qu’on lui demande ; sans compter qu’aujourd’hui, on l’a trouvée très en forme.

Place aux Belges de Vismets que le programmateur, Olivier Bas, annonce comme « encore meilleur que Ghinzu et dEUS ». C’est ça garçon, tu as encore fumé la moquette on dirait (on se moque, mais entendons-nous bien : c’est souvent ce dithyrambisme du découvreur qu’on aime, chez lui). Pour une fois on n’est pas d’accord, mais alors, vraiment pas du tout. Certes, il y a bel et bien un air de famille ; ce qui est normal, puisque le chanteur et son frère au clavier sont les cousins de John Stargasm, leader de… Ghinzu justement. Donc. Le même sang coule dans leurs jolies veines et Vismets fait du rock électro ; ils ont même de bons titres, on est d’accord. Mais ensuite ? Quid de la personnalité de la voix du chanteur ? De l’authenticité du projet ? Enfin quoi, sans vouloir faire de procès aux groupes de beaux mecs, la seule chose qui sort véritablement du lot les concernant, c’est simplement cela : une concentration anormale de charmants jeunes hommes au look et à l’attitude savamment étudiée pour faire tomber les minettes ; pari réussi à l’écoute des gloussements dans le public. Cerise sur le gâteau : une désagréable impression ne nous quitte pas devant ce leader qui en fait trop et semble JOUER au mec habité-super-généreux. Pas de chance pour lui, on en avait vu un authentique chez les Arpad Flynn en début de soirée, et la comparaison est sans appel. À part ça, Vismets c’est pas mal quand même, allez. Mais sensationnel, non, vraiment pas.

Pour terminer cette deuxième journée de festival, prière d’enfourcher son vaisseau spatial personnel histoire de changer radicalement de planète. Après trois heures de power pop, rock, new wave, cold wave et rock électro, direction… la chanson française ! On a un peu de mal à comprendre la cohérence de la tête d’affiche avec le reste de la journée, pour tout dire, car le soufflé semble retomber dans le public. Il en convient sans peine, notre JP Nataf national, la voix des Innocents, qui passera son temps à nous demander si nous avons pris notre duvet, ou à s’étonner de nous voir rester jusqu’à la fin de telle chanson (« d’habitude, les gens s’endorment avant »). Elles sont bien jolies pourtant, les chansons de celui que Benjamin Biolay appelle le « Brian Wilson français », si douces, légères et à la fois subtiles, un régal pour les oreilles. On s’en serait volontiers délectées au bord de l’eau, confortablement installé dans un transat, profitant de ses invités comme autant d’amis de passage dans une chaleureuse maison de province, les Mathieu Boogaerts (un vrai pied sur scène), Albin de la Simone ou Mina Tindle. Et particulièrement de Seul Alone , près de dix minutes sur l’album Clair, et qui, on vous demande bien pardon Môsieur Nataf, ne donne pas du tout envie de dormir, mais au contraire, de se balancer de droite et de gauche comme sur un doux rythme de bossa-nova un soir d’été. Alors, si l’on conviendra que le moment n’était peut être pas le mieux choisi et qu’il faut modérer une fois encore les propos du programmateur (« le meilleur album du siècle », rien que ça !), dire simplement qu’on a eu beaucoup de plaisir à ces instants de complicité et de très grande chanson française et qu’en effet, la po(p)ésie délicate du discret JP Nataf, dont la voix est de plus en plus belle, méritait très largement d’être mise en lumière.

Crédits photo : Pascal Boujon

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A noter : le festival se tient jusqu’au 14 août tous les vendredi et samedi, sur le parvis de l’Hôtel de Ville, avec plus de trente artistes à découvrir. Programmation d’Olivier Bas.

Le site du festival : http://www.fnac.com/guides/musique/indetendances/default.asp?NID=-2

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

2 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 12 août 2010
    Julien Vachon a écrit :

    bravo pour ta chronique =) Elle est très vivante.
    J’ai une question, qui était la jeune fille qui dessinait lors du passage de Pamela ?

  2. 2
    le Vendredi 13 août 2010
    isatagada a écrit :

    Merci Julien.
    La jeune fille qui a dessiné à peu près tous les artistes de ce festival est AnneCécile Kovalevsky. Tu peux la retrouver sur son blog : http://arty-few.blogspot.com/

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