Festival des Terre Neuvas

par , Kyra|
Onzième édition pour le festival breton qui arrive à vous programmer les Sex Pistols, Scorpions, Boy George et Adamo le même weekend. À la veille du début des hostilités, nous avons interrogé Didier Guenroc, le directeur et programmateur de l'évènement, pour en apprendre un peu plus sur l'un des derniers festivals organisé et géré entièrement par une équipe composée uniquement de bénévoles.

En quelques mots, est-ce que tu pourrais retracer les grandes lignes de l’histoire du festival ?

bobitlOui, c’est un festival qui est né en 1998, sur un simple pari, à l’angle d’un bar, à une heure pas sérieuse du matin. Au début c’était un simple pari, pour faire, je dirais une fête, un évènement local. Moi je voulais faire un concert rock et mon ami, lui, voulait rendre un hommage aux marins qui avaient pêché la morue au large de Terre Neuve, donc voilà, on a fait ce pari complètement fou et l’évènement a grandi d’années en années pour arriver à ce qu’il est aujourd’hui.

Est-ce que l’équipe initiale est restée inchangée ?

Oui c’est toujours la même. Mon collègue avec qui nous avons créé l’évènement, puis sont venus nous rejoindre le vice-président actuel qui s’appelle Serge Le Métayer, dans les années 2001-2002, ainsi que Pierrick Benoit, qui a été président jusque là, et qui nous a rejoint en 2000.

Et cette association a été créée dans le but de promouvoir le festival ?

Oui, uniquement. Cette association est uniquement créée pour le festival de Terre Neuvas . C’était simplement pour créer un évènement dans notre petit village de 1000 habitants, concrètement, et pour faire vivre notre petit pays.

Sous quel angle s’est faite la programmation de l’édition 2008 ?

Alors la programmation. Entre ce que nous souhaitons au départ et ce qu’il arrive au final, il y a souvent une grande différence. Nous on a toujours une ligne de conduite, c’est d’avoir une programmation la plus large possible, que tous les styles musicaux sans exception (ou tout au moins on évite d’en oublier) soient présents, donc ça va du rock, hard-rock, punk, ska, reggae, à la variété. On assume totalement notre choix de faire de la variété pure et dure. Toutes les couleurs musicales sont présentes à Bobital et c’est toujours notre ligne de conduire. La priorité c’est aussi de faire des choses que vous ne verrez part ailleurs. Venir à Bobital c’est avoir l’assurance de voir des concerts que vous ne verrez nulle part ailleurs, ou des artistes qui ne se produiront nulle part ailleurs.

C’est-à-dire, vous essayez d’avoir des clauses d’exclusivité ?

Non, pas forcément. Mais d’avoir toujours une programmation complètement décalée et jusqu’à maintenant, ça nous a toujours réussi. Alors je dis bien jusqu’à maintenant, nous verrons bien le résultat de cette année, on ne veut pas préjuger du résultat, c’est un petit peu trop tôt.

Et comment se porte la billetterie à quelques jours de l’ouverture ? Est-ce que vous êtes dans les prévisions ?

Pour l’instant, c’est pas trop mal, on a du retard par rapport à l’année dernière, c’est évident mais l’année dernière on avait une programmation tout à fait à part, avec une clientèle de jeunes ados qui couraient à la moindre appellation Tokio Hotel, parce que nous avions ce groupe l’année dernière, mais par rapport aux années d’avant on est sensiblement dans le même tempo.

Est-ce que vous avez un cahier des charges spécial pour l’édition 2008 ? Des choses à éviter ou à faire absolument ?

bobital5Je dirais que l’édition 2008 est tellement riche. on a un vendredi soir complètement hallucinant avec Sinik, Mattafix, The Subways, Déportivo, Bertignac, Cali, Travis, Scorpions . Une programmation complètement folle, de 17h à 3h du matin. Sans oublier Didier Super, Hushpuppies, Massilia Sound System . Une programmation vraiment hallucinante avec en plus des artistes qu’on ne verra nulle part ailleurs, ou quasiment : Travis, 1ère date de sa tournée européenne, c’est chez nous ; Scorpions, 1 date en France ; Mattafix, on ne les verra quasiment nulle part ailleurs ; The Subways, un groupe qui dans un an ou deux sera une tête d’affiche absolument énorme, ce sera leur 1er festival. Je pense qu’on a une programmation, le vendredi, tout à fait époustouflante. Bon évidemment, on ne va pas oublier Cali qui a l’habitude de faire des concerts complètement fous, ou Bertignac et quelques invités autour, qui devrait être un concert dont on se souviendra longtemps.

Et comment est-ce que vous faites pour avoir ce genre d’artistes, comme Scorpions par exemple, qui est venu assez tardivement sur l’affiche et qui se produit une seule fois en France ? Vous jouez uniquement sur l’aspect financier ?

Scorpions c’est un peu à part. Ils étaient déjà venus chez nous il y a 3-4 ans, ils avaient fait un concert d’anthologie qui est resté dans les mémoires, et c’est probablement le plus grand concert qu’on ait jamais vu au festival des Terre Neuvas, contre toute attente d’ailleurs, parce qu’on nous critiquait en disant « Ouais Scorpions c’est has been, etc. » et ils ont fait un show tout à fait époustouflant. Donc en fait, ils ont apprécié l’accueil d’une part, ils ont apprécié l’accueil du public breton -il y avait une ambiance complètement folle ce soir-là – et donc quand on a repris contact avec eux il y a quelques temps, le contact a été immédiat on va dire, et ça a été tout de suite positif. Mais bon là, c’est un one shot, donc concrètement ça engage plein de choses, ils font un aller-retour spécial pour le festival, il y a une logistique absolument énorme parce que le Humanity Tour, la tournée qu’ils sont en train de faire, va passer à travers les Etats Unis, l’Amérique du Sud, l’Asie etc. et là justement, on est en train de discuter avec eux pour alléger la logistique. Mais avec eux, ça se passe très très bien, parce qu’ils nous connaissent, effectivement.

Est-ce que ça a été plus dur que les autres années de boucler l’affiche ?

Oui, absolument. Cette année, c’est une année très très difficile, du fait de la concurrence entre les festivals de début juillet. Comme vous le savez certainement, il y a une pléthore de festivals le premier week-end de juillet, que ce soit en France, en Belgique, en Espagne, au Portugal ou en Angleterre. Donc concrètement aujourd’hui, pour boucler une programmation comme la nôtre, il est important d’avoir 3-4 têtes d’affiche internationales, et ces artistes sont sollicités par 7-8 festivals au minimum, voire une dizaine. Et c’est la surenchère. Aujourd’hui le cachet des artistes, depuis 4 ans, a grimpé d’une façon totalement exponentielle et ça devient très difficile de boucler une programmation à un prix acceptable, pour que le billet soit acceptable ensuite pour les festivaliers.

Comme marge de manoeuvre, vous ne pouvez répercuter que sur le prix du billet ?

Nous sommes en auto-financement à hauteur de 96.5 % et nous sommes subventionnés à hauteur de 3.4%, ce qui n’est pas négligeable, mais c’est peu.

Quelle est la part du cachet des artistes dans le budget ?

Environ 40%.

Quelques chiffres concernant les bénévoles, le nombre de visiteurs attendus ?

Chaque jour, il y a 1265 personnes travaillant sur le festival, bénévolement. C’est une logistique très très lourde. Concernant le nombre de festivaliers, on a fait un prévisionnel à la baisse par rapport à l’an passé parce qu’on avait vraiment battu des records (ndlr : avec la déferlante Tokio Hotel ), mais on pense qu’il va se situer aux environs de 100 000 personnes à peu près, avec notre fameuse fête populaire du dimanche.

Est-ce que les habitants de Bobital ont une bonne image du festival ?

bobital3Pour la majorité, oui. Evidemment il y a quelques mécontents. Il ne faut pas nier l’évidence, ça crée quelques nuisances. Quand on fait arriver plus de 100 000 personnes sur un village de 1000 habitants, c’est une tornade qui passe. Le lundi matin, quand Bobital se réveille, c’est le chaos total. Mais c’est remis en état. Le festival, pour Bobital, c’est 10 jours en dehors du temps. Les gens vivent complètement décalés, c’est un endroit de fête. La marque de fabrique du festival des Terre Neuvas c’est d’abord et avant tout pour faire la fête. Nous sommes là évidemment pour voir des grands groupes, des groupes qu’on ne voit nulle part ailleurs, mais surtout pour faire la fête, parce qu’on a tous nos emmerdes les uns et les autres, et là pendant 3 jours on prend nos emmerdes, on les pose à l’entrée du site et on fait la teuf.

Et toi, est-ce que tu arrives à faire la fête pendant ces 3 jours ?

Non, on ne fait pas la fête, du moins le noyau dur de l’équipe organisatrice, parce qu’il faut avoir l’esprit clair pour répondre à un million de problèmes. Mais ça c’est normal, c’est logique, c’est pareil pour tous les organisateurs.

C’est quoi ton moment préféré ? Avant, pendant ou après le festival ?

En règle générale, mon moment préféré c’est le jeudi soir, juste avant, quand le site est monté, quand on fait les essais lumière vers 23h30-minuit. C’est un moment magique, parce que c’est déjà l’aboutissement de 3 semaines de montage. Il faut savoir que nous partons d’un champ, où il y a des vaches habituellement, et il n’y a aucune logistique autour de nous. Aucune ville ne peut nous aider. Concrètement nous ne pouvons compter que sur nos petits bras. Et c’est toujours aussi bluffant de voir des jeunes qui traversent la Bretagne pour venir travailler gratuitement, uniquement pour le fun, et c’est magique quand tout marche, tout fonctionne le jeudi soir. On est peut-être 200 personnes au moment des essais lumière, sur un site de 20 hectares, et c’est toujours un moment bluffant. C’est aussi le moment où on idéalise ce qui va se passer dans les jours à venir. On espère toujours des concerts extraordinaires, des moments de surprise, des artistes qui se dépassent, d’autres qui se gauffrent, mais c’est rare, les artistes sont tellement bluffés quand ils arrivent qu’ils mouillent le maillot.

A partir de quoi, tu pourras dire que le festival aura été réussi ?

Déjà, qu’on arrive à un équilibre, financièrement. Si on gagne un peu d’argent, ce serait très bien, même si nous, on fait ça avant tout pour le plaisir. Ensuite, qu’il y ait des grands moments, des moments de partage, d’émotion. Je sais qu’il va y avoir pas mal de boeufs, des guests sont invités et vont peut-être venir, on n’en sait rien, plusieurs surprises sont en train de se préparer pour le festival, dont le vendredi soir, il est probable qu’il y ait une sacrée surprise, maintenant on n’en parlera pas plus. Le vendredi soir est tellement époustouflant, il le sera peut-être un peu plus ; le samedi soir, il y aura des moments de folie complètement ahurissants, des moments de délire comme on se paye à Bobital avec Michael Youn, on ne sait pas ce qu’il va se passer, on sait qu’il y aura plusieurs invités, on verra. Il faut qu’il y ait de l’imprévu et c’est tant mieux. Et c’est ça qu’on aime. Il y aura enfin un moment complètement fou, c’est le dimanche soir, quand les Sex Pistols vont arriver sur scène. C’est un monument de la musique mondial. Les Sex Pistols, c’est une tournée mondiale, 25 pays qui vont être visités, une date en France, c’est Bobital . Et les Sex Pistols qui se sont extrêmement peu produits en France, vont être là pour un one shot . Ca va être époustouflant, quand on sait qu’ils viennent de faire un concert renversant, et le mot est pesé, à l ‘île de Wight, il y a 15 jours avec Police, où ils ont littéralement bouffé Police sur scène. Ils ont mis tout le monde d’accord. La presse a plébiscité leur concert, c’est impressionnant, ils ont gardé une patate, une hargne sur scène, et le Johnny Rotten est toujours aussi fou. Donc on sait qu’on va avoir de sacrées surprises ce soir-là.

Tu peux présenter en quelques mots le concept de Art’n Zik ?

bobital2C’est là aussi une création, une première en France. On a fait une très très grande arène, qui peut accueillir plus de 4500 personnes, et là vont se succéder tout au long de l’après-midi des artistes de l’art de rue, et à partir de 22 heures jusqu’à 4 heures du matin, ça va être une boîte de nuit géante où va se produire une pléthore de DJ et aussi de nombreux artistes qui vont faire des bootlegs, avec les DJ présents ( DJ Moule, Missil .). Cette arène musicale va être l’un des plus gros succès de l’édition 2008 du festival, c’est quasi certain.

Et pour organiser tout ça, vous y êtes sûrement toute l’année, non ?

Non, ce n’est pas mon métier, je suis comme tout le monde, bénévole. En fait sur un évènement de cette taille, je dirais que nous sommes bénévoles à plein temps.

C’est quand même assez étonnant, parce que d’autres festivals de la même taille ont quelques personnes à plein temps sur l’année.

Oui, il faut reconnaître que nous sommes un OVNI dans le paysage des festivals français, d’ailleurs, nous sommes le dernier des Mohicans à travailler de cette façon-là, c’est évident. Moi très clairement, j’ai le souhait de créer un ou deux postes à l’année parce que là concrètement, le festival est arrivé à une taille où ça devient démentiel de tout gérer bénévolement, mais aujourd’hui c’est encore le cas, et c’est tant mieux. Espérons qu’on vive encore 4-5 années pour avoir quelques personnes à embaucher pour pérenniser l’évènement.

C’est ce qu’on vous souhaite de tout coeur. Dernière question : qu’est-ce que tu aimerais que le festivalier retienne au bout de ces 3 jours ?

Qu’il ait passé 3 jours en dehors du temps, 3 jours inoubliables, 3 jours de fête comme on en vit peu, en ce moment avec toutes nos emmerdes. 3 jours de fête, je crois que c’est notre leitmotiv.

En tout cas ça donne envie d’y être. Merci !

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Festival Terra Neuvas à Bobital (Côtes d’Armor) – Du 4 au 6 juillet.

Site officiel: http://www.festival-terre-neuvas.com/

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Image de : Fondateur de Discordance.

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