Festival des Inrocks – Hockey, Fredo Viola, Dan Black…

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La soirée oscille entre atmosphères calmes, enveloppantes et mignonnes, et moments un peu plus mordants. Mélanges harmonieux ravissants ou égarés pour les uns, attaques plus agressives et charismatiques pour les autres, ou scène impressionnante et dévorante...Tableau des richesses comme des déséquilibres.

À la Cigale, Paris, 5 novembre 2009

The Irrepressibles

the-irresponsibles-tck-tck-tck-la-cigale-05-11-09-2La grande cérémonie commence sur des notes qui resteront perdues dans l’espace. Harmonieuse, bien sûr, jolie, aussi, cette façon de planer à 300 kilomètres d’altitude ne permet malheureusement pas de faire vibrer le public. On manque un tant soit peu de matière, de brins plus corporels auxquels se rattacher. Sur le mode de la caricature et du grotesque au théâtre, The Irrepressibles poussent leur univers à l’extrême. Costumes stupéfiants et accessoires incongrus sur les têtes, visages décomposés par l’émotion et le larmoyant, chorégraphie étonnante où les corps se meuvent très lentement le long des sons…Doit-on rire ou pleurer ? Est-ce une farce, est-ce une moquerie, est-ce au contraire une tragédie dans laquelle ils s’investissent jusqu’au bout ? L’intention n’est pas claire, et le résultat encore moins.

Cette scène de théâtre absurde, mélangeant les arts d’aujourd’hui et d’hier, n’est parfois portée que par des corps fébriles un peu vacillants, des plumeaux immenses jetés en l’air, des jeux de scène étranges – donner des petits coups d’ongle incisifs sur les cordes d’une guitare comme un Dom Juan irrésistible, remonter et descendre très lentement le long du micro en susurrant des paroles…Le comble de la sensualité… Ou du ridicule ? Et on a le temps, de se concentrer sur le visuel, oh qu’on a le temps… Il passe si lentement, ou il ne passe plus ? Arrêté dans les trémolos et les envolées suraigües de la voix, des flûtes et des violons éternels…Quand même bien brumeuse, cette jolie coquetterie laisse perplexe et incertain.

Dan Black

dan-black-tck-tck-tck-la-cigale-05-11-09-8Une petite dose d’électro-rock entraînante ne fait pas de mal. La chose ne provoque pas d’extase inconditionnée, loin de là, mais elle est agréable. Voix aigüe incisive, beaucoup de charme, on est heureux de retrouver une part de The Servant  par ici. Quelques étonnements et petits grains suaves pour des musiciens qui ont un bon sens du rythme et des basses. Dan Black provoque le public d’un son nourri au dancefloor et cherche à mener la danse, de son visage peint de gourou, le corps presque en transe.

Vibrant avec quelques détails lumineux : comme ces paroles,  » Passive aggressive / A daily routine / Now you pollute / Even my dreams  » ( Yours ), toute fragile et suraigüe, que le chanteur prend dans ses mains sur sa voix si tendre et fébrile à cet instant. Il sait mettre un point final aux hostilités par un titre qui n’est pas le plus profond, mais inéluctablement entraînant. Il invite le public à applaudir et ça marche très bien, malgré quelques petites notes discrètes et ratées, quelques jets de distorsion pas très solides, quelques moments de voix un tout petit peu paresseux ou essoufflés…Essoufflement foutrement sensuel cela dit.

Fredo Viola

fredo-viola-tck-tck-tck-la-cigale-05-11-09-3Fagotés comme de vieux bûcherons, Fredo Viola et ses musiciens proposent un univers qui a l’audace de l’originalité. Cela manque parfois un peu de puissance, d’énergie, c’est parfois trop aigu et trop aérien, et les instruments mal réglés pour certains ne participent pas à la fête. C’est malgré tout une parenthèse agréable et étonnante. La prestation se teinte d’un bric-à-brac loufoque d’instruments amusants et s’envole à travers les cultures : couleurs quasi-asiatiques, hindoues, méditatives par moments, sonorités celtes ou angéliques presque religieuses…Convoquant l’esprit d’ouverture d’un John Lennon, on nous propose un travail méticuleux du son. La grosse caisse se fait parfois primitive. La voix devient grave et profonde autant qu’enthousiaste et criarde, vrombissant des onomatopées chantantes qui poussent vers des tumultes qui s’emportent… Et comme des Indiens autour du feu, on se sentirait presque les pieds enracinés dans la terre sur des battements lourds et répétitifs, happés par des chants aériens qui monteraient petit à petit vers les dieux.

L’univers flottant de Fredo Viola nous propose une sonorité arabe par ici, un son folk un peu métallique par là, un air animal de folklore, avant un timbre de voix grave digne des crooners américains des 50′s…Et puis un ensemble de voix profondes et farfelues comme dans un dessin animé, avant la venue d’un mini-piano qui se tient dans la poche, et des  » toum toum pi dou  » innocents et mignonnets. Leurs visages sont pris par leurs voix, émerveillés et transformés. Un petit bain d’humanité agréable, sans être incroyable, qui prend fin sur une chanson si triste qu’on perd un peu de nos plumes.

Zak Laughed

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Il faut le dire, les musiciens qui accompagnent le petit génie avorté s’en sortent à peu près, malgré l’ennui de ce qu’ils ont à jouer. Le batteur déchaîne ses immenses bouclettes, le guitariste sait sortir quelques jolies sonorités de son cher instrument. Le plus supportable, presque pas mal, ça reste quand Zak  se cantonne à ses petites chansonnettes mélancoliques, sans chercher surtout ni de puissance, ni de haut voltage, ni de montées dans les aigües… auquel cas c’est le drame. Le papa présumé prend une photo sur le côté de la scène, Zak  ose une avancée quasi-héroïque jusqu’au bord de la scène en risquant l’emmêlement dans les fils et il s’en sort, une rupture de rythme a lieu et Zak se retourne. Et puis l’on note la réplique de la soirée : un énergumène débilitant balance  » la fosse, il faut se sortir les doigts du cul « , et Zak répond avec élégance :  » merci « . Félicitations.

Hockey

hockey-tck-tck-tck-la-cigale-05-11-09-3C’est sans conteste le très fort remontant de la soirée. Soutenu par un bassiste excellent, ultra efficace et talentueux, le jeune chanteur de la troupe peut faire tranquillement exploser son charisme naturel, sa façon très rock’n'roll d’être de la pointe de sa coiffure aux pointes de ses chaussures. Voix assez légère, mais jolie et incisive, il navigue à l’aise entre les rythmes et les syncopes, les intonations graves et plus aigües, scandant son chant avec caractère et nonchalance. Électrifiant. De jolies notes funky enthousiasment l’ensemble et s’amusent avec les mesures, provoquant l’envie fulgurante de bouger son popotin et de crier à en crever les tympans, côté petites groupies… Ou serait-ce cette façon qu’a le chanteur de porter sa petite gueule mignonne de mini rock star et de se délecter de la scène ?

Habité d’une solide énergie, il déploie ses notes avec charisme, sauvage, mais coquet. Il a l’élégance dirty et croit autant au rock’n'roll que son bassiste, qui monte et descend son manche de façon orgasmique. Les rythmes essoufflés sont respectés à la lettre, le tout est précis et juste comme un jet de flèche saisissant. Batteur sans faille, tambourin qui se balance, chanteur qui exorcise régulièrement ses démons sur la batterie pour doubler l’orgie en créant quelques moments jubilatoires et frénétiques, rappels bien maîtrisés, remerciements ultra sincères pour le public, le tout associé aux cris féminins : un beau cocktail simple, mais bien brûlant.

Crédits photo : http://www.nicolasbrunet.fr/

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The Irrepressibles : http://www.myspace.com/theirrepressibles
Dan Black : http://www.myspace.com/danblacksound
Fredo Viola : http://www.myspace.com/fredoviola
Zak Laughed : http://www.myspace.com/zaklaughed
Hockey : http://www.myspace.com/hockey

A lire sur Discordance : [Interview de Hockey->1176] (2009)

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 12 novembre 2009
    Martin.B a écrit :

    A propos du commentaire sur le concert de Zach Laughed :
    -Céline Escouteloup écrit :
    « …des impossibilités à proposer quelque chose de décent musicalement, et à communiquer avec son public. Il fallait s’y attendre… »
    Ce qui prouve bien qu’elle n’avait aucun a priori !
    c’est juste triste
    Si vous voulez juger sur piéces et constater le manque de « décence musicale » d’un garçon de 15 ans
    qui a déja derrière lui une quarantaine de chansons, paroles et musique, c’est par là :
    http://liveweb.arte.tv/fr/video/Zak_Laughed_au_festival_des_Inrocks_TckTckTck/

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