Festival des Artefacts

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Chronique de la deuxième soirée du festival des Artefacts de Strasbourg, sorte de mix « festif-ethnique-alternatif » composée uniquement de têtes d’affiche, et de qualité : Babylon Circus, Assassin, Wampas, Dub Inc, La Rue Ketanou, et Ska-P.

Arrivée au Zénith, la récente salle de concert de Strasbourg et plus grande de France, qui ressemble à s’y méprendre au nouveau QG de Raël, à l’heure du premier concert. Mais il faudra une heure d’attente devant la soucoupe volante orange pour accéder au site. Une heure entre un groupe de joyeux Vosgiens virils, un mec à TOC « pec pec pec sprr sprr », des ados à dreads tournant à la vodka orange, tout ça sur fond de bâbord/tribord et sous le cagnard. Trop tard pour Babylon Circus .

artefacts-assassin Assassin donc, introduit par une prophétie orageuse : « Même planète, même système, mêmes guerriers, nouvelle mission ». Représentants d’un hip-hop à cagoule efficace et cohérent, ces survivants des temps modernes distillent leur colère froide contre les démocraties fascistes, la déforestation, le sort de l’Afrique, l’esclavage, et même le tumulte autour d’Obama. Le mot-phare : Résiste . Lundi 28 avril, nouvel album de ces témoins de la Gangsta Life, Confessions d’un enfant du siècle – vol.2, avec une chanson interprétée en exclusivité sur les favelas brésiliennes. Ceux qui célèbrent l’homme et l’homme libre avant tout repartent en tournée et nous ont promis d’être partout.

Avec Didier Wampas, l’ambiance dans la fosse change radicalement : WAMPAS en lettres dorées, le pimpant Didier arrive sur sa scène Las Vegas. Pour l’occasion il improvise une chanson : « Le samedi à Strasbourg vous fait rêver à l’amourrrrrrrrr ». Et puis quand Didier chante l’amour en T-Shirt F*** the Boys et en moule-bite disco-time, ça mouille sévère dans la fosse : « Je vais t’écrire la plus belle chanson d’amour que l’on n’ait jamais écrite sur la planète pour que tu m’aimes toujours » Quelques morceaux de son nouvel album, Persistance rétinienne, mais aussi les grands classiques qui ont fait connaître les Wampas : Rimini – particulièrement appréciée en Alsace, comprendra qui pourra – , Manu Chao, Les bottes rouges, Ce soir c’est Noël . Et puis Petite fille, que toutes rêvent de se faire murmurer à l’oreille, l’occasion pour Didier de faire une grande boum sur scène avec toutes ses copines du public, toutes prêtes à s’abreuver de sa sueur divine. En ce qui me concerne, une bière offerte par un mec bourré avec une grande claque de pote dans le dos – ce soir c’est rock’n roll, pas pour les tapettes, comme avec cette cette 131e reprise de Comme d’habitude, version rock tout à fond. Le public adhère totalement à ce clown à l’air sérieux perché sur ses caisses ou slamant dans la fosse sur sa chaise. Vautré sur une groupie de compétition venue se trémousser sur scène, Didier Wampas est définitivement le roi. On retiendra aussi le meilleur T-Shirt du stand merch : « Georges Marchais, reviens ! Les Wampas ».

p1020472Face à 10 000 citoyens du monde, Dub Incorporation fait son entrée, pour un concert défouloir. Diversité, humanité, sincérité, responsabilité, solidarité composent leur message : Dépasser ses ennemis, avancer ensemble. Une dub qui s’apprécie debout, la main s’adaptant aux bam-bam du rythme, les chanteurs réclamant les jambes, la voix mais aussi le tempo du public. La fête furieuse sur un My freestyle d’anthologie, leur quasi marque de fabrique. Ils dédient leurs morceaux et l’esprit de leur musique aux femmes, à l’Afrique, à tous les jeunes qui se battent, à tous ceux qui perdent leurs acquis ; tous les galériens de la salle ont les mains en l’air. T. fait l’avion-l’avion-l’avion, transporté par l’esprit de Dub Inc comme toute la salle, en véritable harmonie. Une ambiance de communion, dans une odeur de tarpé et d’humidité (au moins 74°C dans la salle), à son paroxysme pendant le jump collectif sur Murderer . Après un hommage à la musique jamaïcaine, ils finissent en apothéose sur Rude Boy .

Les cigales de la Rue Kétanou sont de retour avec leur nouvel album, A Contresens . Bercé par l’accordéon, se croyant dans un champ un soir d’été entre amis, un public kétoutaeux à la Rue Kétanou . « Les chansons n’appartiennent qu’à ceux qui les laissent s’envoyager » clament les trois troubadours à l’accent chantant dans Impossible. Le public se régale des morceaux à succès de ces saltimbanques de place publique, Les Tontons, Les Maisons, Sao Loucas, mais aussi leurs nouvelles compositions, Elle est belle : « Vas-y, vas-y voir comme la vie est belle, il suffisait, d’oser. de l’embrasser. d’y penser. de regarder. ». Un concert qui s’écoute le sourire aux lèvres, les bras en l’air et les yeux et l’esprit grands ouverts d’optimisme, devant cette célébration de l’amour, de la vie bohême, de la vie comme on l’aime, de la beauté du geste. « Prenons la vie comme elle vient parce que de toute façon on s’en sortira pas vivant. ». Ou encore Maître Corbeau, fable sur le partage des richesses et les luttes sociales, dans le contexte tout particulier des déboires des employés de Caterpillar. Les gens sont heureux, dansent seul ou à deux, ravis de voir Babylon Circus invité sur scène avec leurs cuivres pour Les Cigales . Et yop ! Et surtout « C’est bien d’aller voir les têtes d’affiche mais n’oubliez jamais de vous laissez surprendre. ».

tetiere-festival-des-artefaPlace aux très attendus punks espagnols Ska-P : débardeur des Clash, autocollant Euskadi, convictions bien ancrées, ce groupe mythique séduit des fans de tout âge par son énergie, sa folie, son plaisir à jouer et à faire partager leur message. En choeur, la foule en délire entonne leurs hymnes fédérateurs, nage le crawl dans l’air, transporté par leur lutte contre l’Oncle Sam, les dérives de Guantanamo, la situation en Amérique latine, et la religion, l’autre ennemi à abattre avec le capitalisme. Un show dans la grande tradition de la théâtralisation hispanique qui dénonce toute forme d’autoritarisme et de négation des droits humains comme ils le font depuis des années, avec toujours ce côté entraînant et galvanisant. Et c’est toujours aussi bon de hurler en riant sur Legalizacion, parce qu’on est tous un peu les racailles de nos pays respectifs. Un super show, « des mecs géniaux » pour mon voisin, qui te donnent envie de te jeter à corps perdu dans la révolution et la sangria.

Au final une soirée qui finit en explosion. Une soirée qui donne envie de tout réécouter, pour la quinzième fois du mois, parce qu’aucun de ces groupes n’est un groupe Kleenex et qu’ils sont là pour nous rappeler un moment, un état d’esprit, des responsabilités, et que la vie est quand même vachement jolie.

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A propos de l'auteur

Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 6 mai 2009
    Lovyves a écrit :

    Raël à un nouveau QG ?
    Merci pour l’info.
    A moins que …

  2. 2
    le Jeudi 7 mai 2009
    Raelian Pilou a écrit :

    Non, Raël n’a pas de nouveau QG, il est SDF, comme quoi tout le pognon que soi-disant il pique à ses adeptes, ne lui permet pas de vivre décemment…

  3. 3
    le Vendredi 8 mai 2009
    Etalaure a écrit :

    Très belle chronique qui me fait définitivement regretter de ne pas avoir pu être de la partie (sold out, pfff) …

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