Festival de la Meuh Folle – Jour 2 : Ce n’est pas le moment de lâcher ! | Capra | Alès (06.04.2013)

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Vendredi soir, on aurait été tentés de dire "il pleut comme une vache qui pisse !". Il faut souligner que la météo n'a vraiment pas été clémente cette année, il fallait être sincèrement motivés pour oser poser sa tente dans les pelouses du parc des expositions de Méjannes-lès-Alès. En tous cas, après un vendredi assez calme en terme d'affluence, le samedi soir n'a pas réussi à faire basculer la balance du bon côté. Loin de la barre des 4000 festivaliers annuels (3 200 personnes cette année), une partie de l'anniversaire de la Meuh Folle gardera un goût amer. Tâchons de laisser à l'écart cette déception pour se concentrer sur le coeur-même de la soirée : les concerts, la musique et cette putain de bonne humeur qui a perduré encore cette année durant le festival.

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La Meuh Folle avait mis les petits plats dans les grands pour bichonner ses festivaliers/campeurs cette année avant que la seconde soirée ne batte son plein. Malheureusement, les caprices de la météo auront obligé les organisateurs à annuler les concerts gratuits prévus en plein air sur le camping pendant l’après-midi. A défaut, mais avec brio, c’est en mode sound system que reggae, dub, ragga et jungle ont insufflé les bonnes vibrations aux rescapés restés en extérieur. Mais motivé comme jamais, tout ce beau monde n’aura guère mis de temps à investir la partie intérieure du Capra dès le début des hostilités. En ce samedi, ce sont des groupes sur leur lancée (Scarecrow, Biga*Ranx) et confirmés (Eiffel, HK & les Saltimbanks) qui ont accepté la mission de foutre un joyeux bordel dans le parc des expos.

Scarecrow : « la vache la première au pré, lèche toute la rosée »

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Dans cette mouvance de fraîcheur depuis deux jours, nul ne sert de courir, il faut savoir partir à point. Cependant beaucoup ratent les premières parties de festival et, cette fois, la première claque de la soirée est arrivée très tôt. On s’y attendait un peu, nous suivons depuis quelques temps ces jeunes pousses toulousaines qui jonglent entre blues, rap et hip hop. Scarecrow c’est comme cette rosée du matin, unique, que seuls les plus matinaux pourront apercevoir. Lorsqu’on dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est presque vrai : ceux qui auront raté la première partie de ce samedi soir seront passés à côté d’une bien belle découverte : des embardées blues à la démence des scratchs du DJ, Scarecrow a réalisé un show maîtrisé de bout en bout avec une liberté musicale affirmée. Ballotté entre les différences de rythmes, de styles de chants et des compos entraînantes, un gros +1 à Scarecrow qui n’aura pas contredit tout le bien que l’on pensait d’eux !

Eiffel : « ce n’est pas la vache qui beugle le plus fort qui a le plus de lait »

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Dans le vaste troupeau de la Meuh Folle, s’il y avait un cow-boy prêt à dégainer, c’était bel et bien Romain Humeau (Eiffel). Goutte à goutte on emplit la cuve, et ça, nombreux l’ont compris : la foule s’est amassée rapidement au niveau des crash barrières pour assister à la démonstration d’Eiffel. Les balles ont directement décroché la cible en balançant les hits du moment, issus de leur dernier album « Foule Monstre » (2012). Place de mon Coeur en ouverture, des gros tracks qui ont tourné en boucle ces derniers mois (Libre, Le Même Train) avant de revenir à des réalisations plus anciennes (Il Pleut des Cordes, Dispersé, Sombre) mais qui emballent le public. Eiffel sait ce qu’il a à faire, sa perf’ musicale est propre, vascillant entre rock, pop et acoustique, et l’objectif est à présent de faire rentrer le troupeau au bercail. Les vaches s’activent, bougeottent, se posent, se réveillent à nouveau. Romain aura essayé, à plusieurs reprises, mais les vaches sont bien sages : elles ne le suivent pas forcément, se dispersent avec une humeur changeante. Bonne réception sur A Tout Moment la Rue, où Romain a réussi à faire assoir la totalité du troupeau… Foule Monstre ou Hype donna bien un coup de fouet, mais il n’aura pas provoqué l’effet escompté. Ou du moins un peu en dessous du désiré.

Biga*Ranx : « il est comme une vache au printemps »

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La séquence rock passée, place à présent à la troupe du blanc bec qui s’affirme comme être la relève du reggae français, Biga*Ranx. Ce dernier, sorcier comme une vache, ne fait pas d’entourloupe et n’a pas de volonté d’embobiner : c’est un son à l’ancienne, brut de décoffrage, reprenant la base même du reggae pour vous balancer un bon coup de pied en vache. La sorcellerie n’est pas utile ici, le reggae se mêle aux guitares, la basse prend le pouvoir et agit sans ménagement : les vaches tournent en rond, tapent des pieds par terre, certaines se mettent même à slamer… Inutile de souligner que Biga*Ranx a réalisé là une des perf’ les plus remarquées de ces deux soirées. Personne ne rumine, la quasi-totalité du troupeau s’amasse contre les grilles et se laisse embarquer par les flows dévastateurs des tracks incontournables (It’s a Shame, Gipsy Rock, Brigante Life). Un gros bordel généralisé qui a fait présager un final de feu avec les saltimbanks d’Hk.

Hk & les Saltimbanks : « c’est la vache qui fait vivre les Dieux, la vache qui fait les hommes : la vache, c’est tout ce qui est, tout ce qui regarde le soleil »

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La vache est en chacun de nous : après avoir assisté à un concert de Hk & les Saltimbanks, les histoires racontées ici donnent du sens à l’existence. Là où Hk s’entête de répéter que l’on est tous des Citoyens du Monde, l’espoir est le maître mot de cette quête des libertés (Toute mon vie). D’un message de bienvenue (Salam Alaykoum) à bras ouverts, on pourrait finalement se dire que Tout Va Bien même « s’ils ont construit un monde de blasés » (Passer ma vie). Et ce ne sont pas nos rêves qui doivent être en berne, il suffit d’y ajouter une bonne couche de dérision pour appuyer là où ça fait mal (Niquons la Planète). La chanson française festive aux multiples influences de Hk et les Saltimbanks est toujours aussi rafraîchissante : des Temps Modernes à la crise identitaire, l’étendard des revendications est brandi, plus haut que jamais : « choisi ton camp camarade » (C’est la Guerre), non ce n’est pas encore fini ! Et ce n’est pas la reprise d’Amsterdam (Jacques Brel) qui viendra altérer l’ambiance générale : même si les alésiens se sont trompés de refrain au moment de chanter à l’unisson, impossible de ne pas rendre un ultime hommage à Stéphane Hessel, « indignez-vous ! », à travers une compo à vous faire hérisser le poil… Ce qui est incontestable, c’est que les vaches ne risquaient pas de s’éparpiller avec Hk & les Saltimbanks où un dernier appel à résistance fut lancé avant de se dire au revoir : « on lâche rien, oui, on lâche rien ! ».

Nous savons tous que c’est lorsque que la foire est finie que l’on compte les bouses… L’heure du bilan va sonner et il va falloir s’en relever. L’arrivée des bénévoles aux côtés d’Hk sur On Lâche Rien a presque tourné au symbole, comme une sensation bizarre qui reste en tête.
« On lâche rien », c’est ce qui fait que le festival ait pu un jour fêter dix éditions à son actif.
« On lâche rien », c’est pour dire que la Meuh Folle est devenue un rendez-vous indispensable dans le pauvre paysage culturel alésien.
« On lâche rien », c’est pour se dire aussi qu’il y a eu deux jours de fête, d’ambiance et de concerts bougrement réussis.
« On lâche rien », c’est pour pouvoir réellement se dire « à l’année prochaine ! ».

Samedi 6 avril 2013, Jour 2, Festival la Meuh Folle à Alès (30). Crédits photos Olivier Audouy et Cédric Oberlin.

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: Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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