Felipecha

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Il était une fois une petite fée aux yeux bleu ciel. Aérienne et volage, elle fit la rencontre d'un centaure au regard brûlant et fougueux. Rejoint par un sympathique trio de lutins aux mains bénies par la musique, notre couple amena alors sur le devant de la scène un nouvel enfant prodige. Il était une fois Félipecha .

3100844698_737fa88536C’est au Zèbre de Belleville que le groupe se présentait le 9 décembre dernier. La salle aux allures de chapiteau de cirque, la voix cristalline de la belle Charlotte, les murmures chauds de Felipe ou la douce folie qui entraine le contrebassiste dans une danse folle avec son instrument, tout ici est propice à l’évasion, entre la forêt de Brocéliande et le club jazz des années trente.

Inhabituelle comme comparaison ? Sûrement, mais il faut dire que Félipecha n’est pas vraiment le genre de groupe « habituel ». Déjà est-ce un duo ou un groupe ? Mené par le couple de Felipe et Charlotte, les trois autres musiciens sont pourtant bien considérés comme des membres à part entière du groupe. Il faut dire que question casting on frôle le génie : Manuel, Filipe et Franck, le trio qui ensorcelait les instruments.

Le fond tourne autour de la chanson française, mais la présence incroyable de Manuel Armstrong arrive toujours au bon moment pour relever un caractère rock sous des accords démoniaques. Les yeux fermés, terminant chaque chanson par l’un de ces solos qui donne l’impression qu’il va rendre l’âme à force de gratter sa guitare avec autant de vitesse et de force, il n’y a pas de doutes, le bien ne suffit plus, on demande de l’excellent ! Le public reste alors totalement hypnotisé par ce guitariste qui donne à chaque corde pincée, frottée, grattée ou tapée, une touche discrète mais toujours parfaite.

De l’autre côté de la scène, on change d’instrument mais on ne baisse pas le niveau : Filipe Monteiro joue lui avec une grosse mais noble dame. De par sa taille la contrebasse fait partie de ces bijoux qui impressionnent, mais manipulée avec autant de talent ça en devient ahurissant. Tout aussi transcendé que son collègue, Filipe ne peut s’empêcher de danser comme un fou, tout en jouant, amenant son instrument dans des inclinaisons très prononcées. Ses doigts virevoltent et chatouillent les grosses cordes métalliques qui résonnent comme un rire grave derrière les accords plus aigüe de la guitare. Collée à la petite scène je sens ses vibrations se répercuter dans tout mon corps, laissant s’exalter les ondes par ma peau qui en a la chaire de poule.

3100848342_937039b73bPlacé entre ces deux magiciens et le couple qui occupe le devant de la scène, on en oublierait presque notre dernier lutin caché derrière sa batterie. S’amusant comme un enfant, Franck Amand se permet de faire tourner ses baguettes comme des bâtons de majorette durant les quarts de seconde où il ne martèle pas ses tambours ou ses cymbales.

Et enfin, parce qu’ils sont quand même le coeur de ce groupe, Felipe et Charlotte derrière leurs micros, incroyables de fraicheur et d’une joie très communicative. C’est avec La petite Sibérie que nos artistes entament le concert. Jolie mélancolie dans ce chant où l’opaline de la voix de Charlotte se frotte aux notes graves des interventions de Felipe . Mais le monopole du chant n’est pas toujours réservé à notre demoiselle comme Le matin du caféFelipe nous raconte cette fois-ci, toujours accompagné de sa guitare sèche, un rêve sensuel et tactile.

Les chansons s’enchainent avec fluidité, entre petites boutades et anecdotes coquines, les blancs n’existent pas et on sent que le public apprécie. Nos compères s’offrent même deux reprises qui trouvent un nouveau charme par le douceur de la voix de Charlotte et l’instrumentation excellente qui l’accompagne : Le vent nous portera de Noir Désir et Perfect Day de Lou Reed . Les dédicaces seront d’ailleurs nombreuses ce soir-là, laissant entendre qu’une partie du public est réellement composée de proches de notre couple, mais tant mieux après tout.

C’est donc sur un nuage que je sors du Zoo de Belleville ce soir-là, pleine de magie, de musique, de rires et de joie de vivre. Rien à ajouter, c’était tout simplement du domaine du merveilleux.

Set List : La petite Sibérie, Le plancher des cieux, le matin du café, Neige, Le vent nous portera, La victoire de Samothrace, De fil en aiguille, J’aime dormir, Flame, Qu’en restera-t-il ?, Juanita, Quelque part, Intra muros, Je pars, Perfect day, Larme, Un petit peu d’air.

Crédits Photos: Mathias Lamamy

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

3 commentaires

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  1. 1
    VIOLHAINE
    le Mercredi 7 janvier 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Et on avait pu entendre la douce voix de Charlotte auparavant dans CLOVER…

    http://www.discordance.fr/Clover.html

  2. 2
    le Dimanche 1 février 2009
    Spei a écrit :

    Je suis tombé sous le charme de ce duo devenu groupe.
    J’ai trouvé leur prestation au Zèbre assez magique et sincère.
    J’avais écris une petite note à l’époque http://www.speigallery.com/post/2008/12/11/Et-ici-est-ailleurs

  3. 3
    le Lundi 2 février 2009
    nico a écrit :

    Ahh Charlotte ! Découvert avec Wax Tailor, j’ai adoré la (re) découvrir avec Felipecha au Bataclan en première partie de Brisa Roché.

    Je me permets de mettre mes photos que javais prise alors :

    http://www.flickr.com/photos/nicolasbrunet/sets/72157604693422760/

    (ca me semble bien loin tout ca…).

    Vivement Vendredi prochain : Felipecha à Massy en premiere partie de Cali. Woohoo.

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