Feist – Metals : Un album sauvage et pur

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Il serait tellement facile –et tellement drôle aussi - d’intituler cette chronique « Feist-ival de douceur », ou « Feist-atique album ! ». Seulement voilà, pas envie de manquer de classe pour introduire une chronique sur un album aussi classieux que Metals, le dernier Feist.

Image de Feist - Metals Cet album, disons-le d’emblée, est largement à la hauteur des précédents : c’est tout simplement beau. Une folk gracieuse qui oscille perpétuellement entre légèreté et profondeur, mais qui reste toujours d’une douceur enveloppante. La Feist de Let It Die et de The Reminder, ses deux précédents albums, excellait dans l’art de la musique délicate et ténue ; c’est toujours le cas ici, mais la Feist d’aujourd’hui a évolué. On assiste, à l’écoute de cet album, à une montée en puissance générale, tant dans l’utilisation de la voix, le crescendo des mélodies, que dans l’orchestration. Et on le note dès le premier morceau.

Il y a d’abord des accents un peu celtes, voire irish, pour The Bad In Each Other, (comme d’ailleurs pour Caught In A Long Wind). Puis, les cordes se mêlent à une explosion de cuivres, dans une montée en puissance progressive, pour un morceau qui finit en fanfare, littéralement. On croit même entendre une mandoline… ? Joyeux bazar pour une ouverture d’album annonciatrice de changements, donc.

Juste après, à l’écoute de Graveyard , bim, premier coup de cœur pour cette ballade à la mélodie simplissime, mais merveilleusement efficace. Un enchantement, avec fausse fin et un redémarrage que l’on n’ose pas espérer, le tout avec le renfort de chœurs (la voix de Feist démultipliée, technique à laquelle elle ne nous avait pas habitués, et qu’elle utilisera à plusieurs reprises sur cet album, notamment sur A Commotion, How Come You Never Go There, et Undiscovered First). Ici encore, crescendo final, tant dans la puissance (et la multiplication) de la voix que dans celle des instruments. On remarque donc tout de suite, avec ces deux premiers titres, une utilisation plus poussée de la rythmique : percussions et batterie se font de plus en plus forts et accompagnent la chanson, après le pont, dans une fin ascendante, qui monte donc progressivement en puissance.

Puis vient Caught In A Long Wind, deuxième coup de cœur. Dans cette chanson plus épurée, les violons évoquent l’Asie, avec la présence d’un gong sollicité à coup de petites frappes délicates et d’un piano aérien. La voix lumineuse de Feist semble flotter dans l’air, elle est évanescente, vaporeuse, précieuse. Les cordes sont enveloppantes, douces, on rêve d’un feu de cheminée, un peu comme, plus tard, avec Get It Wrong, Get It Right. C’est un des titres qui donnent à cet album une touche hivernale. D’autres, comme How Come You Never Go There, Bittersweet Melody, Anti-pioneer Song, ou Cicadas And Gulls, sont également de parfaits exemples de simplicité, d’épure efficace.

Car la particularité et le talent de Feist, c’est de parvenir à être puissante dans la fragilité, à exprimer de l’intensité dans un murmure. Parfois, c’est presque comme si elle cherchait à retenir sa voix, et se laissait surprendre à en laisser s’échapper quelques minces filets (The Circle Married The Line). Là, tout devient magnifique et fragile, comme quand on observe une chose sans oser s’en approcher de trop près, de peur qu’elle ne s’évapore… Feist a ce côté animal sauvage, qu’on aurait surpris en pleine nature ; du coup, sa musique est sauvage, sensuelle, car brute, claire, et on s’attend presque, à chaque écoute de l’album, à en découvrir une interprétation différente…

Au final, cet album est plus percutant (comme le montrent des morceaux tels que Comfort Me-troisième coup de cœur- et A Commotion) que les précédents, mais conserve la fraîcheur et la douceur auxquelles Feist nous a habitués. C’est une très bonne surprise de lui découvrir une version un peu plus rock (rappelons que la demoiselle est une ancienne chanteuse punk, qui avait même fini par en perdre sa voix), comme sur Undiscovered First, ou Comfort Me. Feist a donc ici l’art de manier tour à tour puissance et légèreté, sans qu’on ne sache jamais à quoi s’attendre, et de nous surprendre en beauté.

Allez, on s’en tente un quand même, pour la fin ? Feist-aculaire ? Bon, bon, ok…

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Feist, Metals (Arts & Crafts / Universal Music ), sorti le 3 octobre 2011.

Site officielhttp://www.listentofeist.com/

A propos de l'auteur

Image de : Rennaise de 25 ans, j'essaye de faire en sorte que la vie ne soit qu'une longue succession de musique (rock, folk, un peu d'électro), de ciné, de bouquins, d'art, d'écriture, de festivals et de voyages. Et sinon, quand j'ai cinq minutes, je travaille dans la communication culturelle. Normal, quoi.

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