Extrêmement Fort et Incroyablement Près, le 11 septembre pour les Nuls

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Stephen Daldry est du genre talentueux. Et vorace. A eux trois, Billy Eliott, The Hours et The Reader totalisent un nombre étourdissant de prix et de nominations. La constante d’une telle équation ? Un grand réalisateur, bien sûr. Mais aussi et surtout, un goût pour les histoires, les vraies. De celles qui émeuvent à tout âge, poétiques et intemporelles.

Cette fois, ce n’est pas de Cunningham dont s’inspire le réalisateur anglais, mais de Jonathan Safran Foer et de son roman Extrêmement Fort et Incroyablement Près, publié en 2005. Cette histoire, c’est Oskar Schell qui la raconte. Enfant intelligent et hypersensible – et à ce titre, pas très bien barré dans la vie – il tente de surmonter son anxiété sociale grâce aux « missions de reconnaissance » que lui organise son père à travers New York, des jeux de piste élaborés de toutes pièces à la recherche d’objets perdus ou de lieux oubliés. La mort de ce dernier dans les attentats du 11 septembre 2011 (« the worst day ») bouleverse le petit garçon et détruit son seul rempart contre un monde qu’il perçoit comme violent et illogique. Après un an de deuil, Oskar découvre dans les effets personnels de son père une petite clé. Convaincu qu’il s’agit d’une dernière mission de reconnaissance qui le mènera à un message, et déterminé coûte que coûte à prolonger son souvenir, il décide de partir à la recherche de la serrure à laquelle elle correspond.

Jusque-là, fastoche : la symbolique de la quête d’une serrure comme quête plus métaphysique d’une solution au monde, etc. Le dernier Scorsese tirait déjà des ficelles similaires. Mais si Hugo Cabret était avant tout un fantastique hommage au cinéma, dans tout ce qu’il a de magique et de salvateur, Daldry et son scénariste Éric Roth (Forrest Gump, Munich, L’Etrange Histoire de Benjamin Button) nous emmènent sur un terrain plus complexe et plus sombre. Le film adopte ainsi le point de vue subjectif d’Oskar, et se déploie à la manière d’une imagination enfantine, mêlant réflexions en tous genres, souvenirs fulgurants, idées spontanées et fantasmes. Loin d’être construit comme un parcours initiatique linéaire, le film est donc rythmé de manière très inégale, avance de façon décousue et erratique, dévoile certains faits et en dissimule d’autres, et offre une image altérée de certains personnages. Cela est notamment sensible dans les rapports qu’entretient Oskar avec sa mère, que le petit garçon – et donc le spectateur – perçoit comme absente, mais dont toute l’importance est révélée à la fin du film.

Ce parti pris scénaristique est déroutant, mais mené de manière extrêmement habile. Pour une fois, le monde de l’enfance n’est pas abordé à travers une mise en scène kitsch et indigeste faite de fresques colorées et de filtres jaune pisse, mais via la structure même du scénario et la manière dont sont traités l’intrigue et les personnages. Ce dispositif est d’autant plus intéressant qu’il permet de confronter violemment l’univers d’Oskar au monde des adultes, à la cruelle et décourageante réalité d’une tour en flammes, d’un numéro oublié au dos d’une coupure de journal ou d’un héritage caché au fond d’un vieux vase. La réponse à la prière d’Oskar, aussi implacable que prévisible, lui est finalement donnée dans un autre de ces innombrables gratte-ciels peuplant Manhattan. D’un seul coup, comme on souffle sur un château de cartes, sa quête fantasmée et illusoire est balayée, et force le petit garçon à faire face à la mort. Et à grandir.

Daldry donne également toute la mesure de son talent dans la direction de ses acteurs, tous parfaits jusqu’aux rôles les plus secondaires. Les performances de Tom Hanks et de Sandra Bullock sont remarquables, sans oublier celle de Max Von Sydow en « locataire » muet et mystérieux. Quant à Thomas Horn, parfait inconnu, il est proprement sidérant et interprète à la perfection le personnage d’Oskar. Comme Jamie Bell avant lui – l’interprète de Billy Elliot, il est à la fois gracieux, subtil et vibrant d’une énergie incroyable.

Rares sont les films capables de plaire à la fois au grand public et aux plus cinéphiles. Extrêmement Fort et Incroyablement Près est sans doute de ceux-là. Riche, saisissant et émouvant, il s’agit avant tout, comme annoncé en introduction, d’une belle histoire. Une histoire universelle, qui raconte comment l’imagination d’un enfant, envers et contre tout, peut permettre de surmonter des angoisses terrifiantes et la perte d’un être cher.

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A propos de l'auteur

Image de : Môme de la cyberculture et de l'hypermodernité. Je regarde, j'écoute, je lis, je joue et je mange beaucoup. Vous pouvez suivre le reste de mes pérégrinations @Axeliteau.

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