Eurockéennes de Belfort 2005

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Sans atteindre les records de fréquentation des deux années passées, l'édition 2005 des Eurockéennes de Belfort a tout de même été une nouvelle fois largement plébiscitée avec plus de 85 000 entrées en 3 jours. Prouver qu'on peut jouer sur la grande scène sans avoir forcément fait un disque d'or, tel était, selon l'aveu même des organisateurs, un des objectifs clés de ces 3 jours.

eurock05Contrairement à d’autres festivals européens qui n’hésitent pas à faire dans la démesure et le gigantisme, les Eurocks ont réussi au fil des ans à se démarquer et à conserver un visage humain et convivial. Plus que pour l’affiche en elle-même, on y va avant tout pour cette ambiance si particulière et si conviviale qui fait que l’on s’y sent un peu comme à la maison.

Très pointue, la programmation a une fois de plus fait la part belle aux découvertes et au mélange des genres. Mise en avant d’artistes en devenir, tremplins régionaux, créations uniques, les programmateurs ne se sont pas contentés d’aligner bêtement une suite de grosses pointures internationales mais ont, au contraire, tenter de proposer un contenu original et alternatif tout en prenant le risque d’en décevoir certains. Car il faut bien l’avouer, le festival est devenu mois rock qu’à une certaine époque et tente depuis quelques années de s’ouvrir de plus en plus à d’autres courants musicaux. Le pari était donc incertain mais le public a répondu présent en masse et malgré quelques déceptions, ce cru 2005 aura tenu toutes ses promesses.

Avec plus de 70 concerts sur quatre scènes différentes, il était bien sûr impossible d’assister à tout. Cette abondance d’artistes sera d’ailleurs l’un des bémols de cette édition. Il y avait en permanence deux concerts simultanés au minimum et les choix ne furent pas toujours faciles à faire.

Vendredi 01 juillet 2005

Arrivée joyeuse au camping sur les coups de 12h00. Le ciel est menaçant mais le soleil fera néanmoins son apparition en début d’après midi. Après un apéritif plutôt conséquent, direction la presqu’île du Malsaucy pour une première journée au programme très chargé.

image1-4À peine le temps de louper la conférence de presse de Queen of the Stone Age et d’assister au début de celle de Go Team que déjà Bloc Party fait son apparition sous le chapiteau. Même lieu et même horaire que pour Franz Ferdinand l’année passée, la comparaison ne s’arrêtera pas là, tant le groupe est en train de suivre le même parcours et la même ascension fulgurante. Devant un public déjà bien serré et des premiers rangs limite hystériques, les 4 anglais joueront la quasi-totalité de Silent Alarm, leur premier album. Sympa sans être inoubliable, le concert est un peu gâché par une balance très approximative.

Première apparition dans un festival français pour Queen of The Stone Age . Si le groupe ne m’avait que moyennement convaincu il y a quelques années de cela, il en sera tout autrement cette fois ci. D’entrée Josh Homme et sa bande envoient la sauce et ravissent les fans venus en nombre pour les applaudir. Sans se prendre la tête, le groupe balance avec classe et décontraction son rock psychédélique et aride. Les 3 derniers albums sont passés en revue et le set se terminera tout naturellement par un No One knows ravageur.

Création unique sous le chapiteau avec Emilie Simon qui à l’instar d’ Ann Pierle l’année passée, s’est entourée de la Synfoniettea de Belfort ainsi que de l’ensemble des Percussions claviers de Lyon. L’atmosphère est éthérée et la douce voix de la belle Emilie subjuguera les 12.000 personnes présentes sous le chapiteau.

Partagé entre l’envie d’aller voir Taf, les vainqueurs du tremplin France Comté, et celle de se placer correctement pour le début de NIN, j’opterai finalement pour la deuxième option. Mais d’après certains échos, le groupe a littéralement retourné la plage en faisant pogoter une bonne partie du public présent et en finissant son set par un Wall of Death de toute beauté. Dommage donc d’avoir dû louper cela, en espérant que la session de rattrapage sera pour bientôt…

Dix jours seulement après leur date parisienne, Nine Inch Nails est de retour en France. Ce coup ci se sera seul et au clavier que Reznor commencera le concert par le doublé The Frail / Wretched . Une entrée en matière aussi magnifique qu’inattendue. À peine le temps de reprendre son souffle, que le groupe enchaîne directement par l’énorme Whish . C’est un véritable déluge sonore qui s’abat sur le public, les fans sont aux anges et ceux qui découvrent le groupe pour la première fois se prennent une sacrée baffe. La machine scénique est parfaitement rodée et Reznor ne lésinera pas sur le show. C’est avec une set list spéciale festival en forme de Best Of ( March of the Pigs, Closer, Gave Up, Terrible Lie, Hurt, Starfuckers, The hand that feeds, Head like a Hole ) que le groupe mettra tout le monde d’accord. Sombre, magnifique et torturé, si ce concert reste un cran en dessous de celui de Paris, la venue de NIN aura néanmoins été l’un des points culminants du week end.

Après un tel orgasme musical, difficile de trouver quelque chose de valable à se mettre sous la dent. Un petit détour sans grande conviction par le show d’ Interpol, pour très vite constater le peu d’intérêt de ce groupe en live. La vraie surprise viendra d’ Eagles of Death Metal . N’ayant entendu parlé d’eux qu’à travers leur collaboration avec Josh Homme de QOTSA, j’ai été agréablement étonné par leur musique simple, efficace et très rock’n roll.

Gros son, écrans géants et light-show hypnotique, avec les Chemical Brothers la grande scène se transforme en gigantesque dancefloor. Franchement pas mon truc, mais beaucoup de monde autour de moi avait l’air de bien accrocher, donc pourquoi pas.

Samedi 02 juillet 2005

Réveil tardif sous un temps très couvert. Il fait gris mais ce n’est pas une raison pour se laisser abattre. Après avoir invoqué le soleil à grands coups de pastis et de bières allemandes frelatées, il finira par faire une timide apparition juste à temps pour le début de Cake . Connu principalement en France pour sa reprise de I Will survive, on ne peut pas dire que se soit la foule des grands jours qui soit venue acclamer le groupe. Assez remonté contre Air France qui lui a perdu sa guitare et n’hésitant pas à taquiner le public sur son manque d’enthousiasme, l’attitude hautaine de John McRae, le chanteur, n’est pas à proprement parler propice à instaurer une ambiance de franche camaraderie. Néanmoins musicalement ça se laisse écouter sans problème, et ce petit mélange de rock et de folk est parfait pour cette fin d’après midi.

image4Les Eurocks c’est également l’occasion rêvée de côtoyer de près les grosses stars du show-biz. Plus mystérieux que Trent Reznor et plus sexy que la chanteuse de Garbage, c’est Kansas of Elsass en personne que nous avons eu l’occasion de croiser en chair et en os. Revêtu de son légendaire T-Shirt Kansas et accompagné de son cameraman, il n’a pas eu d’autres choix que de prendre la pose pour un cliché à rendre jaloux des millions de fans à travers le monde.

Passage rapide sous le chapiteau pour prendre quelques photos de The National, bien mais sans plus, puis direction la scène de la Plage pour le set des métalleux de Mastodon . Leur show est irréprochable et justifie amplement le buzz qui est en train de se créer autour du groupe. Dommage par contre que le son très approximatif n’ai pas rendu pleinement compte de la très haute tenue des compos.

On reste dans les grosses guitares avec la valeur montante de l’écurie Sriracha. Pour leur premier passage aux Eurocks, Eths a droit aux honneurs du chapiteau et c’est devant un parterre de fans déchaînés que le groupe livrera l’une de ses meilleures prestations. Je me répète sûrement, mais Eths a fait d’énormes progrès en live et c’est un vrai plaisir de les voir mettre le feu de cette manière.

Costards, lunettes de soleil et canettes de Kro bien en évidence, c’est avec un certain scepticisme que je vois arriver un par un les membres de Ghinzu . Ne connaissant d’eux que leur dernier single, c’est un scepticisme encore plus grand qui s’installe lorsque les premiers titres sont joués. Calme et très chiant, c’est l’occasion rêvée d’aller voir ce qui se passe au stand boisson. Mais c’est sans compter sur le brusque réveil du groupe, qui au bout de 20 minutes, se décide à envoyer la sauce, ce qui fera prendre une toute autre dimension au concert. D’un seul coup les raisons de leur présence sur la grande scène se font plus évidentes. Une très bonne surprise au final et la démonstration que la Belgique semble décidément bien parti pour devenir le nouvel eldorado du rock.

Petit détour par la conférence de presse d’ Eths où dans une ambiance détendue, le groupe accompagné de Musclor, leur manager, se prête avec plaisir au petit jeu des questions/réponses. Pas de révélations fracassantes si ce n’est l’annonce d’une mini tournée Coriace, avec tous les groupes du collectif marseillais, pour le début 2006.

À la grande question C’est quand le bonheur ? on pourrait être tenté de répondre, C’est quand Cali arrête de chanter . Malgré l’énergie et la bonne volonté du bonhomme pas moyen d’accrocher à sa musique. C’est plat, sans relief et ce ne sera pas son stage diving jusqu’à la régie qui y changera quelque chose. Hormis les premiers rangs, peu de gens ont l’air d’être emballés. Les Eurocks nous avaient pourtant habitués à largement mieux sur ce créneau les années passées.

Après avoir assisté sans grande conviction à la première partie de Bumcello et de ses chroniques, la venue de Garbage apparaît comme une bouffée d’air frais. Sexy en diable, la troublante Shirley Manson et ses acolytes vont électriser Belfort. Le show est réglé comme du papier à musique et on sent le quartet parfaitement rôdé à l’exercice de la scène. Même si le tout manque un peu de spontanéité par moment, cela fait un bien fou de revoir Garbage de retour, plus rock que jamais et cela presque 10 ans après leur précédente participation au festival. Les tubes s’enchaînent pendant plus d’une heure et le groupe reviendra même pour un petit rappel.

Dimanche 03 juillet 2005

C’est toujours une sensation très étrange que d’avoir le beau temps aux Eurocks. Mais on s’y habitue vite, il faut bien le dire. Le festival touche déjà à sa fin et c’est avec une pointe de nostalgie non dissimulée que s’effectue une dernière fois le trajet jusqu’au site.

image5L’après midi commence très mollement avec The Killers et leur soupe indigeste. Devant un tel désastre, il n’y a qu’une attitude à adopter: la fuite. Rien à voir donc avec le très bon moment passé en compagnie du Tigre . Les membres du groupe ont la patate et leur cocktail de punk et d’electro est irrésistible. Sur fond de revendications militantes, l’énergie déployée par les 3 chanteuses / musiciennes est contagieuse et Le Tigre réussira la prouesse de faire danser comme un seul homme une bonne partie du chapiteau.

Remplaçant Sum 41 au pied levé, Mass Hysteria est de retour sur la grande scène des Eurocks pour défendre son nouvel album. Visiblement très content d’être là, Mass va comme à son habitude se donner à fond. Alors bien sûr les nouveaux titres ne valent de loin pas les anciens ( Knowledge is power, Zion, Contraddiction ) et l’on peut reprocher au groupe son évolution musicale manquant cruellement d’originalité, il n’empêche que le concert tiendra toutes ses promesses. Après un ultime enchaînement Respect to the Dancefloor / Furia, le groupe quittera la scène en laissant un public conquis par l’une des prestations les plus énervées du festival.

Séance découverte à la loggia avec Isis et son métal très particulier. Les atmosphères sont lourdes et les cinq membres du groupe totalement dans leur trip. Découvrant leur musique pour la première fois, j’ai un peu de mal à rentrer dans leur univers musical très à part, coincé quelque part entre Tool et Mogwai .

Groupe mythique de la scène rock indépendante, Sonic Youth, les rois de la distorsion, vont en déstabiliser et en diviser plus d’uns. Leur rock bruitiste est un régal et leur show d’une intensité tout à fait jouissive. Les guitares rugissent et se font triturer dans tous les sens. Un pur moment de bonheur qui s’achèvera par un Teenage Riot hallucinant et halluciné.

Quatre types debout derrière leurs ordinateurs, il n’y a pas à dire Kraftwerk a le sens du spectacle. Difficile de saisir l’intérêt du truc, mais comme pour Chemical Brothers, s’il y en a qui aiment pourquoi pas.

Dernier gros rendez-vous de la journée pour le retour scénique de Louise Attaque . Entre vieux tubes et nouveaux titres restants dans la lignée des deux premiers albums, le concert se déroule tranquillement et sans surprise. Bien que très au point, le set est très convenu et il manque au groupe ce petit grain de folie qui pourrait faire toute la différence. Une fin de festival bien calme et presque triste pour conclure ces trois jours de fête.

Un peu trop sage et un peu trop prévisible, cette 17ème édition n’en aura pas moins été une vraie réussite et à peine le Malsaucy quitté, l’on n’a déjà plus qu’une hâte: celle d’y revenir.

Un grand merci à toute l’équipe du service presse des Eurockéennes pour leur aide et leur accueil exemplaire.

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Image de : Fondateur de Discordance.

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