Eurockéennes 2009

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Le rituel. L'aspect réconfortant qui se dégage de la répétition quasi à l'identique de certains de nos actes. Une habitude. Voilà ce que sont devenues les Eurockéennes de Belfort. Ces codes et ce microcosme éphémère qui se recréent chaque année comme par enchantement autour d'une Presqu'île devenue l'espace d'un WE le centre de l'Unviers.

fouleTout y était, rien ne manquait. Ils étaient tous présents. Fidèles au poste. Comme si nous nous étions quittés la veille. Certes, ils avaient un peu changé, des nouvelles têtes ont même fait leur apparition, mais la distribution des rôles est la même depuis le premier jour de la Création. Car Dieu après avoir fait le Monde en 7 jours, trouva que tout cela manquait cruellement d’animation. Et pour mettre un peu de Grand N’imp’ dans tout cela, Il a créé les festivals d’été et toute la galerie de personnage qui les compose. Cette édition 2009 n’a pas dérogé à la règle, et ce fût une fois encore, un plaisir d’avoir pu croiser leur route à Tous.

Une galerie de portraits hauts en couleur, dont voici quelques instantanés :

L’équipe des Eurocks, d’une gentillesse et d’une efficacité sans faille.

Le jeune de 16 ans, qui fait son entrée dans le Monde, et qui se tape son premier grand trip en sirotant une Amstel chaude et ébullée sous le cagnard du camping.

Le traveler vétéran qui égrène la liste interminable des festivals qu’il fera cette année comme une litanie blasée destinée à en mettre plein la vue à son auditoire toujours fidèle. « Ouais Man, mais franchement tu vois, si t’as jamais fait le Sziget et le Wacken, c’est que t’as encore rien vu dans ta Vie… »

L’hyperactif qui, sur les 70 concerts programmés, sera arrivé par on ne sait quel miracle à en faire 75. Le déchet, qui à l’inverse, et malgré les 90 euros déboursés, ne décollera pas de sa chaise de camping et passera 3 jours à refaire le monde avec lui-même, ses potes l’ayant laissé en tête à tête avec ses canettes.

slipknotLe fan de Slipknot en tenue de gala, qui doit se dire que porter un masque sous 35 degrés à l’ombre, c’est quand même un métier. Qu’il se rassure, cette tournée des festivals, marque certes l’apogée de la carrière du groupe, mais à les voir s’ennuyer ferme en conférence de presse, c’est pas gagné qu’ils refassent un album ensemble avant plusieurs années. Chris Fenn n’aura pas tenu 10 minutes avant de quitter la salle en prétextant un problème mental, et Corey Taylor tout en s’astreignant à faire le gars sympa, aura la géniale idée d’invoquer une envie pressante pour mettre fin à la corvée. Très pro, les 9 furieux auront à coeur de livrer un show irréprochable, à l’américaine. Alors même que le public était essentiellement composé d’une grande partie de curieux. Une set list de singles, avec une belle part faite à leur premier album (le meilleur à ce jour) et un show visuellement bluffant. Ils ont fait le job, et même largement plus.

Olivia Ruiz, composante essentielle de chaque édition depuis plusieurs années, la belle Occitane en robe flamboyante était une fois de plus invitée à Belfort. À croire qu’elle fait désormais partie des meubles du festival. Fatalement Mathias Malzieu n’était pas bien loin, et selon les échos de sa prestation, perçus de très loin, elle avait l’air de ne pas trop mal s’en tirer. Mais gare à l’indigestion…

Le groupe super à la mode que-personne-n’a-jamais-écouté-mais-dont-pourtant-tout-le-monde-s’accorde-à-en-faire-l’éloge-sous-prétexte-que-la-presse-specialisée-en-est-devenu-dingue . Après les Klaxons en 2007 et MGMT en 2008, c’est Passion Pit qui aura endossé les habits de la hype. Et comme la mode du moment est au revival 80s, ils y sont allés à fond dans le registre. Des textes désabusés sur des mélodies bien sautillantes au synthé, c’est assez drôle à voir et à entendre, mais pas sûr que dans 6 mois quiconque ne les réécoute.

cypressLa polémique qui déchire le forum des Eurocks avec comme thème de prédilection cette année la venue de NTM, puis le feuilleton Joey Starr . Une polémique qui se terminera en Happy End avec la venue de Kool Shen en remplacement de Mos Def et celui de NTM par les vénérables Cypress Hill . Accueillis sous les cris de  » Libérez Joey Starr « , subtile variation du récurrent  » Libérez Bob l’éponge  » (et parallèle tout à fait crédible entre le sympathique personnage de DA et le célèbre rappeur au caractère si affable), Kool Shen aura fait du NTM light pour consoler tous les déçus du public. Une attention tout à fait remarquable, car dans toute cette affaire, c’est très certainement lui qui avait le plus besoin de réconfort. Passer de la tête d’affiche grande scène du vendredi soir au meublage du chapiteau un dimanche en fin d’après-midi, parce que votre partenaire a fait le con, c’est à vous dégouter à jamais des relations de couple. Pour Cypress Hill, c’est une toute autre histoire. Point de convergence entre le hip-hop et le rock, crossover magique issu de ce que les années 90 ont fait de mieux, Cypress Hill aura enflammé les plus récalcitrants. Très rares en France et pas vraiment connus de tout le monde, les rappeurs de la West Coast auront sorti l’artillerie lourde et après quelques rounds d’observation auront enchainé les coups fatals, avant de terminer en mettant de Malsaucy KO à coups de Rock Superstar déchaîné.

Les invites « mécènes » et « VIP », qui s’offusquent avec éclat lorsqu’ils ne sont pas autorisés à passer en backstage pour allez se faire prendre en photo avec Kanye West . S’ils savaient le nombre de gens à s’être fait jetés avant eux pour la même raison, cela aurait eu de quoi relativiser leur égo démesuré.

dhiertyL’éternelle question sur la venue ou non de Peter Doherty ainsi que celle de sa faculté à livrer une prestation à peu près correcte. Pour le coup, Doherty aura bluffé son petit monde en tenant en haleine le chapiteau tout entier, seul avec sa guitare. Une désinvolture classieuse, un charisme insoupçonné, quelques titres de son album solo, une pincée de Libertines, un soupçon de Babyshambles, pas mal de reprises, deux danseuses en tutu aux apparitions fugaces et un duo avec Tricky sur For lovers pour finir de convaincre tout le monde. The Bright Side of the Moon.

La traditionnelle coupure de courant. Ca devient le running gag le plus prisé du festival. Ou comment plomber un concert en deux coups de cuillères à pot. Cette année l’épée de Damoclès sera tombée sur les pauvres Ghinzu . Visiblement très heureux d’être de retour, l’euphorie n’aura pas mis longtemps à retomber en plein milieu de The Single. Do you read me ? Do you hear me ? Pas vraiment. D’autant plus dommage que nos Belges étaient sacrément au taquet. Cette moitié de show, entre nouveaux morceaux et vieux hits, était impeccable et d’une intensité encore plus frustrante à l’idée de n’avoir pas pu profiter du bouquet final. Après un tel camouflé, on imagine sans mal les organisateurs courir allumer 3 rangées de cierges pour que ce genre d’incidents ne se produise pas durant le show de Prodigy (comme ce fût le cas en 1998 d’ailleurs…). De retour 11 ans plus tard avec l’honneur de clôturer la journée du vendredi, Prodigy n’aura pas failli à sa réputation d’ambianceur hors-norme. Difficile de savoir la part de vrai live dans leur prestation, mais les deux chanteurs n’auront eu de cesse d’haranguer le public réuni en masse sur ce dancefloor géant. World’s on fire, Poison, Voodoo people, Breath, Firestarter, Smack my bitch up, Take me to the Hospital . Un groupe de festival qui sait comment mettre le feu dans la fosse.

gojira-3Le groupe qu’on a vus jouer devant une poignée d’initiés et qui fait maintenant la première partie de Metallica aux US, et accessoirement l’une des sensations de la journée du dimanche. Humbles, réalistes, acharnés, passionnés et sans concession. Gojira sur la grande scène, en plus d’avoir livrer un show exemplaire, c’est tout un symbole. Surtout dans un tel registre musical.

Les déprogrammations qui plombent l’ambiance. C’était annoncé de longue date, mais la déception de ne pas voir Airbourne (a.k.a le clone d’ AC/DC, mais en presque mieux) est toujours présente. Pour rester dans le même registre, les programmateurs auront décidé de les remplacer par The Answer (a.k.a clone d’ AC/DC, mais en beaucoup moins bien). Ambiance bon enfant sous le soleil de la grande scène. Public épars et portant des T-shirts du Rock’n roll Train Tour pour la plupart (tu m’étonnes), nos Irlandais déroulent un set qu’ils ont largement eu le temps de peaufiner dans les arènes du monde entier depuis le début de l’année.

Le camping, véritable zone libre où les rencontres du troisième type se font à tous les coins de tente.

La voie ferrée arpentée par le festivalier, comme l’est le chemin de Compostelle par le fidèle.

L’erreur de casting dans toute sa splendeur. Avec dans le rôle-titre Kanye West, son cachet très certainement faramineux, ses bandes playback, ses danseuses aux seins nus gisantes aux pieds de leur gangsta vénéré, ses attitudes de poseurs, son rap cliché et prétentieux. Sans conteste la plus grosse connerie des Eurocks depuis des années, voire depuis la création du festival.

Les afters electros prestigieuses. Avec le trio Yuksek, Birdy Nam Nam et Laurent Garnier, le festivalier insomniaque aura eu son comptant de beats avec cependant un dénominateur commun dans l’éclectisme de chacune des 3 artistes / formations.

yyyLes excellentes surprises du chapiteau. The Yeah Yeah Yeahs en tête, talonnés par les Stuck in the Sound . Dans le premier cas, le trio new-yorkais emmené par l’incroyable Karen-O, aura livré une prestation animale, quasi hystérique. Lourde, puissante, enivrante, sexy en diable, leur musique se révèle comme une expérience électrisante, bien loin du son beaucoup trop timoré de leurs albums studios. Les Stuck, continuent eux leur petit bonhomme de chemin. Ayant parfaitement digéré tout le son des années 90, ils le restituent en un bloc compact de guitares saturées et de mélodies imparables. De quoi même arriver à faire bouger de la tête un chapiteau étonnement bien rempli, malgré l’heure matinale de leur concert (dimanche, 15h00).

Les choix cornéliens ou comment partir pour la Plage après seulement 3 titres des virtuoses de la guitare Rodrigo Y Gabriela . Deux Mexicains aux doigts virevoltants, alternant compositions personnelles et reprises de Metallica ou de Led Zepelin à la guitare classique. Des magiciens.

Les véritables découvertes avec le Staff Benda Bilili et Inspector Clouzo . Mendiants des rues de Kinshasa, le Staff Benda Bilili c’est un peu la belle Histoire de ces Eurocks. Que ce soit en conf’ de presse ou sur scène, les membres du groupe pour la plupart en chaise roulante, ont crée l’unanimité. Rien à voir pourtant avec une banale opération de démagogie médiatique, le Staff sur scène c’est avant tout des musiciens de grand talent, à l’envie de jouer rare, et qui prouvent que leur place sous la loggia est amplement méritée. Entre reggae, rock, et percussions africaines, espérons que le buzz à leur sujet qui vient de débuter puisse leur donner les moyens de vivre enfin de leur musique. En attendant cette tournée estivale prend des allures de contre de fée pour les 8 membres du Staff . Dans un tout autre registre, The Inspetor Clouzo et son funk rock qui claque, aura bien assuré le show. Une batterie et une guitare. Pas de bassiste ( Fuck the bass player ). Une manière d’insulter le public toujours très drôle et un infectious groove imaparable.

Et tous ceux qu’on a ratés, mais qui aux dires des festivaliers croisés valaient largement le déplacement : Sophie Hunger, The Kills, Monotonix, Amanda Blank, Friendly Fires, Hockey et Nneka .

Mais l’évolution est inéluctable, et les habitudes ont cela de bien qu’elles évoluent en permanence, à l’image de ces nouveaux besoins qui se créent sans cesse. La 3G s’est imposée comme the next great big thing. Et fatalement lorsque des milliers de festivaliers et de VIPs veulent faire partager au Monde entier et en 140 lettres maximum à quel point leur vie est passionnante, les antennes relais du Malsaucy passent en saturation permanente.

Le meilleur moyen finalement de s’isoler encore plus dans sa bulle durant cette poignée de jours qui passent à la vitesse du son et dont la nostalgie se fait ressentir dès la première tente pliée.

Crédits photo : Phil B – http://www.photographil.net/

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Image de : Fondateur de Discordance.

5 commentaires

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  1. 1
    VIOLHAINE
    le Mercredi 15 juillet 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Une bien jolie émotion dans ce live report !

  2. 2
    Trots
    le Mercredi 15 juillet 2009
    Trots a écrit :

    Et des photos superbes!

  3. 3
    le Mercredi 15 juillet 2009
    Domino a écrit :

    Pas mal ce live report… Je voudrais quand meme signaler la présence de Charlie Winston, qui perso, m’a bien bien bluffé!!! J’en attendais rien et j’ai été super surpris!

    Et une question…C’était qui le gars avec Kool Shen? Parce que Kool Shen l’a écrasé de son charisme alors je me demande…

  4. 4
    Pascal
    le Mardi 21 juillet 2009
    Pascal a écrit :
  5. 5
    Dimitri L
    le Samedi 25 juillet 2009
    Dimitri a écrit :

    Un superbe live report ! L’idée de le présenter avec les portraits m’a plié en deux, car effectivement on retrouve toujours ces personnes là :p

    Ensuite concernant la musique et le festival, on passe par toutes les émotions et elles sont très bien retranscrites. Oh que je regrette de ne pas avoir été de la partie cette année encore. C’est pour les mêmes raisons précédentes que je n’ai pu m’y rendre.

    Content de voir que la team Discordance ait encore pris son pied, cette édition 2009 avait l’air irréprochable.

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