Eths : « Dans cette vague neo french metal (…) on était un peu des ovnis ».

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Quelques heures avant un concert qui s’annonce dévastateur, rencontre avec Staif (guitare) et Candice (chant) de Eths, dans les loges du Brise Glace à Annecy.

À côté de moi, Staif, sourire aux lèvres. En face, Damien (NDLR : basse). Candice, en pleine séance de maquillage pour le show à venir, se trouve dans la même pièce et nous rejoindra en cours d’interview.

Votre album III est fraîchement arrivé dans les bacs, marquant ainsi votre retour après cinq ans d’absence. Quels sont les premiers retours critiques sur cette nouvelle offrande ?

Staif : Bien, ce qui est sympa c’est que la plupart des critiques voient ce qu’on a voulu y mettre quand même, c’est-à-dire de changer tout en gardant une ligne directrice qu’on a toujours eue, en essayant un peu aussi de resserrer le propos par rapport à Tératologie où l’on a essayé beaucoup de choses. On a essayé d’aller plus à fond sur quelque chose, donc oui on est assez contents des premiers retours.

Après le difficile exercice du deuxième album, on parle souvent du troisième opus comme de l’album de la maturité. À l’écoute du travail effectué sur III, c’est un peu le sentiment qui en ressort. Cette direction artistique est-elle une évolution logique pour le groupe ?

Staif : Oui, complètement. C’est vrai que depuis le début on se pose rarement des questions, on fait ce qu’on a envie de faire sur le moment et ça ne va pas beaucoup plus loin que ça. La musique suit vraiment nos chemins de vie, et ce que l’on devient, qui se retranscrit dans la musique naturellement à chaque fois.

Comment s’est déroulée la composition de l’album ?

Staif : Ça a été assez long, on a commencé il y a un petit moment. D’abord je pose les bases chez moi par ordinateur, ça permet d’aller beaucoup plus vite, d’essayer des choses. Avec Candice et Greg (NDLR : guitare) on se voyait beaucoup pour écouter, mettre en forme, après derrière je retouchais jusqu’à ce qu’on arrive à quelque chose qui nous plait et de là Guillaume arrivait et posait ses batteries. Et au fur et à mesure on fait évoluer le truc comme ça petit à petit. C’est au fil des idées.

Qu’est-ce que vous a apporté la présence du producteur Fredrik Nordström (NDLR : Arch Enemy, In Flames) sur l’album ?

Staif : Avant tout le son, forcément. Une façon de travailler aussi. Clairement. Parce qu’il est un peu de l’ancienne école, alors qu’on est arrivés en bon français avec à peu près cent vingt pistes, j’exagère, mais pas de trop, par titre. Quand il a vu ça il a nous a imposé des pre-mix et voulait avoir dix pistes par titre. Donc il nous a appris à être efficace, à pas trop chipoter et surtout à ne pas garder d’options. C’est ce qui est bien avec lui, il n’y a pas d’options, on ne remet pas les choses à plus tard. C’est assez intéressant, il nous a vraiment apporté cette vision là de la chose.

Chacun de vos albums porte un concept, un thème en particulier. III ne déroge pas à la règle et semble clairement s’orienter vers une certaine mythologie. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Staif : On aime bien toujours garder un peu de mystère autour de tout ça, et c’est clair que le concept découle directement des textes de Candice, donc il faut déjà lire les textes et l’artwork que Nicolas Senegas nous a fait. C’est un peu une projection de ça, c’est vraiment quelque chose d’assez global donc il faut rentrer dedans pour trouver les choses. On aime bien garder un peu de mystère sur ces choses-là.

Entre temps Candice est venue nous rejoindre…

Votre musique est un étonnant mélange de genres, même si l’ensemble reste très ancré dans le metal. Où puisez-vous votre inspiration ?

Staif : Partout et surtout pas dans le metal justement ! Que ce soit moi pour la musique et Candice pour les textes.

Candice : C’est un peu l’expérience de nos vies, c’est pour ça qu’on met aussi du temps à composer. Ça a souvent été quelque chose qu’on nous a dit, pourquoi ça met autant de temps. C’est vrai qu’on a eu besoin de faire un break à un moment donné, d’aller puiser les ressources ailleurs pour raconter d’autres choses.

Staif : La vie te nourrit en fait, et c’est ça qui te donne vraiment des idées. Musicalement par exemple, c’est un voyage en Toscane qui a vraiment été le déclencheur de cet album pour moi. Alors que ça n’a rien à voir. Mais des œuvres majeures, ça m’a tellement émerveillé, j’en ai pris tellement en pleine face que tu vois la musique autrement. Donc on s’inspire de tout, mais très peu de metal. Après c’est ce qu’on aime jouer, mais justement on aime faire quelque chose de personnel.

Une version anglophone de l’album pour l’étranger, c’est une première pour le groupe…

Staif et Candice : Oui.

J’imagine par conséquent que des dates sont prévues à l’étranger ?

Staif : Pas encore, mais ça va se faire.

Vous gardez de bons souvenirs de dates dans certains pays ? Le public réagit comment ?

Staif : L’Amérique Latine c’était la folie, la Russie pareil c’était très bien. C’était dans les pays les plus lointains que ça réagissait le mieux. En Allemagne il y avait moins de monde, certes, mais les gens qui étaient là adhéraient. Alors que par exemple au Brésil on a joué devant 500-600 personnes alors qu’on n’avait pas sorti un disque et qu’on n’était jamais allé là-bas.

Avec qui rêveriez-vous de partager l’affiche ?

Hésitations…

Staif : Beaucoup de monde.

Candice : C’est clair. Les plus gros je pense. Je sais pas, Metallica, on a joué dans le même festival, mais pas la même scène. Faire des grosses premières parties c’est sûr…

Staif : Nine Inch Nails, Rammstein aussi, un peu tous les groupes.

Le vrai plaisir pour vous, c’est plutôt le studio ou la scène ?

Candice : La scène.

Staif : J’aime autant les deux. J’aime beaucoup travailler en studio, mais ça ne va pas sans la scène. Parce que la scène c’est où tu vas à la rencontre du public alors que le studio c’est comme dans un atelier, tu fais ta toile, tu retouches à droite et à gauche.

Quelle est votre vision de la scène metal française d’hier et d’aujourd’hui et comment vous situez-vous au sein de celle-ci après toutes ces années ?

Candice : Je ne sais pas, on fait notre chemin. Après on ne se pose pas trop la question c’est vrai. Quand on a joué à l’époque de Sôma, ou même de Tératologie, Lofo, Mass Hysteria, Aqme, on se retrouvait un peu sur les dates. Et puis il y en a qui sont encore là, d’autres qui ne sont plus là.

Staif : On a vraiment vu changer.

Candice : On voit beaucoup de choses oui.

Staif : On est arrivé dans cette vague neo french metal qui était là à l’époque, et où on était un peu des ovnis. Parce que même si on avait un peu une teinte néo, on était beaucoup plus « dark » que tous ces groupes-là qui étaient plus sur le hip-hop, la casquette à l’envers. Et comme le dit Candice au final depuis cette époque on a pas changé. Mais oui la scène a changé, puisqu’on est passé un peu d’un metal hip-hop à quelque chose de beaucoup plus dur et extrême aujourd’hui. Et qui est je pense largement engendré par le succès de Gojira.

Candice : Oui parce qu’avant c’était Pleymo, Enhancer, toute cette vague-là, on était dedans, mais ces groupes n’existent plus aujourd’hui et bon, voilà… (rires). C’est à peu près ça.

Que pensez-vous de la dématérialisation à outrance qui sévit dans l’industrie musicale alors que paradoxalement les vinyles reviennent au goût du jour ?

Candice : C’est toujours le même débat. Y’a du bon et du mauvais forcément, nous ça nous a aidés, on est téléchargé et on le sait. Après c’est sûr que les ventes de disques…

Staif : C’est beaucoup plus dur.

Candice : On est réaliste donc c’est sûr qu’après c’est un éternel débat.

Staif : C’est comme ça après tu vois certains artistes qui, à tort ou à raison, se plaignent, mais c’est comme ça.

Candice : Il faut vivre avec son temps et c’est tout.

Staif : Exactement. C’est plus aux artistes justement de donner le goût du « matériel » en proposant des choses. Te dire regarde « ton MP3, ce que tu peux avoir pour quinze euros ». C’est la démarche qu’à eu notre label où on a fait une version « cristal », vraiment pas chère de l’album, mais qui est au même prix que l’album sur iTunes. Donc forcément pour celui qui va le télécharger gratuitement, ça ne change rien pour lui, mais pour quelqu’un qui va en magasin, pour le même prix tu as le vrai album avec une jaquette, les paroles que tu peux lire.

Quel est le principe de cette version « cristal » ? Est-ce qu’il y a une version « classique » de l’album « au prix fort » ou bien…

Staif : Justement non, c’est plus une édition limitée qui est un peu plus chère, où il y a deux titres en plus et où le package est mieux, c’est un digipack, il y a un livret un peu plus gros alors que le « cristal » c’est vraiment une entrée de gamme. Alors même si tu n’as vraiment que dix euros, eh bien tu peux quand même t’acheter l’album. Et c’est important aujourd’hui face à ce phénomène-là. Et derrière on a carrément une box mais là qui va plus s’adresser aux fans, avec un t-shirt, des goodies, encore un cd complet de bonus, plein de choses.

Un souvenir marquant, une anecdote particulière sur votre carrière que vous aimeriez partager afin de boucler l’interview ?

Candice : Y’en a plein. Pour retrouver…

Staif : Y’en a beaucoup. C’est vrai que l’étranger en fait partie comme on le disait tout à l’heure. Mais aussi partager la scène avec par exemple Lofo. Lofo ça a été un peu nos « tontons » du metal. On a appris un peu les choses de la vie grâce à ces gars-là donc gros big up à Lofo !

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A propos de l'auteur

Image de : Esprit ouvert vers le monde, aussi bien apaisé que profondément rock'n'roll, Ghost erre dans l'immensité des paysages musicaux d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

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