Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust

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Et puis j'ai demandé à Christian de jouer l'intro de Ziggy Stardust . A la question "mais qui est Christian?" - répondons simplement que cela n'a pas beaucoup d'importance. Le titre de la dernière création de Renaud Cojo nous met déjà sur la piste : par le "je" indéfini, il nous dit qu'il est question d'identité, et par la référence à Bowie, qu'il a décidé de nous plonger dans les méandres de cet alter ego androgyne érigé à la gloire du glam rock...

Image de The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars En allant assister à ce spectacle, on s’invite d’une part dans l’univers de la musique, la pièce baignant des morceaux de The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. D’autre part, de façon moins évidente, on met les pieds dans le règne de l’instantané et d’une quête. Instantané, voire impromptu, car Cojo, avec ses adresses au public, son parler un peu butant, son actrice surprise prévenue le matin même, respire l’improvisation. Et enfin le début d’une quête, car Cojo nous livre avant tout une réflexion sur l’être, l’identité, le double et la créativité. Tout un programme !

C’est précisément en musique que commence la pièce, alors que sur la scène au tapis orange du théâtre de la Cité Internationale, on trouve une table d’opération à gauche, un salon à droite, et puis 3 ordinateurs, 2 consoles, 7 écrans et 2 micros. Aussi, une cabine téléphonique anglaise au milieu de la scène, de laquelle Elliott Manceau va jouer sur guitare sèche tout au long de la pièce, la voix étouffée, là sans l’être.

Les sujets des alter égo musicaux foisonnent dans l’histoire de la musique, les Beatles et le Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band, plus récemment, les Gorillaz et Damon Albarn. Mais David Bowie et Ziggy Stardust, c’est bien plus qu’une histoire, c’est une fusion. Né sur scène en 1972, mort sur scène, suicidé (Rock’n'roll suicide) par son créateur un an plus tard : Ziggy Stardust est un ovni excentrique androgyne, qui sous son maquillage rouge et ses paillettes, permet à Bowie d’être autre. Mais cette distinction, si lui la fait, son public ne s’en rendra compte que sur la scène de l’Hammersmith Odeon à Londres, quand, Ziggy annonce que ce sera son dernier concert. Scandale? Non, c’est bien la mort de Ziggy, mais pas de David. Ce discours d’adieu, Cojo l’a prononcé lui aussi, déguisé en Ziggy, sur la scène du festival d’Angoulême devant 15,000 personnes qui attendaient… Iggy Pop.

Ainsi, si Ziggy Stardust est le double de David Bowie, il est aussi ici celui de Renaud Cojo, dans cette courte pièce de 1h15. Le metteur en scène / acteur tente de disséquer les ressorts de cette identité double, de la schizophrénie créatrice via le personnage de Ziggy, à qui il emprunte son identité, son maquillage, ses vêtements. Par l’appropriation et l’internalisation de ce personnage, il se demande: pourquoi crée-t-on? Pourquoi ressentons-nous le besoin d’être quelqu’un d’autre? Pourquoi ce besoin de se projeter? La pièce soulève ces questions, les met en scène plus qu’elle n’y répond.

Comme l’identité, la scène est multiple: sur les écrans alternent des vidéos tournées a posteriori de Renaud Cojo allant chez le psychiatre déguisé en Ziggy, allant à la rencontre de fans de David Bowie, allant à Londres sur les salles de concert de son idole. Il incarne et va à la rencontre de cette projection d’identité, pour la comprendre, la disséquer, peut-être pour lui donner corps. Mais il se crée un décalage entre les différents Renaud, un sur l’écran, l’autre sur scène qui répond au premier… voire qui se filme en instantané, projetant sur les deux écrans du fond de la salle tout et n’importe quoi.

Image de bd_ziggy6 On ne vous cachera pas que le tout est assez déconcertant, que certaines blagues tombent franchement à plat, et que le manque de moyens est criant… Pourtant, le résultat est surprenant. Déjà, le sens du rythme de Cojo est surdéveloppé : les transitions se font très bien, du salon où une jeune fille lit L’Âme et la vie (Carl Gustav Jung), aux moments musicaux, aux vidéos YouTube et aux cartes Google Maps, en passant par l’arrivée du stagiaire de Cojo lui-même, Romain Finart. Tout ceci est assez bien trouvé et fonctionne, même si parfois on regrette l’aspect « nouvelles technologies » un peu trop poussé, notamment l’insertion des moments Facebook, déjà vus et revus.

La réalisation est parfois maladroite, mais on sent bien que le sujet tient visiblement à cœur à Renaud Cojo (après tout, on n’appelle pas sa compagnie Ouvre le chien, en hommage à la chanson All the Madmen de David Bowie, par hasard…), qui paraît pourtant un peu trop détaché, du haut de ses plateformes shoes roses.

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Et puis j’ai demandé à Christian de jouer l’intro de Ziggy Stardust

Conception, mise en scène, images de Renaud Cojo

Avec Renaud Cojo, Romain Finart, Elliot Manceau

Au Théâtre de la Cité internationale du 31 mai au 12 juin

Au Théâtre Paris-Villette du 15 au 16 juin

A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 14 juin 2010
    Lestat a écrit :

    Oh yeah!
    Good job Virgile.

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