Estradasphere – It’s understood

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Suivre l'actualité musicale quotidiennement, c'est indéniablement enrichissant. Pour autant, l'obsession du " ici et maintenant " peut parfois se révéler nuisible pour des groupes comme Estradasphere. Car leur style fondamentalement confidentiel, mêlés à une promotion discrète font que leurs productions, pourtant véritable perles, ne sont découverts que plusieurs années après les faits.

estradasphere_band-2Sorti en 2000, It’s understood est la première production d’ Estradasphere, combo californien au nom aussi alambiquée que sa musique. En effet, la formation américaine a eu la curieuse idée de mêler dans un seul projet, musique tzigane, métal et sons de jeux-vidéos pour ne citer que les influences les plus évidentes.

Estradasphere ne se fixe clairement aucune limite. La phrase peut paraître banale tant certains musiciens se vantent de transcender toutes les barrières stylistiques au nom de très politiquement correctes considérations artistiques. Toutefois, lorsque c’est effectivement le cas, comme ici, le résultat s’avère clairement inaccessible. En l’occurrence, It’s understood peut paraître furieusement indigeste, voir rebutant tant les cassures rythmiques et stylistiques sont nombreuses. Le format du disque parle d’ailleurs de lui-même. La première chanson fait environ 20 minutes, délires sonores qui semblent composé à la manière d’un opéra, la deuxième est une improvisation musicale d’une minute faite à partir des sons du classique Mario bros.

À l’inverse, le quatrième titre, Danse of Tosho & Slavi / Randy’s desert adventure laisse apparaître au recoin d’un break, une distorsion sale et parasitée sur lequel se greffe accordéon, violon, trompette et autres. Des cris saturés et une double pédale en retrait finissent de faire ressembler la composition à un mixage deviant de métal et de musique folklorique qu’aucun dj digne de ce nom n’aurait osé mélanger devant un quelconque public.

estrada-2Bien entendu, ses incartades répétées ne sont pas exempt de sacrifices. L’exercice exige une rigueur et une diversité dans le jeu, qui a dû largement occupés la vie de ces quelques musiciens. Pour l’auditeur aussi, la tâche s’avère ardue puisque les chansons semblent surtout destinées à d’autres musiciens ou à la limite, aux auditeurs très avertis. Pour le grand public en revanche, qu’il soit métallique ou plus ethnique, ce disque long de plus d’une heure peut paraître hors d’atteinte tant il recèle de complications structurelles et musicales. Et étonnamment, les responsables de ce disque ont un line-up plutôt restreint, à savoir un batteur, deux guitaristes, un bassiste un violoniste-trompettiste et un claviériste-accordéoniste.

Quoi qu’il en soit, cette poignée de musiciens mérite largement ces quelques maigres lignes tant leur production est brillante, singulière et inventive. Une fois la barrière d’adaptation franchie, la consommation de ce disque apporte un plaisir intense et durable dans le sens où on en découvre plus à chaque écoute. Attention, toutefois : si vous veniez à apprécier ce disque, il sera ensuite dur de se remettre à écouter des sons moins compliqués où le traditionnel couplet-refrain, couplet-refrain-break est de mise. Fatalement, le résultat vous apparaîtra désespérément monotone.

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A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

1 commentaire

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  1. 1
    Ambroise Colère
    le Vendredi 9 octobre 2009
    Pacush Blues a écrit :

    un article qui me fait penser à un autre truc qui pourrait te plaire, un peu plus conventionnel dans la forme (trio guitare-basse-batterie) mais assez hallucinant dans le fond: Ahleuchatistas.(www.myspace.com/ahleuchatistas)

    free-rock/jazz signé sur Tzadik (le label de John Zorn), ils sont fascinants.

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