Eric Powell (16volt) : « C’est l’anarchie du marché de la musique. »

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Suite à l'article 16volt : rêves de lumière, voici un entretien en toute franchise, depuis sa maison de Portland, avec Eric Powell, le frontman du groupe et l'un des vétérans du rock industriel américain. Ou quand l'indus rencontre les ravages de l'Internet et les affres de la religion.

Après l’accueil positif réservé au nouvel album, aussi bien par la presse que par les fans, comment s’est passée la tournée aux côtés de My Life With The Thrill Kill Kult et Twitch The Ripper ?

C’était une tournée amusante, courte et au point. Les mecs de The Twitch sont super cool et nous nous sommes fait de nouveaux amis. Juste vraiment cool. Des mecs sympathiques. Être dans un bus avec TKK a été une vraie expérience. C’est drôle, le tout premier groupe industriel que j’ai vu sur scène c’était TKK. Ce devait être en 1988… C’était à Salt Lake City, dans l’Utah. J’ai conduit 16 heures pour voir ce concert. Être désormais dans un bus pour une tournée en double affiche avec eux était un sentiment bizarre. Mars, Frankie, Justin, Patrick… C’était simplement génial de tourner avec eux. Frankie est un homme impressionnant, une vraie rock star. Nous avons passé d’excellents moments. De finalement les rencontrer, et de faire paire avec eux était surréaliste.

16volt repart en tournée cet été, marquant le retour de votre collaboration avec KMFDM. Cela a-t-il pour toi comme un air de nostalgie ?

Image de Oui. Je suis également très honoré. Nous sommes le seul groupe à tourner avec eux deux fois. Ils avaient comme règle de longue date de ne jamais tourner avec le même groupe… Mais nous revoilà ! Steve de KMFDM a été notre guitariste pendant ces trois dernières années et on a fini par se connaitre vraiment très bien. Il est devenu comme un membre de ma famille. Je suis également un énorme fan de The Spittin’ Cobras, le groupe de Jules (NDLR : Hodgson guitariste de KMFDM) et d’Andy (NDLR : Selway, le batteur de KMFDM). Il y a donc beaucoup d’admiration et d’amour pour ces mecs-là. Nous nous étions déjà vraiment bien entendus avec eux en 2002, sur la première tournée, et 9 ans plus tard, je ne pourrais être plus heureux que maintenant à l’idée de pouvoir repartir en tournée avec eux.

Des plans pour une future tournée européenne avec peut-être une date en France ?

Nous en parlons. Honnêtement, nous ne savons pas comment ça marcherait pour nous en Europe. Peut-être quelques festivals sont à prévoir l’année prochaine…

Je suppose que ton travail en studio est très différent de ton travail sur scène. Lequel te procure le plus de plaisir ou de satisfaction ?

Les deux sont très différents, mais se valent au niveau de la satisfaction. L’écriture et l’enregistrement c’est une paix merveilleuse, de la solitude. Il s’agit simplement de moi, de mon ordinateur, de ma guitare et de mon âme. Mes émotions, mes pensées, ma colère n’ont plus qu’à être évacuées dans la musique. C’est une chose personnelle.

Jouer en concert c’est une expérience partagée. Nous ne sommes pas ce genre de groupes qui aiment jouer seuls dans une pièce. Tout est centré autour de nos fans… Cette connexion, cette énergie, tout est surréel. C’est foutrement magique et il n’y a rien de comparable dans le monde.

Mike Peoples (NDLR: guitariste / bassiste du groupe) et toi avez travaillé avec de nombreux guests par le passé, et American Porn Songs a vu beaucoup d’entre eux participer à la composition. Qu’est-ce qui a fait que vous ayez travaillé presque exclusivement à deux sur Beating Dead Horses, le nouvel album ? Était-ce par choix ou par contrainte ?

Les deux ! Nous voulions simplement que celui-ci soit le nôtre. Nous n’avons pas vraiment besoin de guests. C’est quelque chose d’amusant à faire que de partager la musique avec ses amis, mais parfois ça peut se retourner contre nous. Comme avec Tim Skold (NDLR : ex-KMFDM et ex-Marilyn Manson). C’est un ami et il apparaissait en guest sur notre dernier album American Porn Songs. Nous l’avons fait faire un peu de claviers sur une chanson. Lorsque l’album est sorti, nous l’avons listé en tant que guest et on a pu entendre dire que Tim avait beaucoup aidé à façonner cet album… Il ne s’agit pas d’un manque de respect envers lui, ou envers les autres invités de nos albums, ils nous ont tous tellement apporté et aidés à améliorer l’ensemble. Mais lorsque ça commence à faire de l’ombre au travail de Mike et de moi-même, ça pique forcément un peu. Donc pour celui-ci, nous nous sommes dit pas de guests. Juste nous.

Outre la composition avec Mike, tu gères la quasi-totalité du processus de conception de tes albums, de l’artwork en passant par l’enregistrement, la production et parfois même le mixage. Est-ce pour toi un passage obligé ? Qu’ont apporté les gens qui sont intervenus sur la programmation ou sur le mixage, comme Shaun Thingvold par exemple ?

Image de Eh bien, il y a un moment où tu te perds… Tu perds la perspective dans laquelle tu es. Avoir quelqu’un d’autre qui est impliqué dans la phase de mixage ça enlève beaucoup de stress. Shaun est un excellent ingénieur du son. Avec cet album, nous voulions qu’il prenne ce que nous avions fait et mette sa touche finale pour rassembler le tout.

Quelles sont tes principales influences musicales en tant qu’artiste ? Occupent-elles une place importante dans tes compositions ? Et ainsi comment définirais-tu le registre musical dans lequel tu évolues ?

Mes influences sont un peu partout. Radiohead, AC/DC, Air, Goldfrapp, The Prodigy, Helmet, Fiona Apple. C’est chaotique. Il y a quelque chose à apprendre de chacune d’elles. Je prends un peu de tout ça et ça forme qui je suis. La musique forme ce que nous sommes tous. Ça fait partie de la vie humaine sur cette planète. Chacun d’entre nous a de la musique, peu importe qui ou où.

Ayant commencé ta carrière de musicien aux débuts des années 90, comment as-tu vécu l’avènement de l’ère Internet et les importants changements dans l’industrie musicale qui l’ont amené à être ce qu’elle est aujourd’hui ?

C’est en 89 que j’ai commencé, donc je peux prétendre que je suis des années 80 (rires). Internet a tout dévasté. C’est l’anarchie du marché de la musique. Il y a beaucoup de points positifs, mais également beaucoup de points négatifs. Penses-y… Nous nous asseyons tous devant nos ordinateurs. Nous avons toujours quelque chose à faire avec eux. À l’époque précédant l’internet, tu n’avais pas ça, si tu voulais voir quelqu’un, ou traîner avec un ami, ou être diverti, tu devais aller quelque part à l’extérieur de ta maison. Maintenant tout est là. Ça influe sur la fréquentation des concerts, les ventes d’albums, tout… Je suis également une vraie victime de ça bien que je ne pointe personne du doigt et qu’il est hors de question de faire celui qui monte sur son cheval blanc… C’est juste très différent maintenant, et tu dois t’adapter, tu dois être ouvert d’esprit et accepter le changement et évoluer avec. Apprendre de ça. Créer avec ça.

Au-delà de l’industrie musicale, certains textes de Beating Dead Horses décrivent un monde en plein déclin et s’en remettant à Dieu. Peux-tu nous expliquer plus précisément ce point de vue ?

J’ai toujours trouvé la religion et son impact sur la conscience et la responsabilité personnelle comme étant quelque chose de fascinant. Je ne suis pas religieux, je suis complètement agnostique. Je pense que nous sommes comme des fourmis. Si tu passes près d’une fourmi, elle ne sait pas vraiment que tu es là. Si tu tiens une tasse de café et tes clés de voiture, elle n’a aucun moyen de comprendre ça. Aucun moyen de comprendre à n’importe quel niveau l’existence humaine. Je pense qu’il en va de même pour nous et le monde dans lequel nous vivons. Nous n’avons pas la capacité de le comprendre. Bien sûr, nous avons la science et l’espace, mais c’est tout basé sur ce que nous pouvons comprendre. Nous mesurons tout de nous-mêmes. Sommes-nous petits ? Sommes-nous des géants ? Comment le savons-nous ? Nous ne pouvons pas le savoir. Et une fois que tu t’abandonnes à la religion, ça devient vraiment comique pour ma part. Les humains ont ce besoin de comprendre et de rationaliser notre existence. Pourquoi sommes-nous ici ? Que se passe-t-il quand tu meurs ? Tout ça est très facilement résolu avec une religion. La religion est créée par l’homme, pour l’homme. Et pour moi, c’est tout. Je suis fasciné par notre capacité à nous croire nous-mêmes. D’adhérer à nos propres histoires, d’ignorer le grand tableau de la vie. Nous sommes ici pour peu de temps et pourtant nous le gaspillons dans une pareille merde frivole. Et c’est d’une manière considérable parce que cette réponse facile nous est donnée dans la religion. Il y a tellement de sujets autour de la religion, je pourrais continuer pendant des jours. Regarde simplement la guerre. La guerre est généralement basée sur la religion. Vraiment ? Nous tuons d’autres humains à cause de ce livre que nous avons ? Ce livre qu’ils ont ? C’est juste stupide.

D’autres textes de l’album semblent refléter des sentiments très personnels, comme se pouvait par exemple être le cas sur FullBlackHabit. Comment s’est passé le processus d’écriture ?

Je suis devenu beaucoup plus personnel dans mon écriture. Autrefois, c’était en général juste des histoires, et à un certain degré je fais toujours ça, mais les chansons me sont très personnelles. J’ai simplement appris que les chansons doivent être vraies. C’est ce qui est important. La vérité dans ce que dicte l’histoire. J’ai une impression d’une chanson, je suis obligé de suivre ça sans contrainte et je vois ce que ça devient.

C’est une question difficile, mais quel est le meilleur souvenir que tu gardes de tes vingt ans de carrière ?

Les souvenirs.

Et l’album pour lequel tu éprouves le plus de fierté ?

Mes préférés sont LetDownCrush, SuperCoolNothing, FullBlackHabit et Beating Dead Horses. De tous, ce sont ceux dont je suis le plus fier.

Merci Eric d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Ça a été un réel plaisir d’échanger ces mots avec toi et je te laisse le champ libre pour ajouter ce que tu veux afin de boucler cette interview.

Tout le plaisir est pour moi. Que tu aies lu et je te remercie pour le soutien. Merci, beaucoup d’amour! *

* En français dans le texte.

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Site officiel : http://16volt.com/

A propos de l'auteur

Image de : Esprit ouvert vers le monde, aussi bien apaisé que profondément rock'n'roll, Ghost erre dans l'immensité des paysages musicaux d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 21 juillet 2011
    limousin a écrit :

    super interview!!

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