Ephel Duath – Painter’s Palette

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Pour l’inauguration de la rubrique Les oubliés du buzz, nous nous devions de frapper un grand coup. Voici chose faite avec Painter’s Palette, chef d’oeuvre du groupe Ephel Duath, sorti en 2003.

ephelPour une fois, on va devoir se passer de catégories : Ephel Duath ne rentrerait dans aucune d’elles. Car si les influences jazzy et la puissance du métal sont les deux composantes primordiales de ce disque, il serait réducteur de ne le cantonner qu’à ça. Disons simplement que Painter’s Palette est une révolution, un chef d’oeuvre, qui, faute de moyens, a été passé sous silence.

Non, au lieu de parler de style, il vaut mieux utiliser une autre méthode. Les Italiens ont trouvé la leur, en mettant pour chaque titre la couleur qui lui correspond (pearl Grey pour The passage, bottle green pour The unpoetic circle ), d’où le nom de l’album: Painter’s palette . Mais comme l’auteur de ces lignes est rédacteur et pas peintre, vous devrez vous contenter de mots. Les plus adaptés sont sûrement liberté et puissance. Liberté pour les mélodies inimitables, sorte de grand bordel d’instruments, les constructions labyrinthiques et le rendu à faire vomir les puristes – d’un style comme de l’autre. Intensité pour le chant hurlé de Luciano Lorusso George, la distorsion sale de Davide Tiso et les émotions que procure ce disque.

Sorti en 2003 chez Earache Records, Painter’s palette place l’expérimentation au rang de dogme. Le groupe ne se contente pas de bâtonner un à un des styles radicalement différents. Si certains passages sonnent juste jazz ou métal, les deux sont la plupart du temps tellement emmêlés qu’il est impossible de distinguer de véritables repères.

Unique dans la discographie de Ephel Duath, l’utilisation de deux chanteurs rend encore moins accessible cette oeuvre sans pareille. L’un hurle à la mort, l’autre chante avec douceur déversant sa voie cristalline sur un déluge distordu. Pour un peu, son timbre se rapprocherait presque de ceux des Pink Floyd .

Le jeu de guitares est très proche de celui de Cheval de Frise, duo bordelais ultra-barré formé lui aussi en 1998. Davide Tiso parcoure sans manche sans discontinuité, produisant une mixture déviante, alternance d’arpèges et de riffs aux allures improvisés. En fond, Ephel Duath a placé des samples électro discret, qui élargissent encore un peu plus l’ouverture musicale du groupe. La guitare occupe une place primordiale dans ce disque. Et pour cause, Davide Tiso l’a composé quand il était l’unique membre d’ Ephel Duath avant que le line-up de Painter’s palette ne soit crée et après que son collègue Giuliano Mogicato ne quitte le groupe.

Seul bémol, la production du disque. Les titres souffrent d’une qualité de son médiocre, qui, ajouté à l’atypisme des compositions, rend l’album difficile à approcher. Mais, une fois cette effort fait, Painter’s Palette s’écoute et se réécoute à l’infini.

ephel_peopleL’enregistrement s’est fait avec un line-up pour le moins étrange : de la formation d’origine, il n’y a que Davide Tiso (guitare), maître à penser du projet Ephel Duath . Le reste du groupe se compose de Davide Piovesan à la batterie, de formation blues et jazz et Fabio Fecchio, bassiste issu de formations pop, funk et blues. Le chant est assuré par Luciano Lorusso George, qui s’occupe de grogner tout le long du disque ainsi que de David Tolomei, chanteur halluciné au timbre cristallin. Maurizio Scomparin vient apporter sa pierre à l’édifice avec trois solos de trompette placés en début et en fin de CD. Cette hétérogénéité, loin d’être handicapante, va mener le groupe à un mélange de genre unique. D’autant que la majorité des membres n’ont aucune expérience dans la musique extrême.

Comme sa musique, l’évolution d’ Ephel Duath a été marquée par un parcours inhabituel. Formé en 1998, le groupe est alors composé de deux membres, Giuliano Mogicato qui s’occupe du chant, de la guitare, du clavier et de la programmation et Davide Tiso à la guitare. Les membres sont à peine âgés de 18 ans mais ont déjà envie d’expérimenter les sphère de la musique extrême . Une première démo, Opéra, sort en 1998 sur le label Code666 . Deux ans plus tard, le groupe enregistre Formula, album sombres aux influences black métal. Dans le même temps, Giuliano Mogicato quitte le groupe.

En 2001, le label Earache propose à Ephel Duath un contrat à long terme sur sa nouvelle marque d’avant-garde Elitist Records, aujourd’hui disparu. Problème, Ephel Duath ne compte plus qu’un membre. Alors, quand l’année d’après, Formula est réédité sous le nom de Rephormula, David Tiso en profite pour repartir de zéro

Painter’s palette, comme un tableau, mérite d’être accrocher au mur. Ainsi, tout le monde le verra et Ephel Duath pourra enfin voir, son talent récompensé à sa juste valeur.

Que devient le groupe aujourd’hui ?

Depuis Painter’s Palette, Ephel Duath a enregistré deux nouveaux disques. Le premier, Pain necessary to know est encore moins accessible que son prédécesseur. Le son est plus lourd, les compositions restent fantastiques mais les constructions donnent vite mal à la tête. Le deuxième n’est qu’une version remixée du premier, franchement décevant compte tenu du niveau du groupe mais peu surprenant quand on sait les penchants des Italiens pour l’électro.

Depuis 2003, Le line-up a été modifié. Il comprend à ce jour David Tiso, pièce maîtresse du groupe, à la guitare, Luciano George Lorusso beugleur en chef arrivé sur Painter’s palette, un batteur de studio, Marc Minnemann et Andrea Rabuini pour la batterie live.

Aujourd’hui, Ephel Duath s’est fait une place chez les seconds couteaux du métal. Il participe aux grands festivals ( Hellfest …) sur de petites scènes et parcours fréquemment l’Europe. Mais son succès reste précaire. Lors de son dernier passage en France, le groupe n’a même pas pu se payer le luxe de jouer à Paris. La date a été organisée dans le plus grand secret à Montreuil, ville de Seine-saint-denis collée à la capitale. Jusqu’à juin, Ephel Duath est en tournée en Europe mais aucune date en France n’est programmée.

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En savoir +

Discographies sélectives

Painter’s palette (2003) ; Pain necessary to know (20005)

Le myspace officiel d’Ephel Duath : http://www.myspace.com/ephelduath->http://www.myspace.com/ephelduath
Ephel Duath sur Discordance (MP3 de la semaine) : http://www.discordance.fr/Ephel-Duath-The-passage,1066.html

A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

1 commentaire

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  1. 1
    baboon666
    le Vendredi 11 avril 2008
    baboon666 a écrit :

    Merci. Ephel Duath: première claque a leur concert à Colmar, deuxième claque en découvrant painter’s palette dans la voiture après le concert, un chef d’oeuvre, le son de la prod ne m’a jamais dérangé par contre. Pascal m’avait dit qu’il comptait un fan d’ephel duath sur discordance quand on s’est vu au concert de Dillinger a strasbourg ou je portais justement le t-shirt painter’s palette, c’était une grosse coincidence, tu lui demanderas.

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