Enter the Void : Avis partagés

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Gaspar Noé vient de sortir son nouveau film. Et comme cela arrive souvent, la rédaction est partagée sur cette longue traversée hallucinée du void de Noé...

Enter the Void : au-delà de la 3D, par Virgile

Image de Enter the Void - Affiche Le monde cinématographique entier est en émoi depuis la sortie d’Avatar : la 3D est arrivée, la révolution du grand écran est en marche. Tous les films ou presque s’y mettent, de Burton aux dessins animés, en passant par Le Choc des Titans. Mais malgré la révolution annoncée, tous ces films qui se succèdent en 3D sur nos écrans, même si l’expérience est intéressante, il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas une plus-value incroyable. Si le film est mauvais, la 3D n’y changera rien. Quelques sensations fortes en plus, on sursaute, on se baisse pour éviter un objet.

Loin de tout ça, Gaspar Noé sort Enter the Void, film sur lequel il travaille depuis 10 ans, en faisant un pied de nez incroyable à cette technologie pas si nouvelle que ça, et nous proposant une expérience cinématographique jamais vue auparavant. Fi des lunettes, Noé est au-dessus de ça et l’expérience en est 100 fois plus impactante.

Linda vient de rejoindre son frère Oscar à Tokyo, où lui deale de la drogue, alors qu’elle danse dans une boîte de strip-tease. Alors qu’Oscar se fait tuer par la police tokyoïte après avoir été dénoncé par un ami, son âme flotte au-dessus des néons de la ville, et nous transporte auprès de ses êtres chers, dans ses souvenirs, dans un voyage hors de soi d’une vie après la mort digne des préceptes bouddhistes.

Notre première réaction : « comment va-t-il faire pour tenir 2h30 sur si peu ? ». La question est légitime, et certes le film est un peu long. Tellement long d’ailleurs, qu’on conseille de partir 30 minutes avant la fin : la scène à rallonge du love hotel ternit les aspects positifs du reste du film. Partez au moment où la caméra croise l’avion, et vous serez comblés au-delà de vos attentes, si vous décidez de rester… vous êtes prévenus.

Sur les 2 premières heures, le film est une réelle expérience de ressenti cinématographique. Tout le film est narré du point de vue d’Oscar, un drogué un peu paumé. Pourtant, on ne suit pas le regard d’Oscar, on est Oscar, dans sa tête, ses yeux sont la caméra… Ce qui sous-entend que lorsqu’il cligne des yeux, l’écran cligne aussi. Lorsqu’il se regarde dans un miroir, il nous regarde, spectateur atterré, dans le blanc des yeux. Bluffant de réalisme (synchronisation parfaite des battements, regards en coin, musique (arrangée par l’un des Daft Punk) qui s’atténue lorsqu’il dort, pour être brusquement réveillé par une sonnerie de portable, distante, puis si proche… comme si on y était.

Ancien drogué, Gaspar Noé nous entraîne dans les trips hallucinatoires des multiples drogues qu’Oscar s’enfile. Nous sommes loin des rushs d’adrénaline et autres pupilles dilatées d’un Requiem for a Dream qui apparaît presque naïf ici : Enter the Void nous emmène bien plus loin, nous fait nous sentir sous l’effet d’une drogue via l’écran. Les images multicolores, les lumières clignotantes et les écrans blancs, accompagnés d’une musique électronique subtile, nous signifient réellement les trips d’Oscar. Mitigé au début, on est vite entraîné, les yeux écartés, on se laisse porter, acteur à part entière du film.

Enter the void… tout d’abord malencontreusement traduit par “Soudain le vide”, le film de Gaspar Noé a repris son titre d’origine pour sa sortie en salle le 5 mai dernier. Cette invitation, ce panneau clignotant qui nous guide tout droit non pas vers la capitale nippone, mais vers une introspection personnelle dans un voyage surréaliste de 2h30. À voir absolument pour tout cinéphile en mal de sensations fortes !

Et soudain… le Vide par VIOLHAINE

Image de Enter the Void - Gaspar Noé C’était bien parti.
Déjà, le titre et ses multiples facettes, que nous évoquerons plus tard.
Le générique de début, techno, fluo et stroboscopique, semblant donner le ton d’un film qui ne fléchira pas.
On s’en inquiète un peu : « 2h30 à ce rythme ? Je vais faire une crise d’épilepsie Pikachu-style… »

Mais les trente premières minutes sont jubilatoires. Les lumières colorées, la vue à la première personne, le trip sous DMT qui semble ne plus finir… C’est… couillu.
En vrai, si vous avez toujours rêvé de prendre du DMT, pas la peine, allez voir ce film. On fait confiance à Noé en ce qui concerne la restitution des réactions qu’il produit. Et elles sont hypnotiques, attractives, hallucinatoires. Mais incommodantes aussi.

Les films de Gaspar Noé sont des expérimentations, on ne vous le dira jamais assez. Si c’est déplaisant pour le personnage, ça sera déplaisant pour vous.
Near-death experience, étrangement aguichante.
Mais si la première demi-heure est effectivement assez jouissive, on tourne vite en rond et l’excitation redescend aussi sec. On n’est plus stimulé du tout, ni visuellement, ni intellectuellement.
Arrive la sœur strip-teaseuse et avec elle, pléthore de scènes érotico-artistiques. Mais les scènes de sexe ne servent à presque rien, finissent en tout cas par ne plus servir le film.

Et pourtant, c’était tellement bien parti…
Les acteurs, des inconnus, n’en sont pas moins intéressants. Le charismatique Nathaniel Brown (Oscar), mais on le voit finalement trop peu. De même pour Cyril Roy, originaire de Limoges (Cocorico !), qui joue Alex, un gars tout à fait paumé dont on ne fait qu’entrevoir le caractère.
Noé use également de très, très bons dispositifs. Le survol des bâtiments en coupe, de beaux flous, l’effet fish-eye, les flashes-back chocs, déroutants ou poétiques, les lumières colorées qui envahissent parfois l’écran…
Mais il en abuse. Plus de surprises, lassitude. Et puis, trop de cul tue le cul.

On finit par penser que Noé n’aime pas le spectateur. Ou qu’il ne cherche qu’à faire de l’art, sans raconter vraiment d’histoire. Mais, qu’il fasse une expo, dans ce cas.
Le scénario doit être écrit sur deux pages, le reste du film étant du remplissage purement visuel, des souvenirs ressassés.
Jusqu’à la fin, on se surprend à souhaiter que tout cela ne soit finalement qu’un trip sous DMT.

Image de Enter the Void - Gaspar Noé Mais il semblerait qu’il y ait un message.
« Enter the void », ces trois mots sont pleins de symboles. Deux enseignes en néon « ENTER » et « THE VOID », repérées à deux moments différents du film. Mais qu’est-ce que ce void, finalement ? Le vide ? La vie ? Les trous dans lesquels la caméra plonge ? Un avortement ? Un vagin ?
Apparemment, pas de réponse, pas de fin. La vie serait un éternel recommencement. Comme chez les bouddhistes (sic).

Noé ne vous aime pas. Si c’est désagréable pour le personnage, ça le sera pour vous.
Mais de là à nous infliger une éjaculation littéralement faciale, une IVG en direct et la vue d’un fœtus mort dans ses moindres détails… C’est du choc facile. À la Lars Von Trier. Du genre qui fait sortir les gens de la salle.
Et lors de la scène interminable dans le love hotel, on se rappelle avec nostalgie cette ouverture aveuglante et assourdissante. Un générique génial, citant toute l’équipe, et procurant donc au film une fin abrupte : THE / VOID.

Soudain, le vide.
Soudain, plus rien. Du rien.
Le silence complet dans la salle et puis des chuchotements, des rires étouffés.
De la gêne ? C’est bien cela que vous vouliez M. Noé ?
Mais nous n’en retenons pas grand-chose, malheureusement.

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Enter the Void, de Gaspar Noé

Dans les salles depuis le 5 mai 2010
Avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy

Interdit aux moins de 16 ans
Long-métrage français, 2009. Genre : Drame, Fantastique
Durée : 2h30
Distribué par Wild Bunch Distribution

Site
Allociné | Imdb

Bande-Annonce :

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Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 9 juin 2010
    serviteur a écrit :

    perso en fait j’ai pas ose aller le voir (et comme en plus il passait pas pres de chez moi…) et toutes ces critiques me font me dire que j’ai eu raison de pas aller le voir…

  2. 2
    le Mardi 27 juillet 2010
    sens93 a écrit :

    Le film tient du génie, mais pour comprendre réellement ce que souhaite Noé il faut un vécu avec des expériences identiques, j’adhère donc a 10/10, mais je comprends aisément que les personnes n’ayant pas vécu ce type expériences soient perplexes ou négative. Il est tellement difficile d’expliquer la vision personnelle d’un trip mystique et encore plus de la transposer en images. Je conseille vivement de voir le film quitte a sortir perplexe, il ne laisse de toute façon pas indifférent.

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