Empyr au Bataclan

par Virginie Nourry|
Mercredi 22 octobre, 22h30 à peu près, le concert d’Empyr au Bataclan touche à sa fin. Un peu abasourdie par les décibels qui continuent de résonner dans les oreilles… Ce n'est plus une salle de concert, mais un champ de bataille. Oui… Empyr, c’est la guerre. Petit retour en arrière sur ce qui nous est arrivé pendant la bataille.

empyr1C’est recouverts de suie des pieds à la tête et sous une musique de chants dramaturgique un peu glauque que nos cinq guerriers font leur entrée en scène. La rage au ventre, les regards noirs, ils enfilent leurs armes à eux : leurs instruments.

Fred, caché derrière ses dreads blondes entame avec sa guitare-mitraillette le riff du premier morceau, qui est aussi l’un des morceau les plus violent de l’album The voice of the last soul. Tout y est, riff dévastateur, batterie énervée, basse surpuissante, voix caverneuse.

Nos conquérants ne se ménagent pas, l’énergie est là, débordante, on les voit transportés par une espèce d’adrénaline hallucinante qui ne leur fera pas défaut jusqu’à la fin du set.
Le deuxième morceau s’enchaîne, dans la même ambiance. Si la chanson suivante calme un peu le jeu ( Forbiden song ), ce n’est que pour mieux repartir dans le reste du set. Plusieurs nouveaux morceaux sont joués ( Way out, Say it, Mastok ) et montrent la direction encore plus radicale que semble prendre Empyr  : les mélodies laissent de plus en plus place à des riffs lourds, le chant laisse de plus en plus place à des cris, les compromis ne sont pas de la partie, les cinqs musiciens explosent leur rage sans retenue.
Cependant, nos zicos ne viennent pas de nulle part, ils maîtrisent l’art et la manière et savent nuancer leur propos, et faire preuve de cette sensibilité à fleur de peau qui fait d’eux un groupe de métal « à part ». Ils nous embarquent donc aussi dans des ambiances plus douces et torturés, sombres et mélancoliques, avec des pointes majestueuses d’arrangements live, notamment sur des morceaux comme The one  ou le magnifique Birth .

Même s’il s’adresse peu au public, Ben a un charisme évident. C’est torse nu qu’il fait une grosse partie du concert, à poil quoi. Au sens propre, comme au figuré, il se met à nu. On est frappé par cette espèce de décalage impressionnant entre ce petit mec maigrelet qu’on sent fragile et écorché vif, et la force qu’il dégage et réussit à nous envoyer pendant tout le concert.

empyr2Dans ce flot de décibels sans limite, on pourrait penser que le chant est un peu noyé. Certes, il n’est pas mis en avant, et les textes sont peu compréhensibles, mais le sens ici passe plus par l’utilisation même des différentes palettes vocales que par les mots. Les voix de Ben, B-one et de Flo se mêlent avec classe et alternent cris enragés, et chants mélodieux. Ben nous fait voyager entre voix de tête tremblante, chuchotements, voix basse et douce et râles qui viennent des tripes.

Parce qu’il s’agit bien de ça : nos guerriers donnent tout ce qu’ils ont au fond de leur tripes, et viennent remuer les nôtres. Nos guerriers crachent leur rage et font appel à la notre.
On ne réfléchit pas, c’est physique. Il ne s’agit pas de raison, mais de passion. On est touché, ému, remué. Le son ne nous laisse pas le choix, les oreilles saignent, les cheveux se dressent presque sous la puissance sonore, le beat de la batterie rythme nos battements de coeur, les lumières participent à nous plonger dans cet univers parfois rouge sang, parfois bleu nuit, souvent étincelant et électrique. Le corps est happé tout entier par cette espèce de vague d’énergie, de rage, de violence. Les deux derniers morceaux du rappel March on  et Join us en sont le paroxysme. Empyr, c’est finalement comme un espèce de diamant pas taillé, pas looké, pas présenté dans un bel écrin, juste un diamant brut. Et brutal.

Après 1h30 de show.Ca sent le mâle, la sueur, la haine, l’amour, la douleur, ça saigne, ça pleure, ça fait trembler, c’est humain, et à la fois, très animal. Sauvage. Les drapeaux noirs dressés sur les balcons du bataclan, on se dit qu’ils ont gagné la bataille. Une espèce de belle et violente lutte contre leurs propres démons. Et du coup, contre les nôtres aussi. Ce soir, ils ont gagné la bataille, mais sans nul doute, Empyr gagnera la guerre.

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2 commentaires

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  1. 1
    le Mardi 28 octobre 2008
    Dimitri a écrit :

    J’ai enin écouté et pourtant ça me semble bien gentil tout ça… La chronique qui avait été faite ici m’avait enthousiasmé, mais une fois écouté on reste sur sa faim…
    Très bon article en tout cas.

  2. 2
    le Jeudi 30 octobre 2008
    Beduneau Adeline a écrit :

    les photos sont magnifiques! et le texte est génial. bisous <3

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