Emilie Simon – Végétal

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Récompensée aux Victoires de la Musique 2006 pour la bande originale de 'La Marche de l'Empereur', Emilie Simon a sorti il y a quelques jours son véritable deuxième album, sorte de cours de biologie poétique sur les végétaux.

simonDès l’ouverture de la pochette de l’édition collector, on fait un pas dans un autre monde. La texture et l’odeur du livret aux dorures précieuses, le portrait de la chanteuse, la ressemblance frappante avec un vrai livre, à la manière d’un recueil de poèmes, nous conduit dans un autre temps.

Ainsi, sans en connaître les véritables causes, la dédicace à mes grands-parents paraît couler de source. Ce disque possède un charme désuet, loin du cliché de cette même formule (la seule trouvée pour décrire ce que l’on ressent lors de la découverte de cet opus magistral).

Un raffinement extrême mais pas surjoué, une séduction heureusement jamais vulgaire…

Parfois enfantine, parfois fatale, tantôt homme, tantôt femme, Mlle Simon sussurre de multiples histoires romantiques, au sens littéraire du terme, à la fois dans les thèmes et les mots.

Alicia est le conte d’une fille végétale aux longs bras de lierre, et introduit le thème floral.

Fleur de saison , avec son électro pop énervée qui rappelle le brut Song of the Storm, est une ode au printemps et à l’été.

Le vieil Amant a ce parfum d’une amourette d’antan. Mois de mai, muguet, sonnets, danser joue contre joue… Les mots coulent avec amertume mais virtuosité : Le mois de mai s’est moqué de moi cette année / J’ai laissé couler trop d’émoi cette fois .

Sweet Blossom est digne de Danny Elfman et pourrait très bien figurer au générique d’un Tim Burton, avec sa beauté sombre et ses choeurs inquiétants.

Opium est impressionnante de synesthésie. Vaporeuse, envoûtante et enivrante, cette chanson a de véritables vertus psychotropes. Avis aux amateurs.

La human beat box de Dame de Lotus et sa pulsation entraînante en font un morceau étonnamment dansant. L’un des meilleurs morceaux de l’album achève ce court voyage à l’est, avec ses cordes orientales aériennes.

Swimming est au contraire lourd et sombre. Son ambiance inquiétante nous arrache au réconfort rassurant d’ Opium et à la légèreté de Dame de Lotus .

Dans In the lake , pour sa seconde escapade aquatique, Emilie use de sa voix de sirène pour attirer son amant…

Rose hybride de thé est sûrement la pièce maîtresse, la clef de tout l’album. Elle lie le son et le livret, dévoilant de multiples jeux de mots qui passent inaperçus à l’oreille seule : Mon oeillet fixé à votre iris … À noter également l’air mi-parlé, mi-chanté, qui renforce l’impression de conte oral.

Si Never fall in love est la déclaration psychédélique et survoltée de désamour d’une rose, Annie , quant à elle, est une histoire remarquablement bien contée, au texte construit à la perfection, dont l’instrumentalisation n’est d’ailleurs pas en reste.

Peut-être un peu trop personnelle pour oser se l’approprier, My old Friend est toutefois une merveilleuse ballade au piano.

À l’aide du crépitement d’un feu dont on devine qu’il va mourir et d’arrangements atmosphériques tristes au possible, En cendres nous raconte l’histoire d’un amour une fois encore malheureux. Comme si l’on retrouvait le vieil amant de la piste 3, et qu’il attendait encore sa bien-aimée. Cette complainte languissante est sûrement le morceau le plus mélancolique de l’album, d’autant plus qu’il le conclut.

De la naissance des bourgeons aux cendres de bûches en passant par les saisons, l’eau nécessaire à la croissance des plantes et des personnages hybrides, la présence des végétaux est palpable dans tout l’album. Ce qui fait à la fois sa force poétique et sa faiblesse.

Le seul bémol que l’on peut ainsi apposer à cette exploration accomplie de la flore, c’est qu’elle offre répertoire un peu trop précis… Pour utiliser une métaphore scolaire assez débile, je dirais qu’il est bien de se spécialiser, mais qu’il ne faut pas perdre de vue la richesse de la culture générale. On peut déplorer un certain manque, par rapport au premier album, qui explorait plus de mondes.

Mais peut être est-ce là un choix à long terme ? Hivernale puis végétale, Emilie Simon se réincarnerait à chaque album, dans une homogénéité conceptuelle qui rappellerait la démarche artistique de Björk depuis, justement, Homogenic .

Souhaitons à Mlle Simon une carrière aussi fructueuse que celle de l’infatigable Islandaise…

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

3 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 26 avril 2006
    Anonyme a écrit :

    La miss a aussi son « myspace », mais je ne sais pas si c’est une page officiele … http://www.myspace.com/emiliesimonvegetal

  2. 2
    le Mercredi 26 avril 2006
    Kyra a écrit :

    officielle avec 2 L …. hum

  3. 3
    VIOLHAINE
    le Lundi 1 mai 2006
    VIOLHAINE a écrit :

    Mmmh, oui, j’ai vu ça !

    J’ignore tout autant si c’est officiel [avec 1 'L' dans mon cas ;) ]

    Mais merci pour l’info !
    (:

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